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15H07 - jeudi 31 mars 2016

Un Américain à Paris

jeudi 31 mars 2016 - 15H07

Peter Thiel était à Paris au début du mois pour la promotion de son livre De zéro à un, best-seller aux États-Unis. Cet entrepreneur atypique, milliardaire suite à la vente de PayPal, passionné de philosophie, libertarien, coactionnaire de Facebook, SpaceX, LinkedIN, AirB&B, Palantir… est adepte d’une pensée à contre-courant. Il profite de ce livre pour exposer sa vision de l’innovation, de la création de valeur et de l’avenir de l’homme.

Crédit photo : Dan Taylor, Flickr CC

Crédit photo : Dan Taylor, Flickr CC

Son entrée en matière ne s’embarrasse guère de fioritures. Dans son livre comme dans ses conférences, Peter Thiel donne le ton : « Si vous vous contentez de copier Mark Zuckerberg ou Larry Page, vous n’en apprendrez rien. Faire ce qu’on sait déjà faire, mène le monde de 1 à n, en y ajoutant un élément déjà connu. Chaque fois que l’on crée de la nouveauté, on passe de 0 à 1 car l’acte de création est insolite, neuf et singulier. » Il dit aussi : « Quelle est l’entreprise de grande valeur que personne ne crée ? »

Panorama de quelques idées non conventionnelles exposées par Peter Thiel :

 

Innover, c’est aller de 0 à 1

Pour Thiel, la mondialisation et la technologie suivent deux logiques différentes. La mondialisation est horizontale et permet de copier des formules qui marchent déjà. Autrement dit, de passer de 1 à n en répliquant un produit à des millions d’exemplaires. À l’inverse, la technologie avance d’une manière différente car elle fonctionne à coups d’idées nouvelles : « Il n’y avait pas d’ascenseur, Otis en a inventé et construit un ». C’est ce progrès vertical (ou intensif) qui permet de « passer de 0 à 1 » et non de se contenter d’une reproduction identique à l’infini : de « O à n ».

 

Ce qui freine l’innovation

Peter Thiel assimile la recherche de l’innovation à la quête d’un secret. « Toutes les idées qui nous sont familières aujourd’hui ont été inconnues et inattendues à un moment de l’histoire. » Cette quête du secret n’est pas simple à accomplir car certains facteurs limitent notre capacité à innover :

1.      Une chose après l’autre

Depuis notre enfance, on nous enseigne à ne pas sauter les étapes. Pour Thiel, il faut dépasser ce principe car « on ne peut trouver de secrets si on ne les cherche pas à chaque instant ». Innover c’est souvent « découvrir des opportunités cachées sous nos yeux ».

2.      Seul contre tous

 « Si votre objectif est de ne jamais commettre d’erreur, ne cherchez pas de secret. » Thiel mentionne que l’aversion du risque a son corollaire social : si l’on est convaincu de détenir une vérité différente de celle de la majorité, on s’expose à avoir tort aux yeux des autres.

3.      Complaisance 

« Pourquoi rechercher de nouveaux secrets si vous pouvez confortablement collecter une rente sur tout ce qui a déjà été fait ? » Peter Thiel souligne la déconnexion des élites à qui l’on répète qu’entrer dans une école prestigieuse suffit pour réussir sa vie professionnelle. Dans ces conditions, ajoute-t-il, pourquoi seraient-elles inclinent à trouver de nouvelles voies pour notre futur ?

4.      Se résigner à accepter que le monde est plat

Là encore, à quoi sert-il de chercher de « nouveaux secrets » alors que quelqu’un les aura sans doute déjà trouvés ? Conséquence de cet état de résignation : nous abandonnons l’innovation  et nous contentons de dupliquer ou d’imiter.

Que faire pour innover ?

  1. Commencer petit

Thiel part du constat que développer l’innovation passe forcément par de petites structures car dans les grandes organisations les pesanteurs sont trop importantes. Objectons ici que la start-up n’est heureusement pas le seul espace d’innovation possible. Les grandes entreprises sont capables de s’organiser pour faire émerger l’innovation y compris en créant de petites entités internes dédiées… Ce goût de Thiel pour l’absence de contraintes de toute nature est sans doute à mettre au crédit de sa pensée libérale extrême.

  1. Chercher le monopole

L’auteur tord le cou à l’idée reçue que la compétition est indissociable du capitalisme. La présence de produits presque semblables sur un marché a pour effet d’affaiblir les marges des compétiteurs et de rendre les produits indifférenciés. Or, sans marge, pas de capitalisation et sans capitalisation, pas d’investissement donc pas d’innovation. Finalement : « Si vous voulez créer et capturer de la valeur, ne construisez pas un business indifférencié et standardisé. Créez un monopole… car synonyme de nouveaux produits qui profitent à tout le monde. »

Philosophe et libertarien

Au-delà de la parution de son ouvrage, Peter Thiel est l’un des rares «techno- gourous » de la Silicon Valley à réfléchir aux conséquences de la technologie : intelligence artificielle, biotechnologies, robotisation de la société… Sa réflexion porte sur ces sujets technologiques mais aussi sur les sciences sociales au point de créer Imitatio, fondation dont l’objet est de financer des travaux universitaires consacrés à la compréhension profonde de la nature humaine.

 

En philosophie, Peter Thiel est aussi un empêcheur de penser en rond. À des années lumières de nos conceptions européennes, il est un adepte convaincu du libertarisme et du transhumanisme expliquant, sur le premier concept, que c’est la régulation excessive de l’État qui entrave l’innovation et les initiatives individuelles. Il cofinance Seasteading Institute, aux côtés de Patri Friedman – petit-fils de Milton Friedman, prix Nobel d’économie – il s’agit rien moins que de créer des villes sur des plateformes offshore, en dehors des eaux territoriales. Ces nouvelles cités étant, bien sûr, entièrement déréglementées…

 

Quant au transhumanisme, Thiel est de ceux qui « pensent que la mort est un problème auquel il existe une solution ». Que cela passe par les moyens biomédicaux (modifications génétiques, entre autres) ou le raccordement de  l’homme aux machines, sa vision du futur reste emprunte de l’esprit des pionniers américains en quête d’un nouveau monde et de frontières à repousser. À moins que ça ne soit un rêve fantastique à l’image de la scène finale du film de Vincente Minnelli, Un Américain à Paris

 

Peter Thiel avec Blake Masters : De zéro à un. Comment construire le futur ? Éditions J.-C. Lattès

Philippe Boyer, auteur du livre : Ville connectée=vies transformées  Notre prochaine utopie ? Éditions Kawa.

Emoji première langue

Twittosphère, geeker, troller, fablab ou encore émoji font leur entrée dans l’édition 2017 des dictionnaires Robert et Larousse. Né au Japon avec l’avènement des Smartphones, le phénomène « emoji » est désormais mondial. Bien…