Sauvons M. Cheikh
Afrique /
14H58 - mardi 10 février 2015

Les textes de Mohamed Cheikh qui le condamnent à mort… et devraient l’innocenter

mardi 10 février 2015 - 14H58

 

Des textes qui doivent libérer Mohamed Cheikh 

Les deux textes qui ont condamné à mort Mohamed Cheikh Ould Mohamed Ould Mkhaitir n’ont rien à voir avec ce dont on l’accuse. Deux textes qui, comme nous allons le voir, ne sont en rien des aveux d’apostasie mais des commentaires courageux, honnêtes sur la situation sociale de son pays. Dans le deuxième texte, l’auteur exprime même son repentir comme preuve de son état d’esprit pacifique.

La traduction de ces textes est parue une première fois sur le site « chezvlane.blogspot.fr ». L’auteur, Ahmed ould Soueid Ahmed, est journaliste et blogueur, réputé en Mauritanie pour son indépendance. Il a été le premier à informer sur le cas de Mohmed Cheikh et le seul qui a continué à le faire malgré les menaces reçues.

Verbatim et commentaires.

 

Prière de vendredi à la grande mosquée saoudienne de Nouakchott, présidée par l’imam Ahmed Lemrabot Habibou Rahman (Al Akhbar)

Prière de vendredi à la grande mosquée saoudienne de Nouakchott, présidée par l’imam Ahmed Lemrabot Habibou Rahman (Al Akhbar)

 

Le premier texte de Mohamed Cheikh : «  Religion, religiosité et forgerons (maallemim) »

Mes frères les maallemim,

Votre problème n’a rien à voir avec la religion. Il n’y a pas de lignée ni de caste dans la religion, ni maallemim, ni bidân [hommes libres et nobles].

Votre problème, s’il est vrai ce que vous dites, peut être compris sur ce qui est connu sous le mot religiosité.

Voici une nouvelle hypothèse, et j’ai trouvé parmi les maallemim même, certains qui la défendent.

Bien.

Revenons maintenant à la religion et à la religiosité afin de montrer la place de la lignée et des castes dans la religion.

Quelle est la différence entre la religion et la religiosité ?

Le docteur Abdel Majid Alnagghar dit : « La vérité de la religion diffère de la vérité de la religiosité ; la religion est la substance des enseignements divins, alors que la religiosité est la mise en pratique des enseignements et décrets divins. Donc ces derniers sont les faits des hommes. Cette différence dans l’essence entre eux conduit à une différence des propriétés de chaque concept, et la différence dans le jugement relatif à chacun. » (Kitab al-ouma)

Donc la religion est un fait divin tandis que la religiosité est un fait humain.

Quand est-ce qu’a commencé la religion et quand est-ce qu’a commencé la religiosité ?

Sans aucun doute si l’on divise les périodes de temps de l’islam on trouvera :

– la période de Muhammad qui est la période de la religion

– et la période post-Muhammad qui est la période de la religiosité.

Considérons des événements de la période de la religion :

Le temps : juste après la bataille de Badr – 624 AD

Place : Yathrib.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Les prisonniers sont de Qoraich [qabîla du prophète Muhammad] entre les mains des musulmans. Le verdict est comme suit : le véridique [as-Siddiq] premier conseiller du prophète Abou Bakr a dit : « Ô messager de Dieu, ces gens sont des cousins, des parents et des frères, et je pense qu’il faudrait prendre d’eux l’impôt islamique afin que ce que nous prenons soit une force pour nous contre les infidèles que Dieu les guide afin qu’ils deviennent des nôtres. (NB : qui sont les mécréants, les incroyants ici dans l’opinion d’Abou Bakr ?)

Ensuite la décision finale fut celle d’Abou Bakr avec l’addition de l’enseignement pour ceux qui n’avaient pas de bien.

Mais attendez un peu.

Il y eut un cas exceptionnel : Zeinab [Zaynab] la fille du prophète de Dieu a voulu libérer son époux [et cousin] Abû al-As [ibn Rabi] avec son collier [qu’elle avait reçu de] Khadija [sa mère, épouse de Muhammad]. Le prophète s’est senti fort attristé en sachant ça. Il dit à ses compagnons : « Si vous estimez que c’est raisonnable libérez l’époux et laissez-lui son collier » (Source : Abou Dahoud).

Selon vous quelle est cette exception ?

Le temps : 625 AD [Mont] Ouhoud [près de Médine]

L’évènement : une bataille entre les musulmans et les Qoraichites.

Qoraich en confrontation avec les musulmans en réponse à la bataille de Badr et dans l’optique d’anéantir Muhammad et ses disciples.

