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15H28 - mardi 8 décembre 2015

La smart city côté champs vue par Philippe Boyer

mardi 8 décembre 2015 - 15H28

Philippe Boyer, auteur de Ville connectée = vies transformées, notre prochaine utopie ? publié aux Editions Kawa, livre à Opinion Internationale, à l’occasion de la COP21, quelques bonnes feuilles de son ouvrage consacrées à la campagne dans la ville.

 

Résumé du livre

ville-connectee-vies-transformees-notre-prochaine-utopie-Trois milliards et demi de personnes à travers le monde vivent aujourd’hui dans une ville. Elles seront cinq dans quinze ans et près de huit à l’horizon 2050. Par ailleurs, l’avenir de nos villes sera de plus en plus numérique avec son flot de transformations des services urbains et des modes de gouvernance. Entre cette prophétie démographique et cet avenir numérique qui prend l’ascendance sur nos vies, la ville intelligente – smart city dans sa version anglo-saxonne – concentre bon nombre d’espoirs et de peurs de notre monde hyper-connecté.

Souvent perçue de façon trop caricaturale, la ville intelligente ne peut cependant pas se réduire à une vision manichéenne où la technologie serait tout à la fois notre meilleur ami ou notre pire ennemi. Comme toujours, il importe de faire en sorte que le numérique ne soit qu’un outil en faveur d’une ville plus intégrée, plus vivable et plus participative. Bref, parier qu’intelligence puisse rimer avec adaptation.

Innovante, anticipatrice, engagée, enthousiaste, audacieuse, dépendante… tels sont les quelques adjectifs qu’il est possible d’associer à cette révolution urbaine qui a lieu sous nos yeux. A la façon d’un reportage, l’auteur analyse cette transformation numérique qui touche les villes sous des angles aussi variés que l’alimentation, la sécurité, la citoyenneté ou encore les nouveaux modes de vie collaboratifs. En ce sens, Ville connectée = vies transformées doit se lire comme un guide permettant de déchiffrer notre condition d’homo-urbanus et notre destin d’homo-numericus.

 

Chapitre 2. La ville anticipatrice 

En 2050, 80% de la population mondiale résidera en ville. D’ici là, son nombre aura augmenté de 3 milliards, portant à 9 milliards le nombre total de bouches à nourrir. Il faudra mettre en culture pas loin de 10 milliards d’hectares de terres nouvelles pour répondre aux besoins mondiaux en nourriture. Alors qu’aujourd’hui 80% de la surface utilisable est déjà mise à contribution, se pose la question de la campagne à la ville.

La campagne à la ville

A New-York, Montréal, Amsterdam ou Singapour… une nouvelle forme d’agriculture urbaine cherche sa place dans les grandes villes. L’idée de ces fermes ou vergers urbains n’est pas de remplacer l’agriculture traditionnelle mais de jouer un rôle complémentaire pour nourrir les villes tout en participant à l’élaboration d’un nouveau mode de vie urbain. L’agriculture sur les toits  (« roof-top agriculture ») est une réponse au phénomène de déséquilibre alimentaire qui a pour conséquence que tant de personnes, en particuliers dans les villes, ne mangent pas à leur faim. L’idée étant de ramener l’agriculture à l’intérieur de la ville en créant de nouveaux lieux de production au plus près des consommateurs.

A Montréal, les fermes Lufa se sont installées sur le toit d’immeubles de bureaux. Avec pour slogan « Notre vision est celle d’une ville remplie de fermes sur les toits. Nous cultivons les aliments là où les gens vivent et le faisons durablement», cette société a changé la façon dont les habitants de cette ville s’alimentent grâce aux légumes qui poussent à moins de dix kilomètres de leurs lieux de consommation ; réduisant au passage la densité de gaz carbonique générés par les camions de livraisons. Chaque semaine, Lufa commercialise 3000 paniers auprès d’une cinquantaine de points de vente répartis dans la ville. Dans d’autres grandes villes du monde, les producteurs s’organisent pour faire pousser localement fruits et légumes qui seront vendus dans un périmètre inférieur à 10 kilomètres du lieu de production.

