Human Rights
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08H02 - jeudi 14 juillet 2011

Suède : la parité homme-femme, l’éternelle priorité

jeudi 14 juillet 2011 - 08H02

 

Si la Suède et ses voisins nordiques sont vus comme les places fortes de la parité homme-femme, ils le doivent avant tout à leur propre conception de la place des femmes dans la société, ainsi qu’à une constante pression des mouvements féministes, omniprésents.

 

 

La parité, solidement ancrée dans les mœurs

Au pays de l’égalitarisme, le conformisme social est roi. En Suède en particulier, il serait suicidaire politiquement pour un parti de remettre en cause les acquis sociaux, que ce soient les droits des immigrés ou les droits des femmes. En ces latitudes nordiques, chacun revendique une part de féminisme, et œuvrer pour le sacro-saint idéal de la parité homme-femme est un dogme. C’est tout du moins la perception qu’un Européen plus « méridional » pourrait avoir. Car si la Suède est en avance sur le plan de l’égalité homme-femme, c’est paradoxalement un des pays au sein duquel les critiques féministes sont les plus virulentes. De ce fait, cette pression constante explique en retour la volonté des partis politiques traditionnels à ne pas dédaigner la poursuite de cet objectif, dans la mesure où la population considère généralement les revendications féministes successives comme justes.

Historiquement, la pensée féministe s’est développée en Suède à partir du XIXème siècle, à la suite de l’écrivain Fredrika Bremer (ci-dessus), qui déplorait en 1856, dans son roman à succès « Hertha », le manque de liberté des femmes dans la société suédoise de l’époque. A l’origine d’un grand débat sociétal, cette première flèche incendiaire fit alors mouche au Parlement qui promulgua une loi. Plus tard portée par les idéaux égalitaires de la social-démocratie suédoise, la pensée féministe s’est définitivement imprégnée en Suède et en Scandinavie.

 

Une pression féministe constante

De nos jours, les immenses espoirs des féministes suédoises des années 70 ont été déçus. Créé en 2005, le parti Initiative féministe est là pour nous le rappeler, sans détour, dans son manifeste politique : « la Suède est aujourd’hui, malgré l’égalité formelle entre hommes et femmes, une société qui subordonne systématiquement les femmes en valorisant les hommes. » Ce féminisme militant, aux accents radicaux, vise à déconstruire les idées préconçues sur ce qu’est l’identité d’un homme et celle d’une femme. Autrement dit à « casser » le moule déterministe « patriarcal » actuel pour en créer un autre, jugé plus égalitaire. Dans ce cadre, c’est bien évidemment à l’État, la solution miracle par excellence des pays nordiques, que revient le rôle de mettre en place des quotas de parité et autres mesures de discrimination positive. Sous l’influence des groupes de pression féministe, la Suède a également durci ses lois afin de mieux protéger les femmes, en particulier concernant la définition du viol, jugée de façon large, et qui a provoqué des remous lors de l’affaire Julian Assange, fin 2010. Malgré des intentions de vote importantes à sa création, le parti féministe n’a jamais percé sur la scène politique, ramassant péniblement 0,7% et 0,4% des voix aux élections législatives de 2006 et 2010. Cela a pu indiquer aux féministes suédoises le chemin encore à parcourir pour convaincre l’opinion que la société suédoise devait encore – toujours plus – s’engager sur la voix d’une société non-patriarcale.

 

 

Stéphane Pringuet



 

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