Hind bint Utbah [épouse d’Abou Sufyan ibn Harb, mère de Maaouya, fondateur de la dynastie omeyyade] loue les services de [l’esclave] Wahchi pour tuer Hamza [ibn Abd al-Muttalib, oncle de Muhammad] en contre partie de sa liberté et d’une compensation financière représentée par ses bijoux.

Hind atteint son objectif et mutile le corps de Hamza.

Des années après, et après les jours suivant la conquête de la Mecque, Hind se convertit à l’islam ce qui lui vaut le fameux titre « grande dans la mécréance et grande dans l’islam ».

Quant à Wahchi, le prophète lui a ordonné de disparaître de sa vue à sa conversion à l’islam.

Hind est une Qoraichite, Wahchi est Abyssinien sinon pourquoi la discrimination entre eux alors qu’ils sont égaux au moins dans le crime, ou, si vous voulez la précision, Hind est la véritable coupable – quel est le péché d’un esclave payé ?

Toujours dans la même bataille d’Ouhoud comparons ce qui est arrivé à Wahchi avec le rôle d’une autre personne, il s’agit de Khaled ibn Wolid [dit Abou Souleyman]. Cet homme fut la principale cause de la défaite des musulmans à Ouhoud et de la mort de plusieurs musulmans, lorsqu’il s’est converti à l’islam, il a mérité le fameux titre de « l’épée dégainée d’Allah » [il fut le célèbre général des armées musulmanes en Irak et en Syrie]. Donc pourquoi on n’a pas accueilli vivement Wahchi en lui donnant le titre du javelot d’Allah ?

Un autre événement : place Mecque 630 AD

Événement : conquête de la Mecque

Quel est le résultat ?

Les gens de la Mecque ont reçu une grâce collective malgré toutes les souffrances infligées au prophète et sa daawa [son appel] et ce malgré le pouvoir de l’armée islamique. La nouvelle de la grâce leur parvint pendant qu’ils étaient réunis près de la Kaaba attendant la décision du prophète.

Le prophète dit : « Que pensez-vous que je ferai de vous ? », ils dirent « rien que du bien ! En frère de bien et fils de bien ». Le prophète dit « Aucun blâme sur vous, vous êtes libres ». L’expression est « partez vous êtes libres ».

Le résultat de cette grâce collective est la préservation des vies et des biens ainsi que les terres qui restent entre les mains de leurs propriétaires et ce sans imposition de taxes sur elles. La Mecque ne fut pas traitée comme les autres régions conquises.

Place : les forts de Bani Quraidha [Banu Qurayza], temps : 627 AD

Évènement : l’anéantissement des Bani Quraidha [Juifs de Yathrib, devenue Médine]

La cause :

1- Conspiration de certains hommes de Bani Quraidha durant le blocus de Khandaq. Ces hommes étaient juste les leaders si on généralise alors que l’on sait qu’il y a un verset qui dit « aucun porteur de charge ne portera la charge d’autrui » (verset 164 – S6).

2- Il est confirmé que le prophète a dit aux Juifs aux abords des forts où il les a assiégés « Ô frères des singes des cochons et des adorateurs des idoles m’avez-vous insulté ? » Ils ont juré sur la Thora révélé à Moussa « Nous ne t’avons pas insulté » et ils disent : « Ô père de Kassem tu n’es point ignorant ». Le prophète, paix sur lui, fit avancer ses archers. (Tabari/252 vérifié par Shaykh Ahmed Shaker, mentionné [par] Ibn Kethir avec la vérification de Wadi-i » (1/207).

Je voudrais dire ici avant de continuer que nous sommes dans le contexte de la discussion au sujet du prophète. Nous parlons de ce que nous pouvons appeler « la raison collective » en raison du fait que le prophète est infaillible. 

Maintenant revenons à la comparaison de la Mecque [ou Médine ?] et des Bani Quraidha.

[Les] Bani Quraidha ont voulu conspirer avec [les] Quoraich et la conspiration n’a jamais eu lieu pour anéantir Muhammad et sa daawa [appel à l’islam]. La grâce générale fut octroyée aux Qoraich et les Bani Quraidha furent exécutés [600 à 900]. Ceux qui ont voulu rejeter la conspiration et ceux qui ont voulu la maintenir. La sentence fut appliquée aux Bani Quraidha, leurs hommes furent tués et leurs descendants furent pris comme esclaves. Ils baissaient l’habit des adolescents, ceux qui avaient des poils étaient exécutés et les autres pris en esclaves (narrateur Ibnou Moulaghane – source : El Bedrou el-Mounir P : 6/670 sommaire du verdict ; narrateur reconnu véridique).

