Human Rights
Monde /
00H43 - vendredi 13 mai 2011

50 ans après la création d’Amnesty International, des changements historiques sur le fil du rasoir. Un Rapport annuel qui fait le tour du monde des droits humains.

vendredi 13 mai 2011 - 00H43

Comme chaque année, Amnesty International rend public son Rapport sur la situation des droits humains dans le monde. On retiendra quelques moments emblématiques de l’année 2010, notamment la remise en liberté d’Aung San Suu Kyi, au Myanmar, et l’attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo – bien que le gouvernement chinois ait tout fait pour saboter la cérémonie.

Loin des projecteurs de l’actualité internationale, des milliers de défenseurs des droits humains ont été menacés, emprisonnés, torturés et tués, notamment en Afghanistan, en Angola, au Brésil, en Chine, au Mexique, en Ouzbékistan, en Russie, en Thaïlande, en Turquie, au Viêt-Nam et au Zimbabwe. La peine de mort fait aussi partie de chantiers majeurs d’Amnesty International,  et le Gabon est le dernier en datte à l’avoir abolie.

Les représentants d’Amnesty International insistent cependant sur deux régions : la fragilité de la situation dans le monde arabe avec notamment les exactions commises depuis le début des mouvements révolutionnaires arabes. Côté France ensuite, Amnesty International a choisi de mettre la question des droits de l’homme au cœur des prochaines élections présidentielles de 2012 en publiant un Manifeste pour les droits de l’Homme.

L’espoir venu du monde arabe

A l’instar des récents développements dans le monde arabe, Geneviève Garrigos, présidente de la section française d’AI, a déclaré « Les grandes puissances ont sous-estimé l’aspiration profonde des peuples du monde entier à la liberté et à la justice. Elles doivent désormais appuyer les réformes. Le véritable test de l’intégrité de ces grandes puissances sera leur appui à la reconstruction d’États qui respecteront les droits humains mais ne seront pas nécessairement des alliés, et leur détermination, par exemple dans le cas de la Libye, à déférer les pires auteurs de violations à la Cour pénale internationale lorsqu’aucune autre voie de justice n’est possible. »

Geneviève Garrigos a insisté sur le courage des jeunes révolutionnaires et le rôle décisif qu’ont joué le web et les nouvelles technologies dans le processus révolutionnaire pour venir à bout de dictatures : « Associé aux nouvelles technologies utilisées par les militants pour déjouer les manœuvres des régimes qui cherchent à étouffer la liberté d’expression et répriment brutalement l’opposition pacifique, ce courage envoie aux gouvernements répressifs le message que leurs jours sont comptés. »

Une bataille décisive est en train de se dérouler pour le contrôle de l’accès à l’information, aux moyens de communication et aux réseaux sociaux. On l’a vu en Tunisie et en Égypte : les tentatives des gouvernements de bloquer l’accès à Internet ou de couper les réseaux de téléphonie mobile peuvent avoir le résultat inverse de celui escompté. Il reste que les États font tout pour reprendre la main et utiliser eux-mêmes ces technologies à l’encontre des militants.

Le monde entier a assisté, ébahi, à la chute des régimes répressifs en Tunisie et en Égypte. Et maintenant on entend le mécontentement qui monte de toutes parts, de l’Azerbaïdjan jusqu’au Zimbabwe. Le souffle de la révolution du Jasmin a même porté jusqu’en Chine.

Dans ces contextes révolutionnaires, la liberté d’expression est battue en brèche en Libye, en Syrie, à Bahreïn et au Yémen, les autorités n’hésitent pas à tuer, mutiler ou frapper pour se maintenir au pouvoir. Après la chute des dirigeants, il faut encore démanteler les institutions sur lesquelles ils se sont appuyés : le travail des militants est loin d’être achevé. L’Azerbaïdjan, la Chine et l’Iran, entre autres gouvernements répressifs, font tout actuellement pour tuer dans l’œuf toute velléité révolutionnaire analogue sur leur territoire.

Le Rapport 2011 d’Amnesty International recense des restrictions spécifiques à la liberté d’expression dans 89 pays, des prisonniers d’opinion dans 48 pays, des cas de torture et d’autres mauvais traitements dans 98 pays et des procès inéquitables dans 54 États.

Objectif France 2012

Dans le Manifeste adressé aux futurs candidats à l’élection présidentielle, AIF rappelle les obligations de la France en matière de droits humains autours de six thématiques majeures : placer les droits humains au cœur des questions de sécurité, défendre le droit d’asile et le droit de réfugiés ; garantir la protection des droits économiques, sociaux et culturels (DESC) ; obtenir justice et réparation pour les femmes victimes de violence ; mettre en place des politiques efficaces de lutte contre les discriminations ; mener une politique étrangère plus respectueuse des droits humains.

« En proposant ce manifeste aux futurs candidats, nous attendons de leur part un véritable engagement garantissant en France le respect des droits humains », conclut Geneviève Garrigos.

Année des 50 ans d’Amnesty

« Une révolution des droits humains a eu lieu durant les 50 années qui se sont écoulées depuis qu’Amnesty International a été créée afin de protéger les droits des personnes détenues en raison de leurs opinions pacifiques. L’appel en faveur de la justice, de la liberté et de la dignité s’est transformé en une mobilisation mondiale qui se renforce de jour en jour. Un vent nouveau s’est levé et les forces de la répression ne peuvent le faire retomber, a ajouté la présidente d’AI France.

« Plus que jamais, la pertinence d’un mouvement de solidarité internationale pour combattre l’injustice partout dans le monde, s’impose à nous. Plus que jamais, unis contre l’injustice, nous œuvrons ensemble pour les droits humains », conclut Geneviève Garrigos.

Meriem KHELIFI