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11H09 - vendredi 18 mars 2016

Le Plan Colombia, d’un plan de guerre à un processus de paix

vendredi 18 mars 2016 - 11H09

Le Plan Colombia a fêté le mois dernier ses quinze ans avec la rencontre officielle des présidents colombien et américain à Washington. Pour la première fois depuis sa mise en place, un réel résultat est envisageable avec la signature d’un traité de paix entre le gouvernement colombien et la guérilla communiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) initialement prévue pour le 23 mars prochain.

Andres Pastrana - Capture d'écran

Andres Pastrana – Capture d’écran

Lors de ses discours électoraux pour la campagne présidentielle colombienne de 1998, M. Andrés Pastrana Arango annonçait le projet de ce qu’il surnommait Plan Marshall pour la Colombie. Cette nouvelle politique tend à lutter contre les problèmes internes comme la précarité sociale et le narcotrafic dont est victime la Colombie et qui ravagent son économie et sa paix sociale depuis plus de cinquante ans.

 

Après son investiture le 7 août 1998, il mit en place ce que l’on appelle le Plan Colombia pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’état. Ce projet fut conçu fin 1999 en partenariat avec les États-Unis. Dans sa genèse, il comportait plusieurs volets comme l’amélioration de la politique sociale, le renforcement des institutions des droits de l’homme, la lutte contre la drogue (avec comme objectif final la réduction de 50 % de sa production et de sa commercialisation), la destruction des cultures illicites couplée à un encouragement aux productions agricoles de substitution, et l’engagement dans des négociations de paix avec les acteurs armés tel que les Farc ou l’ELN.

 

Initialement prévu pour durer six ans, le Plan Colombia naît sous les présidences de Andrés Pastrana et Bill Clinton, se poursuit sous celles de Alvaro Uribe et George W. Bush jusqu’aujourd’hui avec la célébration de ses quinze ans par la rencontre des deux chefs d’État Obama et Santos.

 

Sur les 7,5 milliards de dollars que nécessite le Plan Colombia à sa création, 4 sont à la charge directe de la Colombie et 3,5 (divisés en paiement annuels, qui atteignent finalement près de 3,9 milliards de dollars) à celle de ses partenaires internationaux, c’est-à-dire les États-Unis. Mais c’est sans doute l’investiture de George W. Bush qui a marqué un grand tournant dans l’application de ce Plan. Ce dernier est alors devenu régional, c’est-à-dire que plusieurs autres pays comme le Venezuela, le Pérou, la Bolivie et l’Équateur bénéficiaient désormais de fonds d’aide afin de lutter eux aussi contre le narcotrafic. Entre 2000 et 2002, la Colombie est le troisième bénéficiaire du soutien américain à l’international avec l’envoi de 600 puis 800 conseillers militaires et civils, de nombreux matériels militaires ou « civils » (hélicoptères de combats, avions de fumigations, etc.) et l’augmentation du personnel de l’ambassade américaine à Bogota.

 

Cependant, Pastrana a aussi tenté de rallier l’Union européenne à sa cause. Mais malgré le soutien moral des européens envers un processus de paix et leur volonté d’aider à la restauration du développement social et économique de la Colombie, ils jugent le Plan Colombia beaucoup trop axé sur l’action sécuritaire. Pour l’Europe, il ne garantit pas de paix durable. Le volet militaire représenterait près de 70 % des fonds alloués. Pour certains de ses détracteurs, ce programme apparaît comme un fantôme de la « vietnamisation » ou une réplique des politiques interventionnistes menées par les États-Unis en Amérique centrale dans les années 1980. L’Union européenne peinant pour sa part à faire la distinction entre le volet lutte contre les stupéfiants et lutte pour le pouvoir (les groupes armées comme les Farc s’appuyant fortement sur les réseaux de drogues pour soutenir leurs activités) les États-Unis demeurent les seuls partenaires extérieurs de ce Plan et partagent presque à égalité ses coût avec la Colombie.

 

De nombreux échecs

En ce qui concerne le bilan de ces politiques, beaucoup critiquent une militarisation trop importante, qui aurait pour seul effet de déplacer les trafiquants vers d’autres régions. Dans ce sens, plusieurs voix proclament que le Plan Colombia aurait augmenté le caractère transnational des activités du narcotrafic colombien. Phénomène que nous pouvons constater à travers, d’abord, le déplacement de certaines branches des Farc à Cuba, et ensuite, la détérioration de la situation de la Guinée-Bissau désormais considérée comme un narco-État contrôlé par des réseaux de trafiquants colombiens. Sans compter le bilan des violences sexuelles : on parle de plus de 400 000 femmes violées et de près de 8 000 forcées à la prostitution entre 2000 et 2009.

Sur un second plan, les ONG environnementales dénoncent le moyen utilisé par les autorités pour la destruction des cultures de coca. La propagation par avions d’herbicides puissants et fortement toxiques aurait de multiples conséquences écologiques et sociales, car affectant aussi l’agriculture légale (comme les cultures vivrières des populations locales), l’environnement et les populations. De plus, ainsi repoussés par les forces militaires, les narcotrafiquants ont effectué de grands travaux de déforestation pour soutenir leur production (qui n’aurait pas réellement diminué depuis l’annonce du Plan Colombia).

En bref, le conflit entre forces gouvernementales et guérillas ainsi que la destruction des cultures illégales (et parfois légales) ajoutés à une faible application des politiques d’incitation aux productions agricoles de substitution créent de forts déplacements de populations dans la région menaçant la paix sociale.

 

Il y a aussi des réussites

Toutefois les chiffres montrent un bilan du Plan Colombia relativement positif avec la saisie de considérables quantités de cannabis et de cocaïne, l’éradication de nombreuses cultures de coca et la destruction de nombreux laboratoires illégaux de production. Mais la principale réussite sur laquelle se base M. Santos, président de la Colombie depuis sa première élection le 20 juin 2010 (puis réélu en 2014), pour tirer un bilan positif du Plan Colombia est la possible signature d’un accord de paix avec le groupe armé Farc. Dans ce cadre, le président Santos a rebaptisé ce plan « Plan Paix », et demandé aux États-Unis de retirer les Farc de leur liste d’organisations terroristes afin de faciliter les négociations. Cette demande néanmoins, paraît difficilement acceptable pour Washington tant que les Farc ne seront pas démilitarisés.

En décembre 2015, plusieurs accords ont été signés entre le gouvernement et la guérilla, l’un instaurant un cessez-le-feu illimité et l’autre, la mise en œuvre d’un « système intégral » de réparation et de justice en faveur des victimes du conflit. Malheureusement, les deux parties ont finalement décidé de repousser la signature de l’accord final, le Président ayant annoncé que sa rédaction nécessitait plus de temps.

 

Mathieu Moulin

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Stéphane Mader