Dans la seule ville de New York, on estime que l’agriculture sur les toits représenterait un potentiel de 12 millions de m². C’est à Brooklyn que l’on trouve le plus grand potager urbain de la planète avec deux immenses fermes suspendues : Gotham Greens, ferme urbaine de 1400 m² de serres alimentées en énergie solaire dans laquelle poussent légumes et fruits cultivés hors sol et Brooklyn Grange, 6000 m² sur les toits de bâtiments industriels de ce faubourg de New-York. Pratiquant la culture organique en pleine terre, cette ferme génère un rendement de 18 tonnes annuelles, qui font de la Brooklyn Grange l’un des plus grands potagers suspendu au monde grâce à la production d’une quarantaine de variétés de fruits et légumes, tous vendus sur les marchés locaux et auprès des restaurants de la ville. L’enjeu est aujourd’hui de considérer l’agriculture urbaine non pas comme un simple supplément esthétique ou une activité marginale pour quelques habitants en mal de verdure, mais comme un véritable projet de ville, avec une logique de filière économique qui reste à développer.

 

Cultiver sur les toits ne suffira pas


Les adeptes d’une ville verte nous promettent une ville durable et conviviale à peu de frais. Pourtant, cultiver sur les toits ne pourra pas intégralement répondre aux énormes exigences alimentaires des villes de demain. Pour se hisser à la hauteur de ce défi, seules des fermes verticales seraient à même de proposer le développement d’une agriculture urbaine à grande échelle permettant de nourrir les 7 milliards de citadins à l’horizon 2050. L’idée de construire ces fermes verticales revient à un universitaire au nom prédestiné : Dickson Despommier ? microbiologiste à la Columbia University de New York. A quoi pourrait ressembler une ferme verticale ?

Plusieurs architectes se sont essayés à représenter ces futurs bâtiments parmi lesquels Chris Jacobs et Blake Kurase : des tours de 200 mètres de haut sur plus de 40 étages qui permettront d’atteindre des rendements 4 à 5 fois supérieurs au rendement moyen de l’agriculture horizontale actuelle. Des capteurs situés dans le plafond de chaque étage pourraient même recueillir l’humidité des plantes pour produire de l’eau pure. Quant aux sous-sols, ils hébergeront des installations de traitement des eaux usées incluant un dispositif de méthanisation ; la récupération du CO² servant comme « engrais gazeux » pour les plantes.

A Singapour, de nombreux projets agricoles innovants sont apparus au cours des dernières années. Pour nourrir les 5 millions d’habitants de cette ville-Etat, à peine 2% du sol de cette île-Etat sont actuellement consacrés à l’agriculture. De ce fait, c’est presque l’intégralité des produits alimentaires qui sont importés en provenance d’une trentaine de pays.
C’est pour tenter de remédier à ce déséquilibre de production alimentaire que des fermes verticales ont été installées en haut d’immeubles de bureaux et d’habitation. « SkyGreen » fait figure de pionnière : avec son système “A-Go-Gro”, cette société s’est fait une renommée en faisant pousser des légumes en hauteur. Reposant sur un ingénieux mécanisme de poulies, des bacs contenant les plants n’en finissent pas de monter et de redescendre afin de permettre à ces jeunes pousses de capter toute la lumière puis de se nourrir en nutriments une fois descendues à hauteur des réservoirs positionnés en bas de cet échafaudage mobile.


Les nouveaux « ageekculteurs »

Ailleurs, où l’ensoleillement est faible, ces fermes verticales ont certes l’avantage d’être innovante mais présentent l’inconvénient de se transformer en bâtiments énergivores. Pour contourner cette contrainte qui ne va évidemment pas dans le sens d’une ville que l’on voudrait plus frugale en énergie, la réponse technologique repose sur la généralisation des diodes électroluminescentes aussi connue sous le terme de « LED » (Light-Emitting Diode). Ces lumières artificielles pourraient être la solution pour la construction de ces futures tours agricoles car à la différence des lampes traditionnelles, elles permettent de simuler assez finement le rythme des saisons en faisant varier quantité et couleur de la lumière.

 

La ville bio et verte

Chaque jour, de nouvelles découvertes démontrent que l’agriculture intensive n’est plus la panacée et qu’il faut, à un moment où les rendements s’épuisent, en raison notamment du réchauffement climatique, passer à un autre modèle. Que l’on appelle cela « agriculture raisonnée » ou « maitrisée », les villes ont une carte à jouer en faveur de ces futurs besoins alimentaires et de la lutte contre le réchauffement climatique. Si l’agriculture réussit son mariage avec la ville, toutes deux en tireront bénéfice tant pour faciliter les approvisionnements logistiques que pour influer sur le climat. C’est cette « ville en bio », durable et innovante qui permettra peut être à l’humanité de se réconcilier avec la nature ; à moins que cela ne soit l’inverse…

Philippe Boyer

boyer

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