Celui-ci est un garçon qui s’appelle Athiya el-Ghardi, il ne fut pas tué parce que lorsque les musulmans ont baissé son habit, ils ne virent pas de poil (signe de puberté) il échappa à l’épée [de Muhammad]. Athyia el-Ghardi a dit « J’étais parmi les esclaves de Quraidha, on m’a exposé au prophète, ils nous ont examiné ; ceux dont les poils ont poussés furent tués et les autres épargnés. Ils ont exposé ma nudité je n’étais pas pubère, ils m’ont mis parmi les esclaves (narrateur Athya el-Ghardi, ebani source : Tkhrig michkate al-massabih ; p : 3901 sommaire du verdict, source vérifiée).

Qoraich a affronté les musulmans à plusieurs batailles, ils les ont assiégés fortement lors de la bataille de Khandaq [du Fossé, 627] et durant le début de la daawa. [Les] Quoraich ont choisi 40 jeunes pour tuer Muhammad la nuit de l’hégire et avant l’hégire à la Mecque ; ils ont tué et torturé de la pire façon les musulmans et lors de la conquête de la Mecque ils se sont trouvés devant un frère de bien et un fils de bien qui leur a dit partez vous êtes libres, et les Bani Quraidha, qui ont voulu seulement s’allier avec les mécréants, ils furent exécutés en masse.

Où est la miséricorde ?

Où y a-t-il un rôle pour « les frères et les cousins germains » (tbenamit) dans la raison collective/absolue.

En conclusion, si le concept de « cousins germains, de la parenté, de la fraternité » fait que Abou Bakr s’abstient de tuer les mécréants ; et la relation de fille à père entre Zeinab et le prophète l’autorise à libérer son époux gratuitement ; et l’appartenance à Qoraich octroie des titres d’héroïsme aux Qoraychites et le déni aux Abyssiniens ; et la fraternité et les liens de sang et de parenté donnent le droit de grâce et déni le même droit aux Bani Quraidha, et toutes ces choses se passent dans l’ère de la religion, qu’en sera—t-il de l’ère de la religiosité ?

Mes frères.

Je voudrais seulement atteindre avec vous (et je m’adresse en particulier aux maallemim) que la tentative de différencier l’esprit de la religion et la réalité de la religiosité est une tentative honorable mais pas « convaincante ». Les vérités ne peuvent être effacées et ce lionceau provient de l’autre lion.

Celui qui souffre doit être franc avec soi-même dans la cause de sa souffrance, quelle que soit la cause. Si la religion joue un rôle disons-le à haute voix : la religion les hommes de religion, les livres de la religion jouent leur rôle dans tous les problèmes sociaux : dans les problèmes des hratin [groupes serviles] des maallemim et des griots. Ces griots qui restent encore silencieux en dépit du fait que la religion professe que ce qu’ils mangent est haram [interdit], que ce qu’ils mangent est haram et que leur travail même est haram.

Meilleures salutations.

Mohamed Cheikh ould Mohamed »

 

Commentaires du premier texte :

Il peut sembler d’abord surprenant de voir que des faits qui sont censés avoir eu lieu au VIIe siècle, il y a 1400 ans, puissent avoir un sens social et politique en 2014, et pourtant une grande partie de la littérature islamique continue à débattre, comme si c’était hier, des événements de l’islam des débuts. Le fait que la religion et la politique restent liées en islam, et que guère de réforme critique des textes antiques n’ait jamais été entreprise, implique que les faits et les gestes du prophète Mohamed envers les Juifs, les esclaves, les femmes ou les enfants, ou vis-à-vis des « non musulmans », constituent des modèles à suivre dans le présent.

Cet état de choses est cependant en train de se transformer et les débats entre philosophes, érudits et intellectuels musulmans sur la nécessité de renouveau islamique se développent un peu partout. Ainsi par exemple, le philosophe marocain Abdennour Bidar appelle à refonder l’islam sur une spiritualité de paix. Il affirme : « J’appelle la culture de l’islam à se réformer parce que je crois que nous devons sortir de l’alternative où nous sommes actuellement enfermés : soit garder l’islam de la tradition, soit renoncer à la vie spirituelle. Une troisième voie est possible, qui est d’imaginer une nouvelle vie spirituelle, un nouveau rapport à l’islam, plus libre, plus personnel, plus en phase avec notre temps. Je crois en cette évolution parce que c’est ce à quoi aspirent aujourd’hui les jeunes générations : elles veulent un islam libre, compatible avec la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité des femmes et des hommes, le respect du pluralisme. » (entretien publié dans Aujourd’hui Le Maroc, le 25 octobre 2014, in Courrier International, « L’islam en débat », n° 1257 du 4 au 10 décembre 2014).

