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14H40 - lundi 7 février 2022

Congo-Brazzaville, le décès de Guy-Brice Parfait Kolélas interroge

 

« Mes chers compatriotes, je me bats contre la mort, mais cependant, je vous demande de vous lever. Allez voter pour le changement, je ne me serai pas battu pour rien. Il y va de l’avenir de vos enfants. Battez-vous! ». Guy-Brice Parfait Kolélas (1959-2021)

C’est dans ces termes que Guy-Brice Parfait Kolélas s’adressera une dernière fois aux congolais avant l’élection présidentielle du 21 mars 2021. Si « sa dépouille» a été inhumée le 23 janvier dernier après une âpre procédure judiciaire, des doutes persistent quant aux causes et date réels du décès. Mais quoiqu’il en soit, l’article 70 de la Constitution du Congo-Brazzaville, disposant du cas d’empêchement d’un candidat, devait s’appliquer et le scrutin être reporté.

 

Les doutes sur la mort de Guy-Brice Parfait Kolélas

S’il a montré des signes évident de fatigue pendant sa campagne électorale, la santé du président du parti Udh-yuki (Union des démocrates humanistes) s’est rapidement dégradée et des rumeurs sur son décès circulaient déjà dans la capitale congolaise le 20 mars 2021, soit la veille du premier tour. Selon une partie de sa famille, qui a engagé des poursuites judiciaires ayant retardé l’inhumation, Guy-Brice Parfait Kolélas serait décédé le jour même du scrutin.
Ce serait sa dépouille qui aurait été évacuée sur Paris pour être officiellement déclaré décédé le 22 mars pour insuffisance cardio-respiratoire due à une pneumopathie sévère, ainsi que d’une contamination au Covid-19 (Parquet de Bobigny).

Des soupçons d’empoisonnement s’étaient répandus dans Brazzaville en raison des menaces portés ouvertement et publiquement par l’actuel Ministre de la Fonction publique, pendant la campagne contre le franco-congolais Guy-Brice Parfait Kolélas, s’il allait au bout de ses ambitions.

Rappelons que la junte au pouvoir fête ce 5 janvier son premier coup d’Etat, celui qui renversa le président Yhombi-Opango le 05 février 1979.

 

Une autre violation constitutionnelle

Le bon sens n’eut-il pas été de reporter le scrutin dès la parution sur les réseaux sociaux de la vidéo en date du 19 mars 2021 de Guy-Brice Parfait Kolélas lançant son message ultime depuis une Clinique avec l’aide d’un masque respiratoire?

En vertu de l’article 70 de la Constitution de 2015 qui dispose que « Si avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve définitivement empêché, la Cour constitutionnelle prononce le report de l’élection » il appartenait à la Cour de reporter le scrutin.
Il appartenait donc à la Cour de juger de l’opportunité d’un report et ce droit constitutionnel devait dans le cas d’espèce, s’appliquer au candidat Guy-Brice Parfait Kolélas.
Pourtant, ni le chef de l’Etat énième fois candidat à sa propre succession, ni le Président de l’une ou de l’autre chambre du Parlement, ni même un responsable de Udh-yuki n’ont pris l’initiative d’une telle saisine.

Après avoir modifié la Constitution en 2015 pour faire voler en éclat le verrou des deux mandats et réduit au silence ses rivaux pour la magistrature suprême de 2016, Sassou Nguesso Denis a de nouveau fait place nette pour rester au pouvoir jusqu’à sa mort… du moins l’espère t-il.

 

Jean-Claude Miangouayila

Chroniqueur Congo