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11H00 - jeudi 26 novembre 2015

Outsourcing informatique : cap vers l’Afrique

jeudi 26 novembre 2015 - 11H00

L’émergence d’une nouvelle génération de développeurs talentueux sur le continent africain devrait permettre de rebattre les cartes de l’outsourcing informatique.

Le marché de l’offshore en informatique offre de formidables opportunités de travail pour les pays dits en développement et notamment en Afrique. Du côté des entreprises, cette forme d’externalisation à l’international d’une partie des services informatiques qui porte le plus souvent sur les activités de développement, de maintenance, de test et de support technique permet généralement de diviser les coûts d’un projet informatique par quatre.

Selon le cabinet de conseil PAC Online, dans les pays anglo-saxons, l’outsourcing informatique représente 20% des dépenses du secteur tandis qu’en France cette activité croît chaque année de 15%.

Quelles sont aujourd’hui les destinations les plus prisées ?

L’Inde et la Chine attirent les sociétés occidentales grâce à leurs prix très attractifs. Les pays d’Europe de l‘Est séduisent principalement les sociétés de la zone euro. Quant aux pays du Maghreb (Tunisie, Maroc), ils ne cessent de gagner des parts de marché en France grâce à leur proximité géographique et culturelle. Mais c’est en Afrique, plus au sud, que se trouve le prochain eldorado de l’outsourcing informatique, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, au Nigeria, au Ghana…

A la découverte de la Net économie africaine

Les pays africains comptent de plus en plus de talents en informatique. Ils sont jeunes, ambitieux, férus de nouvelles technologies et travaillent en réseaux…Leur but est de lancer des services innovants et répondant à un besoin local puis d’exporter leur concept pour conquérir des marchés beaucoup plus vastes. Armés d’un ordinateur portable et maîtrisant plusieurs langages de programmation, cette nouvelle génération de geeks met en place de véritables écosystèmes.

Témoins de cette effervescence, les apps stores mobiles voient apparaître chaque jour de nouvelles applications « Made in Africa ». Citons quelques exemples comme :

Educ-plus (Benin) : Cette application permet aux parents d’élèves de suivre au jour le jour la scolarité de leurs enfants : emploi du temps, évolution des notes, prise de rendez-vous avec les professeurs… Il est même possible de payer les frais de scolarité via l’application.

Taxi Tracker (Côte d’Ivoire) : Cette application a pour objectif de répondre au défi de l’insécurité dans les transports en commun d’Abidjan, et notamment dans les taxis. Taxi Tracker permet à tout détenteur de smartphone de suivre en temps réel par GPS le parcours d’un proche en saisissant le numéro d’immatriculation du véhicule.

Ginger (Côte d’Ivoire, Cameroun, Sénégal, Nigeria, Ghana) : ce service de messagerie instantanée est le pendant africain des WhatsApp ou de Viber. Reprenant les langues locales des différents pays, Ginger permet à ses membres d’utiliser des expressions locales grâce à des stickers : « Nangadef » (Comment ça va ?) pour les Sénégalais, «Ya Foye » (Rien à signaler)» pour les Ivoiriens, «Wetin ? » (Quoi ?) pour les Nigérians et les Ghanéens.

DiabApp (Mauritanie) : lauréate du MauriApp Challenge (concours d’applis mobile lancé en Mauritanie), cette application compte remplacer le carnet de santé en permettant aux patients diabétiques de transmettre leurs données médicales à leur médecin. Pour Abdoulaye Sy, co-organisateur de cet événement, il est important d’initier les jeunes aux nouveaux métiers du numérique. « Dans le cadre du MauriApp Challenge, nous avons animé de nombreux ateliers afin de former de jeunes développeurs à différents langages de programmation. Certains de nos stagiaires sont parvenus, dans la foulée, à décrocher un job au sein d’entreprises locales ».

Afrique : un potentiel énorme, des défis majeurs

Outre cette nouvelle génération de geeks talentueux, l’Afrique possède de nombreux atouts : la proximité avec l’Europe, la pratique du français et de l’anglais ou encore l’absence, dans certains cas, de décalage horaire. Néanmoins, pour attirer les entreprises occidentales, les prestataires de service africains devront relever quelques défis majeurs :

 « Communiquer » : un important travail de communication devra être entrepris afin de mettre en lumière ce potentiel naissant. Même si l’Afrique est depuis longtemps entrée dans l’ère digitale, son image reste à parfaire. Encore trop peu de décideurs savent qu’entre 2013 et 2014, les capitaux investis dans des start-up africaines ont plus que doublé (26,9 millions de dollars contre 12 millions) ou que la première imprimante 3D conçue en Afrique a vu le jour au Togo en 2014 en utilisant des déchets électroniques recyclés.

 « Rassurer » : les entreprises africaines doivent répondre aux exigences de leurs clients en se conformant aux standards mondiaux de qualité (ex : certifications ISO), et assurer un niveau de qualité élevé tout en respectant les délais.

 « S’équiper » : même si l’accès à internet se développe de manière vertigineuse, les coupures réseau sont encore trop nombreuses et fréquentes. En termes de business, les conséquences de telles avaries sont susceptibles de compromettre la fiabilité des entreprises locales aux yeux de clients internationaux. Comment communiquer efficacement avec ces homologues étrangers si le réseau ADSL tombe régulièrement en panne ?

 « S’adapter » : enfin, afin d’éviter toute incompréhension, les ingénieurs africains devront s’adapter aux codes culturels de leurs clients. Il leur faudra aussi éviter les écueils constatés avec certains développeurs indiens qui, par tradition, ont parfois du mal à contredire leur interlocuteur acceptant ainsi des demandes impossibles à réaliser. Dans pareil cas, le service rendu est souvent trop éloigné des attentes du client.

Dans tous les cas, s’associer avec un chef de projet local, jouant le rôle d’interface entre les deux parties semble la démarche recommandée par tous les professionnels.

La commercialisation d’applications mobiles sur le net constitue pour leurs auteurs une formidable vitrine internationale. Pour beaucoup d’entre eux, Internet offre l’opportunité de se faire connaître rapidement et d’attirer l’attention d’entreprises locales et étrangères avides de nouveaux talents. Forte de cette nouvelle main d’œuvre qualifiée, l’Afrique va-t-elle devenir le nouveau poids lourd de l’outsourcing informatique ? Les entreprises occidentales sont-elles prêtes à confier le développement de leurs projets à des SSII béninoises, ivoiriennes ou sénégalaises ?

 

 

 

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