On peut donc dire que le cœur du message de Mohamed Cheikh est l’aspiration à un islam libre, et son sujet central concerne le domaine de la hiérarchie statutaire et son lien avec l’islam. En effet, sa phrase initiale est : « Il n’y a pas de lignée ni de caste dans la religion, ni maallemim, ni bidân [hommes libres et nobles] ». Et à la fin il écrit : « Si la religion joue un rôle disons-le à haute voix : la religion, les hommes de religion, les livres de la religion jouent leur rôle dans tous les problèmes sociaux : dans les problèmes des hrâtin [groupes serviles] des maallemim et des griots. ».

Autrement dit, alors que les hiérarchies sont inexistantes en religion, en Mauritanie les groupes religieux (zwâya) l’instrumentalisent pour maintenir les groupes de bas statut dans cette position qui est cause de souffrance pour leurs membres. On aura remarqué qu’à aucun moment Mohamed Cheikh n’insulte le prophète ou émet la moindre blasphème contre l’islam. La mention des Juifs de Médine qui, selon les traditions islamiques furent massacrés pour leur traîtrise, n’est pas fortuite car les maallemin sont accusés, à tort, d’avoir des origines juives par les groupes religieux, ce qui souligne le lien idéologique islamique établi entre « saleté » et judaïté.

 

Artisans

Artisanes bidân de Mauritanie

 

 

Ce point n’est pas mineur, concernant les artisans de la société bidân et la prétendue « judaïté » des « forgerons ». Or ces origines n’ont aucune base réelle. Contrairement à ce que pense le sociologue Abdel Wedoud ould Cheikh (1985 : 404), on ne peut même pas « soupçonner » que les juifs persécutés au Tuwwât au XVe siècle aient pu trouver refuge dans l’ouest saharien. Cela reviendrait à dire qu’il y aurait une même matrice ethnique, depuis cinq siècles, pour un seul groupe de métier, ce qui est irrecevable. Les artisans ont les mêmes origines mélangées que le reste des hassanophones bidân, issus du grand métissage berbère, africain et arabe. L’évocation des origines « juives » n’a d’autre sens qu’idéologique, construit à partir des textes du Coran ultérieurs à la rupture de l’alliance entre les Arabes et les Juifs de Yahtrib et au massacre des Banu Quraidha en 627.

En résumé, il est avancé que la religion, les religieux et les livres musulmans jouent un rôle central dans la marginalisation des groupes de métier et des groupes serviles. Et c’est ce point qui a été reçu comme une « insulte » à l’ordre social mauritanien menaçant les prérogatives des groupes religieux. Les insultes valent-elles cependant la peine de mort lorsqu’on sait qu’en Arabie Saoudite des accusations similaires sont châtiées par des coups de fouet ? On peut citer par exemple le cas de l’écrivain  saoudien Turki al-Hamad, datant de la fin décembre 2014.

 

 

Artisanes de Oualata

Artisanes de Oualata

 

Groupe artisanal d’Atar (www.lesenfantsdudésert.org )

Groupe artisanal d’Atar (www.lesenfantsdudesert.org )

 

Le deuxième texte dans lequel l’auteur clarifie son écrit :

Eclairage sur l’article « La religion, la religiosité et les forgerons »

« J’ai suivi ces derniers jours les différentes réactions suscitées par mon article « La religion, la religiosité et les forgerons (maallemin) ». Lesquelles réactions qui me sont parvenues à travers des appels téléphoniques chargés de haine et de menaces, étaient essentiellement excommunicatoires et racistes.

A l’origine de ces réactions se trouvent plusieurs facteurs dont :

L’analyse conspirationniste (sic) innée chez les zwâya et qui s’illustre par la judaïsation, l’excommunication et la marginalisation de tout ce qui est forgeron (maalem), mais aussi par une exégèse superficielle orientée principalement vers les intérêts de leurs âmes malades. Ce qui dans le passé avait bien servi leurs desseins notamment par leurs affabulations attribuant au prophète (paix et salut d’Allah sur lui) des hadiths [traditions] dont il est totalement innocent comme celui qui dit « Aucun bien ne peut venir du forgeron fut-il un érudit. »

A tous mes frères,

Ceux qui osent inventer de faux hadiths et les attribuent au prophète (paix et salut d’Allah sur lui), aucune morale ni religion ne peut l’empêcher d’interpréter à leur guise un article écrit par un simple jeune, novice de surcroît. Ils ne ménageront aucun effort afin de mobiliser la passion du musulman commun au service de leurs intérêts. C’est ainsi qu’ils ont prétendu que les forgerons ont blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) à travers un article écrit par un des leurs, tout comme ils avaient prétendu que celui qui avait fait tomber les dents du prophète lors de la bataille du mont Ouhoud était un forgeron.

