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12H03 - mardi 15 mars 2016

Objets connectés et respect de la vie privée

mardi 15 mars 2016 - 12H03

Pour préserver les valeurs du monde civilisé, il faudra veiller à les projeter dans la quatrième révolution industrielle

Chambre connectée - Crédit photo : Leve Lord - Pixabay

Chambre connectée – Crédit photo : Leve Lord – Pixabay

Les objets connectés sont des équipements qui embarquent, d’une part, des capteurs de phénomènes divers de notre quotidien (capteurs de chaleur, de mouvement, de poids, de son, etc.) et, d’autre part, des mécanismes d’échange et de transmission de données vers des serveurs ou autres objets connectés en vue d’effectuer des traitements et calculs algorithmiques pour fournir un service.

 

Ces objets connectés sont de toutes sortes. Les contextes de leur usage n’ont de limite que notre imagination. Dans le domaine de la santé, ils nous aident déjà à mesurer notre nombre de pas par jour et à réguler ainsi notre hygiène de vie. Grâce à eux, les jeunes parents peuvent rester en contact avec leur bébé et les diabétiques, suivre leur niveau de glycémie. Les objets connectés spécialisés permettent, par l’observation de nombreux phénomènes, la prévention, par exemple, de crises d’épilepsie ou de cambriolages, ou encore la surveillance de notre consommation d’énergie pour nous aider à la rationnaliser. Certains acteurs de l’industrie cosmétique vont jusqu’à proposer des soins hydratants sur mesure ou du maquillage en réalité augmentée à l’aide de l’appareil photo du smartphone transformé en miroir…

Demain, tel le bracelet électronique de certains prisonniers en liberté surveillée, ou la boîte noire d’un avion, l’usage de certains objets connectés sera probablement obligatoire et réglementaire.

 

Des objets connectés, il y en aura partout

Les rapports et études le prédisant se bousculent. De Mc Kinsey à IBM, en passant par le Gartner, les pronostics chiffrent à plus de 26  milliards le nombre d’objets connectés pour 2020. D’autres vont même jusqu’à 80 milliards !!! Dans quatre ans, nous baignerons donc dans un écosystème d’une densité inouïe …

On est en droit de se demander quel impact auront ces objets connectés sur notre vie privée. D’aucuns arguent déjà que la vie privée, semble-t-il théorisée à l’époque de la seconde révolution industrielle, ne serait plus un concept naturel. De ce fait, il ne faudrait pas s’inquiéter si elle venait à disparaître… Nous pouvons citer, entre autres références, deux ouvrages présentant thèses et antithèses autour de cette problématique : La Vie privée, un problème de vieux cons ? de Jean-Marc Manach et La Nouvelle Société du coût marginal zéro de Jeremy Rifkin. Le point de vue publié par Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, dans un numéro de La Tribune en janvier 2016, y fait également allusion : la révolution des objets connectés, baptisée par ailleurs quatrième révolution industrielle, devra traiter certaines questions morales et éthiques, entre autres celle du crucial respect de la vie privée.

De façon très schématique, nous devrons affronter au moins deux risques :

Le premier est induit par la manipulation des multiples données générées par chacun des objets connectés. Qui y aura accès et pour en faire quoi ? Les assureurs fixeront le montant de nos échéances à partir de notre nombre de pas quotidien… mais ne les calculent-ils pas déjà après vous avoir posé des questions sur votre hygiène de vie ? Vivrons-nous une nouvelle intrusion dans notre vie privée, ou une simple vérification technique de nos déclarations sur l’honneur. D’un point de vue éthique et moral, la question est complexe. Et la réponse façonnera indéniablement la société de demain.

Le second risque est induit par la sécurité d’accès à ces objets connectés. Les protocoles de sécurité, utilisés jusqu’ici, montrent certaines limites quand il s’agit de sécuriser les échanges avec, et surtout entre, objets connectés. Ainsi, nous pouvons deviner sans peine le type de catastrophe que pourrait provoquer un accès malveillant. À titre d’illustration, plusieurs sites permettent d’accéder à des caméras connectées sur Internet de façon non sécurisée. Le site russe http://www.insecam.org/ se plaît à les recenser au niveau mondial. Des locaux de laveries automatiques, à des usines, en passant par des parkings… certaines caméras de surveillance ne sont pas sécurisées car leur mot de passe usine n’a pas été changé !

Ou encore, imaginez, l’impact d’un accès malveillant à votre taux de glycémie par exemple !

Toutes ces considérations démontrent l’importance cruciale des architectures techniques des plateformes qui devront exploiter ces objets connectés et les données qu’ils déverseront. Certaines solutions émergent déjà sous le nom de PaaS (Platform as a Service). Ces PaaS affirment garantir sécurité et confidentialité. Mais la partie n’est pas encore gagnée.

Le sujet du respect de la vie privée dans le monde des objets connectés reste ouvert. Il constitue un enjeu crucial pour la déclinaison de la quatrième révolution industrielle. Et au-delà, se posera la question de la sécurité territoriale, celle des territoires sur lesquels « résident » les objets connectés, voire celle de la souveraineté nationale. Nous y reviendrons.

 

Omar Seghrouchni, Associé fondateur de StragIS (http://www.stragis.com), spécialiste des architectures des systèmes d’information.

Emoji première langue

Twittosphère, geeker, troller, fablab ou encore émoji font leur entrée dans l’édition 2017 des dictionnaires Robert et Larousse. Né au Japon avec l’avènement des Smartphones, le phénomène « emoji » est désormais mondial. Bien…