Edito / Editorial
Tunisie /
15H29 - mercredi 19 octobre 2011

Le 23 octobre, acte 1 de la démocratie tunisienne. Les Tunisiens votent librement pour la première fois et élisent leur Assemblée constituante.

mercredi 19 octobre 2011 - 15H29

La Tunisie entre de plain-pied dans la démocratie : après avoir renversé la dictature et son chef, Ben Ali, la Tunisie organise ses premières élections démocratiques dimanche 23 octobre. Mais c’est dès mercredi soir en Australie et de jeudi à samedi dans le reste du monde que les Tunisiens de l’étranger iront voter.

7 millions d’électeurs, 4 millions d’inscrits sur les nouvelles listes électorales pendant l’été, 11.000 candidats pour 1.636 listes, 217 élus pour former l’Assemblée constituante… La campagne électorale  s’est passée dans le calme. A part quelques tentatives d’intimidation autour de l’affaire Nessma TV (voir notre article).

Dimanche, ce ne sera que l’Acte 1 de la transition démocratique : élire celles et ceux qui seront chargés d’adopter une Constitution pour la Tunisie et de choisir de nouveaux dirigeants provisoires, dans l’attente d’élections présidentielle et législatives d’ici fin 2012.

Pour relever le défi de ces élections, l’Instance supérieure indépendante pour les élections, présidée par Kamel Jendoubi, célèbre défenseur des droits de l’homme et exilé politique du temps de Ben Ali, a mis en place, en un temps record (7-8 mois) , et en partant de rien, un dispositif géant : 5.000 personnes ont été recrutées et formées depuis 6 mois pour mener à bien l’organisation des élections. Des milliers de bénévoles composent les Instances régionales indépendantes chargées des élections. 7.361 bureaux de vote répartis dans les 27 circonscriptions sur le territoire tunisien seront ouverts le dimanche 23 octobre de 7h à 19h. Pour le Jour J, quelque 50.000 agents électoraux ont été déployés dans les centres de vote, et 5.000 observateurs nationaux et 530 internationaux scruteront les opérations électorales. Les résultats définitifs sont attendus au plus tard le lundi 24 octobre dans l’après-midi.

La réussite opérationnelle de l’élection sera une victoire en soi, une victoire sur la dictature et une preuve supplémentaire de la maturité des Tunisiens.

Mais la préparation des élections a aussi été l’occasion de changements révolutionnaires, que de vieilles démocraties comme la France, pourraient envier : la liste parité hommes – femmes a ainsi été instaurée pour toutes les listes électorales. L’Assemblée constituante qui sortira des urnes sera donc parfaitement mixte !

L’Instance supérieure Indépendante des Elections (ISIE) s’est également littéralement substituée au Ministère de l’Intérieur, discrédité par les années Ben Ali. Comme nous le confiait son président Kamel Jendoubi, dans certains pays d’Amérique latine, ou en Afrique du sud, ce processus de réinvention de l’Etat avec de nouvelles institutions, fraîchement issues de la révolution et appelées à se pérenniser, est somme toute inédit.

Les enjeux sont considérables et, pour beaucoup de Tunisiens, on entre dans l’inconnu, à la veille de ce grand rendez-vous historique. Quelle Assemblée sortira des urnes ? Face à une multitude de candidatures, l’inconnue est avant tout politique : qui dominera cette nouvelle Assemblée ? La dissémination des candidatures permettra-t-elle seulement de dégager une cohérence pour dessiner l’avenir institutionnel du pays ? Seuls les Islamistes de Ennahada sont connus de tous les Tunisiens et organisés dans tout le pays. Face à eux, les démocrates partent divisés. Citons quelques uns de ceux qui ont mené une campagne nationale : Ahmed Néjib Chebbi et Maay Jribi du Parti Démocrate Progressiste, libéral de gauche ; Mustapha Ben Jafaar de l’Ettakatol (proche du PS français), Ahmed Brahim d’Ettajdid, ex-communiste devenu social-démocrate. Les anciens « benalistes » comme Mohamed Jegham, ancien ministre de l’intérieur de Ben Ali, reconvertis à la démocratie, sont en lice également et bénéficient de puissants relais dans tout le pays, notamment les administrations.

Reste la question de la participation électorale : Kamel Jendoubi dit espérer une participation de plus de 60% des 7 millions d’électeurs. A entendre de nombreux Tunisiens, cela pourrait être bien plus : nous n’en avons croisé aucun qui dise qu’il n’ira pas voter dimanche.

Les Tunisiens écrivent ces jours-ci la première page de leur démocratie.

Michel Taube

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