Human Rights
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11H18 - mardi 13 septembre 2011

Vietnam : Torture et travail forcé dans les centres de détention pour drogués

mardi 13 septembre 2011 - 11H18

L’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW) révèle que des centaines de personnes emprisonnées au Vietnam pour utilisation de drogue sont détenues sans procédure régulière pendant des années. Contraintes à travailler pour un salaire faible ou inexistant, elles subissent la torture et la violence physique.

Les centres de détention pour drogués ne sont rien de plus que des camps de travail forcé, où des individus travaillent six jours par semaine  à des activités telles que le traitement de noix de cajou, la couture de vêtements ou la fabrication de divers articles.

Dans le rapport de HRW, citons le témoignage de Quynh Luu, un ancien détenu capturé en essayant de s’échapper d’un centre. Son récit prouve que le refus de travailler, ou la violation des règles du centre, conduisent parfois à des représailles et des punitions qui  constituent de véritables actes de torture : « D’abord ils m’ont frappé sur les jambes pour que je ne puisse plus m’enfuir … [Ensuite] ils m’ont frappé avec une matraque électrique [et] m’ont gardé dans la salle de torture pendant un mois. »

D’anciens détenus ont affirmé à Human Rights Watch qu’ils avaient été envoyés dans des centres sans audience légale ni procès formels, et sans avoir pu consulter d’avocat ni de juge. Ils ont expliqué qu’ils n’étaient au courant d’aucun moyen de révision ou d’appel de la décision de les détenir. Quant aux hommes entrés de manière volontaire, pensant qu’ils seraient soignés, ils ne sont pas libres de partir et leur détention s’est vue arbitrairement prolongée.

La parole de ces détenus évoque des tâches subalternes réalisées dans le traitement de noix de cajou, l’agriculture, la couture de vêtements et de sacs à provisions, dans la construction et la fabrication de produits en bois, plastique, bambou et rotin. Kinh Mon, un ancien détenu: « J’ai fait du décorticage de noix de cajou pendant trois ans. J’ai travaillé jusqu’à huit heures par jour pour remplir mon quota. Le liquide provenant des noix de cajou m’a brûlé la peau. »

Certains détenus travaillent pendant des années sans salaire. D’autres sont payés une fraction du salaire minimum, et la direction du centre déduit de leur salaire la nourriture, l’hébergement et les soi-disant « frais de gestion ». À la fin de leur détention, leurs familles ont dû payer aux centres des sommes dues par les détenus, selon les calculs des responsables du centre.

L’origine de ces centres remonte aux camps de « rééducation par le travail » établis suite à la victoire du Nord-Vietnam en 1975, pour les utilisateurs de drogue et les travailleurs du sexe. HRW constate qu’aucun soin ou traitement n’y est prodigué, en particulier face à la dépendance des détenus à la drogue, ce qui accrédite l’hypothèse de centres destinés uniquement à fournir de la main d’œuvre bon marché.

Cette situation est illégale au regard même du droit vietnamien puisque, selon la loi, les détenus séropositifs ont le droit d’être libérés si les centres de détention ne sont pas en mesure de fournir les soins médicaux adéquats.

Le problème est aussi que, depuis 1994, des bailleurs de fonds internationaux soutiennent cette politique, notamment dans la formation du personnel dans le traitement de la toxicomanie et du VIH.

Parmi les entreprises dont des produits ont été « travaillés » par les détenus, HRW cite deux entreprises vietnamiennes : Long Son JSC, une société de transformation de noix de cajou, et Tran Boi Production Co. Ltd, qui fabrique des produits en plastique.

Comme le dit Joe Amon, pour HRW, « les bailleurs de fonds internationaux ferment les yeux sur la torture et les exactions auxquelles ces personnes sont confrontées. »

Le Vietnam, régime communiste mais dont l’économie s’est fortement ouverte au capitalisme mondial, est l’un des pays, sinon LE pays, de l’Organisation Internationale de la Francophonie les plus exposés aux critiques des observateurs et des défenseurs des droits de l’homme.

Michel Taube