La chronique de Michel Scarbonchi
10H04 - mercredi 17 février 2021

Sahel : la France plus que jamais. La chronique de Michel Scarbonchi

 

Le sommet du G5 au Tchad (et en visioconférence) a permis de faire le point sur les actions militaires, politiques et économiques menées contre les terroristes.

Certains naïfs ou irresponsables imaginaient un retrait ou une réduction de l’opération Barkhane, soit au motif d’une présence néocoloniale qui n’avait plus de raison d’être, soit parce que le nombre de nos soldats tués était insupportable à l’opinion publique nationale.

Le Président Emanuel Macron vient de leur infliger un démenti sévère. Non seulement la France ne se retire pas du Sahel mais « elle amplifie son effort ».

Plusieurs raisons à cela : la première demeure que pour notre pays et l’Europe, le combat contre le terrorisme et ses représentants, Al Qaida et Daech, commence dans ce territoire d’Afrique de l’Ouest, grand comme l’Europe et peuplé essentiellement de musulmans vivant dans l’extrême pauvreté pour 80% d’entre eux.

La seconde réside dans la politique expansionniste de cette internationale terroriste. Le Sahel n’est qu’une base arrière de ces organisations dont l’objectif principal reste la conquête des pays côtiers, du Cameroun jusqu’au Sénégal qui avec leurs richesses et leurs ports permettraient tous les trafics pour financer leurs actions terroristes. Les dernières incursions djihadistes en Côte d’Ivoire et au Benin ne laissent aucun doute à ce sujet.

En fait, Al Qaida et Daech veulent faire la jonction avec les pirates du Golfe de Guinée où selon le rapport du Mica Center, en 2020, 375 actes de piraterie et de brigandage maritime ont eu lieu. Situation suffisamment grave pour que la ministre danoise de la Défense demande la création d’une présence militaire internationale dans le golfe.

La troisième raison est que la France, longtemps seule dans ce combat, se trouve aujourd’hui soutenue et épaulée comme jamais. L’administration Biden vient d’apporter son soutien à Barkhane, de nombreux pays de l’Union européenne ou non membre comme la Serbie s’engagent dans la « task force Takuba » ou apportent un soutien logistique. Près de 3000 militaires européens sont désormais présents aux côtés des 5100 soldats français. 

Cet engagement général conforte d’ailleurs le rôle moteur de la France dans la création—enfin– d’une « Europe Puissance ».

A toutes ces raisons s’ajoute la montée en puissance des armées nationales maliennes, nigériennes et bientôt burkinabés dans le dispositif de Barkhane en plus de la présence d’un bataillon tchadiens–soldats d’élites—dans la zone sensible des trois frontières. Dans le cadre de l’opération « Eclipse », comme l’a rappelé la députée Françoise Dumas, les troupes françaises ne représentaient que 44% des effectifs engagés. Le Tchad vient ainsi d’annoncer le déploiement de 1200 de ses soldats dans ses pays voisins.

Dans sa visio-conférence, le Président français, après avoir tracé une ligne rouge pour les négociations politiques avec les islamistes, n’acceptant que celles avec les mouvements Touaregs sécessionnistes, a insisté sur l’autre axe essentiel de la guerre menée au Sahel : la reconquête par les Etats concernés des territoires perdus et laissés sous contrôle des groupes djihadistes.

Aucune guerre ne peut se gagner sans adhésion des populations aux gouvernants et donc sans politique de développement permettant de lutter, rapidement et efficacement, contre la pauvreté, terreau du recrutement islamiste.

Que l’Etat et ses services reprennent possession des villes et villages abandonnés, ouvrent écoles, dispensaires, tribunaux, et autres services publics.

Au-delà des victoires militaires, ce n’est qu’à ce prix que la guerre sera gagnée et ces pays enfin pacifiés.

L’Agence Française de Développement, la Banque mondiale, la BAD et la BOAD font déjà beaucoup mais il appartient à l’Union européenne avec un « plan reconquête des territoires » d’aller financièrement, plus vite et plus fort, que le Fonds européen de Développement actuel (11 milliards d’euros pour 2020-2025). Ce plan devra être conditionné à une réforme importante des Etats dédiée à l’affectation de ces fonds.

Chacun doit mesurer que cet effort financier est tout autant le prix de notre sécurité future que le prix de la limitation des vagues migratoires en permettant aux populations, notamment aux plus jeunes, de vivre au pays plutôt que de choisir « l’eldorado européen ».

Emmanuel Macron avait déclaré récemment, à Jeune Afrique que « la France avait une part d’Afrique en elle ». Avec ce sommet de N’Djamena, il vient d’en faire la démonstration !

 

Michel Scarbonchi

Consultant international, ancien député européen

 

 

 

 

 

 

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