Afriques demain
10H43 - vendredi 18 mars 2022

Les défis de l’éducation en Afrique, dans un monde post Covid. Tribune de Seydou Kane

 

 

L’éducation est un droit de l’Homme. Elle permet aux femmes et aux hommes de toutes origines sociales ou culturelles d’être maîtres de leur destin. L’éducation en Afrique est certainement, l’élément le plus déterminant pour la construction d’un individu et la clé principale de son épanouissement présent et futur.

Aussi, l’immense potentiel de la population africaine ne peut devenir un réel atout dans la compétition mondiale sans une éducation de qualité.

Même si de l’avis des experts de l’ONU, l’Afrique a connu une amélioration substantielle dans l’augmentation de son capital humain, elle demeure malgré tout un continent à fort niveau d’inégalités en termes d’accès à une éducation de qualité. D’après l’UNESCO, 59 millions d’enfants ne sont aujourd’hui pas scolarisés et plus de la moitié vivent au sud du Sahara.

Malgré ces statistiques inquiétantes, de grands progrès ont été accomplis, lorsque l’on sait que certains pays africains partaient d’un niveau très bas en matière de taux de scolarisation.

16 pays d’Afrique ont ainsi réussi à scolariser plus de 90 % de leurs enfants en primaire entre 2000 et 2017 : le Rwanda, la Tunisie, l’Algérie, le Gabon, le Bénin, le Cameroun, le Cap-Vert, le Congo-Brazzaville et Maurice, le Maroc, l’Ouganda, Seychelles, Malawi, Sao Tome-et-Principe, Burundi, Sierra Leone (source UIS data centre UNESCO). Ces résultats sont remarquables sur la durée. Le Kenya par exemple grâce à sa réforme sur l’éducation gratuite pour tous au primaire en 2003 puis dans le secondaire en 2008 a vu sa courbe de scolarisation s’envoler.

Les progrès réalisés ces dernières décennies sont indéniables et sont dus au développement des politiques publiques éducatives favorisées par la croissance économique du continent et une transition démographique plus propice.

 

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise de l’apprentissage 

Même si la tendance des taux de scolarisation semble satisfaisante partout sur le continent, il faut rester prudent. En effet, certains élèves « inscrits » ne se rendent malheureusement pas en classe, soit à cause d’un décrochage, d’un manque de moyen ou encore d’une entrée prématurée dans la vie active. Mais la cause principale réside dans la qualité de l’enseignement qui est au cœur des enjeux d’une éducation de qualité sur le continent.

Il a été constaté dans les résultats des études internationales que la différence en lecture ou en mathématiques chez les élèves s’expliquait presque totalement, non par le statut social, mais par la qualité de l’enseignement reçu par les élèves.

Toujours d’après l’UNESCO « le tiers environ des élèves après six années de scolarité ne sait pas lire une phrase ». C’est ce qu’atteste également la directrice de l’ISU (l’Institut de statistique de l’UNESCO), Silvia Montoya. Selon elle « L’accès à l’éducation n’est qu’un élément du tableau. Nous sommes également confrontés à une crise de l’apprentissage : un enfant sur dix n’atteint pas les seuils minimaux de compétence en lecture ou en mathématiques — alors que la majorité d’entre eux est toujours scolarisée ».

On le voit, plus que le taux de scolarisation net pris isolément, les défis pour le continent africain aujourd’hui sont d’une part, ceux de la valorisation du métier d’enseignant, et d’autre part ceux liés à un meilleur apprentissage.

 

Valoriser le métier d’enseignant

 Les marges de progression du continent Africain reposent pour l’essentiel, sur des politiques qui valorisent les enseignants et donc mécaniquement l’enseignement.

À commencer par la rémunération des professeurs qui doit être attractive, si on veut pallier à la pénurie d’enseignants notamment dans les matières scientifiques (mathématiques, informatiques, etc…). En contrepartie d’un salaire compétitif, nous pourrions exiger de ces enseignants une formation de qualité et un contrôle continu de leurs connaissances et de leurs méthodes pédagogiques.

 

Accès à un enseignement de qualité

Nous l’avons vu, en Afrique, les niveaux d’inégalités à un accès à l’éducation sont parmi les plus élevés au monde. Aussi devons-nous assurer que partout sur le continent, les élèves suivent un parcours adapté à leurs aptitudes individuelles et qui tiennent compte des contraintes extérieures (inégalités familiales, éloignement, dénuement, et enseignements médiocres). Dans ces situations, il faut sans cesse batailler afin que l’école soit le lieu de l’égalité des chances, et engager des moyens humains et matériels, entreprendre un suivi spécifique de l’élève jusqu’à l’assimilation des fondamentaux, assorti d’un contrôle des connaissances.

 

Accélérer le virage numérique

Depuis deux ans déjà, la crise sanitaire du/de la Covid 19 a largement impacté le cours normal de l’éducation en Afrique ainsi que dans le reste du monde. Aussi, combler le fossé numérique est un besoin urgent pour l’Afrique. L’accès à l’éducation doit pouvoir se faire sur un modèle hybride qui combine l’apprentissage des connaissances en format présentiel et en distanciel, grâce au numérique. Ainsi, l’élève africain pourra profiter de ce qu’il existe de meilleur en matière d’éducation notamment avec les MOOC. Ces « Massiv Open Online Courses » qui permettent à tout un chacun de profiter gratuitement sur internet des enseignements et des cours des universités et écoles partout à travers le monde.  Mais cela implique l’accès simplifié à internet et à un smartphone, déjà largement répandu sur le continent africain.

En partenariat avec l’Unicef, le Gabon confronté à la pandémie du Covid, a développé à un plan quinquennal pour digitaliser l’enseignement primaire à distance. Le projet porte également sur une dotation de matériel informatique et un volet formation pour les professeurs.

L’Afrique a le défi d’assurer une éducation de qualité et équitable pour tous. Car l’éducation, à travers l’apprentissage, permet la connaissance de l’autre, la tolérance, la paix, la résorption de la pauvreté et des inégalités sociales.

 

Seydou Kane — Président de la Fondation Seydou Kane pour l’Afrique

La Fondation s’efforce de soutenir et de promouvoir les projets d’éducation, de formation et d’insertion des jeunes africains. Elle encourage notamment le principe d’excellence chez ces jeunes en accompagnant les initiatives sociales et les projets entrepreneuriaux.

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