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10H11 - lundi 12 décembre 2011

Etats-Unis : Mumia Abu-Jamal échappe à la peine de mort

lundi 12 décembre 2011 - 10H11

Après trente ans passés dans le couloir de la mort, c’est aujourd’hui une certitude : Mumia Abu-Jamal, le plus célèbre condamné à mort américain, ne sera pas exécuté.


Le doute de l’erreur judiciaire

Mercredi 7 décembre, le procureur Seth Williams a décidé de ne pas interjeter appel de la décision de la Cour Suprême américaine de commuer la sentence capitale en prison à vie. Elle devient donc définitive : Mumia Abu-Jamal échappe à l’injection létale mais il reste coupable aux yeux de la justice et condamné à finir sa vie derrière les barreaux.

Rappelons les faits : le 9 décembre 1981, à Philadelphie, la police intervient sur la scène d’une fusillade et découvre le cadavre de l’officier Daniel Faulkner, abattu de deux balles. A proximité, Mumia Abu-Jamal (alors appelé Wesley Cook), chauffeur de taxi de 28 ans, gît blessé d’une balle dans la poitrine, tiré par l’arme du policier.

L’accusation adoptera la version d’un contrôle de police qui aurait dégénéré, Abu-Jamal abattant l’officier Faulkner. Le procès de 1982 se tiendra dans une ambiance électrique de tensions raciales et ne laissera aucune chance à l’accusé, condamné à mort.

Il faut dire que Mumia Abu-Jamal sympathise avec les « Blacks Panthers » et fera vite de son sort un combat politique contre une Amérique et une justice racistes. Pour bon nombre de ses partisans, il est un prisonnier politique.

C’est pourquoi il gênait jusque dans les rangs des abolitionnistes américains eux-mêmes.


Trente ans de combat

Commence alors un combat judiciaire (ses avocats, notamment Robert Bryan, ont joué un rôle clé dans l’issue de cette affaire) et médiatique qui dure depuis trois décennies, pour celui qui a toujours clamé son innocence. Un combat dont la première manche vient enfin d’être gagnée.

Un militant brandissant un panneau "Libérez Mumia" (DR)

La France a toujours été à la pointe de la mobilisation internationale pour Mumia Abu Jamal. Il faut ici rendre hommage aux milliers de militants français qui, chaque mercredi, se réunissaient devant l’ambassade américaine à Paris pour réclamer un nouveau procès voire sa libération, à des intellectuels comme Jacques Derrida, à des forces politiques comme le Parti communiste et la CGT.

Mumia Abu-Jamal, aujourd’hui âgé de 58 ans va devoir relever un nouveau défi, et pas des moindre : faire reconnaître son innocence et, à tout le moins, réclamer un procès équitable car, comme dans bon nombre d’affaires similaires aux Etats-Unis, plane le doute de l’erreur judiciaire.

Mumia Abu-Jamal, « Mumia » pour ses nombreux soutiens, n’est plus condamné à mort : croupira-t-il désormais en prison ? Le mouvement qui s’est formé autour de lui et qui en a fait le symbole du combat contre la peine de mort saura-t-il l’élever au rang d’icône d’une justice équitable et éviter qu’il tombe dans l’oubli ? Souhaitons le pour Mumia et pour toutes les victimes d’un système judiciaire américain discriminatoire.

 

Damien Durand & Michel Taube


Photo titre : Mumia Abu-Jamal en détention (DR)