C’est dans ce cadre que je voudrais confirmer ici ce qui suit :

  1. Je n’ai pas, consciemment ou inconsciemment, blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) et je ne le ferai jamais. Je ne crois d’ailleurs pas qu’il y ait dans ce monde plus respectueux envers lui (paix et salut d’Allah sur lui) que moi. [C’est moi qui souligne]
  2. Tous les faits et les récits que j’ai cité dans mon précédent article revêtent un caractère historique et véridique. Ces récits ont naturellement leurs interprétations littérales et superficielles et leurs sens visés et profonds.
  3. C’est là le point crucial, qui a suscité une incompréhension de mon propos chez beaucoup de personnes. Je voudrais que l’on y accorde une attention totale. Au contraire de ce que certains ont voulu répandre m’attribuant l’intention de blasphémer à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui), je voudrais clarifier ici mon propos : les zwâya ont abusé de la dualité du sens obvie et du sens visé des récits et histoires rapportés de l’époque de la religion afin d’en faire le socle d’un système servant leurs intérêts à l’époque de la loi du plus fort (seyba). Ils ont fini par ériger le sens obvie en loi de la religiosité transmise à nos jours tout en taisant les sens visés par le prophète (paix et salut d’Allah sur lui).

Je dis donc à tous mes frères,

A tous ceux qui ont sciemment mal compris mon propos, vous savez bien que je n’ai pas blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui).

Aux bonnes personnes qui n’ont reçu que l’information déformée, je dis : Sachez que je n’ai pas blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) et que je ne le ferai jamais. Je comprends certes l’ampleur de votre propension à défendre le prophète car elle est identique à ma propre propension à le défendre et à l’amour que je lui porte. Je vous assure que nous sommes tous égaux quant à la défense de tout ce qui nous est sacré.

Mes frères forgerons,

Il est nécessaire que nous sachions tous que nous faisons face à un vieux duel sans cesse renouvelé avec ceux que l’on appelle les zwâya. Sachez que ceux-là ne ménageront aucun effort afin de nous faire reculer autant que possible. Ils utiliseront pour cela tous les moyens légaux et illégaux. [C’est moi qui souligne]. Nous devons donc rester prudents et vigilants. Nous devons savoir que l’un des moyens qu’ils utilisent le plus souvent pour nous dominer est celui qu’ils ont hérité de leurs anciens alliés et amis, les colons. Il s’agit de la politique du « diviser pour régner ». Ceci doit donc nous conduire à bien comprendre leurs intentions et à rester unis dans notre combat.

A tous mes frères opprimés,

Nous devons être totalement conscients du fait que le destin nous a conduit à être les citoyens de cette terre. Nous devons par conséquent défendre notre droit à une citoyenneté pleine et à une vie décente. Ces droits ne nous seront jamais donnés, ils ne seront obtenus que par nos combats dont l’unification et le moyen le plus rapide pour accéder à nos droits.

Salutations

Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir »

 

 

Un texte qui clarifie

Ce deuxième texte appelle tout d’abord la remarque suivante :  le journaliste qui l’a publié une première fois précise avoir eu, de même que pour le premier écrit, beaucoup de difficultés pour obtenir une traduction française. Ce qui implique une situation de tension particulièrement forte vis-à-vis de textes considérés comme « blasphématoires » en Réplique Islamique de Mauritanie.

Dans son second texte, Mohamed Cheikh tente de clarifier, de la meilleure manière possible, qu’il n’a pas blasphémé à l’encontre du prophète et qu’il ne le fera jamais car il est profondément respectueux envers lui et envers l’islam. Dans un second temps, il cible mieux le groupe religieux zwaya comme étant responsable des attaques à l’encontre des artisans maallemin, avançant qu’ils utilisent tous les moyens « légaux et illégaux » à leur encontre. Finalement, il lance un appel à l’unité des groupes de « forgerons » que les zwâya tentent de diviser, et les enjoint à défendre leurs droits à l’égalité sociale, « à une citoyenneté pleine et à une vie décente ».

 

Mariella Villasante Cervello
Anthropologue, spécialiste de la Mauritanie