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11H40 - jeudi 25 février 2016

Colombie, mécontentement face au processus de paix

jeudi 25 février 2016 - 11H40

À un mois de la date limite de signature d’un accord en Colombie, retour sur le mécontentement d’une partie de la population face au processus de paix.

 colombie

 

Le compte à rebours est lancé, après presque cinq ans de négociations, il ne reste plus qu’un mois au gouvernement colombien et aux Farc pour signer un accord mettant fin au conflit armé. Selon plusieurs analystes, la violence engendrée par cette guerre se serait amoindrie depuis le début des négociations, ce qui aurait évité la mort d’au moins 1 500 personnes. Pourtant, vendre l’idée de la paix négociée n’a pas été facile car la Colombie est un pays fortement polarisé.

 

De la guerre à la paix négociée

À la fin des années 1990, la guérilla menée par les Farc est devenue la plus puissante de Colombie en compétences militaires, avec une stratégie de guerre qui s’intègre parfaitement au concept de « nouvelles guerres » proposé par Mary Kaldor. Ainsi, les Farc se démarquent par leurs velléités de contrôle territorial qu’ils imposent par la violence contre les populations civiles, rompant ainsi avec leur position initiale qui consistait au contraire à s’attirer leur soutien. Ils cherchent désormais à créer un climat de peur et de terreur, par des massacres, des déplacements forcés, des enlèvements et des pressions économiques.

Dans ce contexte, et après plusieurs tentatives de négociation de paix, le président Uribe arrive au pouvoir en 2007, fort du soutien d’une majorité de colombiens demandant la « main dure » contre les groupes de guérilla. Uribe réfute l’existence d’une guerre en Colombie contre un ennemi interne et préfère inscrire son action dans un contexte international de « lutte contre le terrorisme ». Ce faisant, il reçoit le soutien politique, économique et militaire, du gouvernement des États-Unis pour intensifier le combat armé contre les Farc. Bien que la lutte frontale contre les guérilleros les ait affaiblis, le coût de cette politique a été très élevé : augmentation du nombre des déplacements, disparitions forcées, violations des droits de l’homme et la division radicale de la société colombienne. Pourtant, ces huit années de guerre ont apporté une leçon : la paix positive et durable ne viendra pas des armes.

Depuis novembre 2012, la Colombie s’est engagée à trouver une solution non militaire au conflit. La stratégie gouvernementale menée par le président Santos a changé de cap. Ce dernier a entamé des négociations avec les Farc, choix délicat, dans ce pays déjà témoin de plusieurs processus de paix avortés.

 

Les raisons d’un mécontentement

D’après les sondages, 61 % des Colombiens seraient aujourd’hui en faveur du processus de paix, pourtant les critiques et les refus se font entendre. Une partie de la population colombienne, dont des partis politique et des organisations civiles, manifeste son mécontentement pour diverses raisons.

Tout d’abord, l’annonce de l’ouverture d’un processus de paix entre le gouvernement colombien et les Farc a jeté un froid chez les Colombiens ayant voté pour Juan Manuel Santos, dont la candidature était appuyée par le président sortant Uribe. Pour eux, Santos aurait dû face aux Farc poursuivre la ligne d’Uribe : la stratégie armée.

En menant une « guerre contre le terrorisme », Uribe avait, de fait, défini la guérilla comme un groupe terroriste. Il est donc impensable aux yeux de certains de négocier avec eux. Au sein même de la formation politique du président Santos, les critiques fusent. En 2012, l’ex-sénateur du parti politique U, s’adressait en ces termes dans une lettre au président Santos : « Pensez-vous que les Farc, un groupe d’assassins, de terroristes, de trafiquants de drogue et de ravisseurs, ont la légitimité de s’asseoir à côté de l’État, faire des demandes au pays et mettre sous pression un gouvernement démocratiquement élu par plus de neuf millions de Colombiens ? »

Toutefois, ces réactions font écho aux échecs des anciennes négociations et aux violences de plus en plus dures à l’encontre de la population civile. Selon Hector Morales, étudiant colombien en Master à la London School of Economics, « le peuple colombien ne croit plus aux Farc, ils n’ont plus de légitimité, ils ne représentent pas les idées du peuple, ils sont à l’image des narcotrafiquants et des bandits ».

Le processus de paix a en effet été marqué par des événements violents dont la guérilla étaient à l’origine : la capture d’un membre des forces armées colombiennes, des attentats contre la population civile, des destructions d’infrastructures du pays. Des actes qui remettent en question la poursuite du processus de paix par l’instauration d’un climat de guerre. Pourtant, si cette violence est condamnable, elle est finalement comparable à ce qu’ont connu d’autres pays pendant leurs processus de paix comme l’Irlande du Nord ou l’Afrique du Sud, par exemple.

Bien que la conclusion d’un accord de paix entre les deux parties soit proche, ils subsiste toutefois des critiques liées à deux sujets très sensibles concernant les Farc : leur sort judiciaire à l’issue de l’accord de paix et leur future participation dans la vie politique colombienne. Sur ce dernier point, il est clair que, étant donné les causes du conflit armé, refuser aux ex-combattants une participation à la vie politique pourrait faire échouer les négociations. D’un autre côté, certains Colombiens s’opposent à l’ouverture du système politique aux membres des Farc si l’accord est basé sur l’impunité. « Je suis en faveur de leur participation politique, seulement à condition que ces personnes ne soient pas poursuivies pour des crimes contre l’humanité », explique Ronald Saenz, internationaliste de l’université militaire de Bogotá.

Au-delà des Colombiens, une partie de l’opinion publique internationale craint une justice peu rigoureuse. Pour l’organisation Human Rights Watch, par exemple, le volet justice est très flou quant aux possibles condamnations de personnes ayant commis de crimes de guerre.

 

Retirer les armes de la politique : un pas nécessaire pour la démocratie colombienne

La fin de la guerre ouvre la porte à la création d’un nouveau monde. Comme nous l’enseignait Hanna Arendt, cette perspective implique la fin des divisions et des visions simplistes d’un pays qui serait divisé entre le Bien et le Mal. Pourtant, malgré les traces laissées par la guerre, il est nécessaire que tous les Colombiens imaginent une cohabitation sereine entre les victimes et les combattants.

Les paroles d’un ex-otage de l’ELN renforcent cette idée : « La Colombie et le peuple colombien méritent la fin de cette guerre insensée dans laquelle nous vivons depuis plus de cinquante ans. Il est temps d’arrêter cette haine accumulée pendant des années dans notre société. Il est temps que nous ayons tous accès à l’éducation, à la santé, au travail, à un logement décent et à ce qu’il y a de plus précieux, vivre en paix. »

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Stéphane Mader
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