Afriques demain
08H32 - dimanche 30 janvier 2022

Afrique, Russie : Monsieur Le Drian, cessez de péter des “câbles” bien peu diplomatiques ! L’édito de Michel Taube

 

Jean-Yves Le Drian et son homologue malien Abdoulaye Diop

Puisqu’un président de la République a le droit de dire “on va emmerder” les autres, alors, ne nous privons pas ! Monsieur le ministre des affaires étrangères, cessez de péter des cables, non diplomatiques s’entend,  dans les médias ! Un diplomate n’est pas là pour mettre de l’huile sur le feu. Pire, vos sorties médiatiques peuvent mettre en danger des coreligionnaires, militaires ou civils, qui agissent ou qui vivent dans des pays où il fait de moins en moins bon être Français !

Jeudi 27 janvier en conférence de presse avec votre homologue nigérien puis sur RTL chez Yves Calvi le lendemain, vous vous en êtes pris violemment aux autorités maliennes au sujet de la légitimité contestée du pouvoir en place à Bamako et de ses agissements : l’exclusion des troupes danoises de la force Takuba est leur dernière décision (qui en annonce d’autres du même style ?). Florence Parly, ministre de la Défense n’a pas été en reste.

En réaction, votre homologue malien, Monsieur Abdoulaye Diop, sur RFI et France 24, en déplacement à Bruxelles (n’auriez-vous pu vous rencontrer entre Paris et Bruxelles ?) a condamné violemment vos récentes sorties médiatiques, en effet sans ambages, contre la souveraineté de son Etat.

A vous entendre tous deux, on se croirait dans une cour d’école ! 

Sur le fond, bien sûr, Monsieur le ministre Le Drian, que vous avez raison de regretter, avec l’Union Africaine et la CEDEAO, la transition militaire actuelle dont le chef Assimi Goïta souhaite rester longtemps au pouvoir. Bon, ces militaires, ils sont quand même un peu soutenus par une partie du peuple qui n’en pouvait plus de la corruption et de l’inaction de celui-là même qui avait appelé la France à la rescousse en 2013, IBK, récemment décédé.

Bien sûr que vous avez raison de regretter que le Mali préfère miser (comme la Centrafrique l’a fait à nos dépens) sur la Russie et sur la Chine plus que sur les troupes françaises pour lutter contre le djihadisme (et surtout consolider son pouvoir).

Bien sûr que vous avez raison de dire publiquement que la “kakistocratie”, comme la désgine Alain Akouala, ancien ministre de la République du Congo Brazzaville, n’est certainement pas un modèle de démocratie politique pour les Africains. Bon, la France tolère tout de même certaines exceptions ! Les injonctions paradoxales du “en même temps” macronien certainement !

Bien sûr enfin que vous avez raison, Monsieur le ministre, de dire aux Russes, comme vous le faisiez hier dans le JDD, avec votre homologue allemande : “pas un pas de plus !” en Ukraine.

 

Querelles d’ados

Mais, s’il vous plaît, Monsieur le ministre, pas dans les médias comme vous l’avez fait.

Bien sûr qu’une guerre des nerfs, une guerre psychologique est décisive dans toute guerre froide. Que ce soit au Sahel ou face à la Russie. Mais ce n’est pas au diplomate en chef d’attiser les braises sur la place publique. Ni de s’en prendre à sa souveraineté. Et surtout pas en 2022 !

Ces querelles médiatiques risquent de coûter des vies humaines, françaises surtout, au Sahel. En effet, ces enfantillages décuplent les sentiments anti-français sur les réseaux sociaux et dans les rues africaines. Vous ne pouvez pas ne pas en tenir compte, Monsieur le Ministre.

Vraiment, il est temps de moins piaffer et d’agir.

Monsieur Jean-Yves Le Drian, au vu de votre tableau de chasse en matière de commandes militaires passées à la France par des puissances étrangères, vous aurez été un des meilleurs ministres de la défense et des affaires étrangères de la République française. Bravo ! Le rayonnement de la France et notre balance des paiements en avaient bien besoin.

En revanche, à l’instar de quelques sorties hasardeuses de votre big Boss, le jeune et impétueux Emmanuel Macron, dont les propos surprise, aventureux et non concertés le 10 juin 2021 ont sonné le glas (nous en sommes malheureusement intimement convaincu) de la présence militaire française au Sahel à brève ou moyenne échéance.

Certes, l’action anti-française de nos partenaires (souvenons-nous des Etats-Unis et de l’affaire des sous-marins nucléaires australiens) a de quoi faire péter un câble ! Mais pas de la part d’un ministre des affaires étrangères d’une puissance respectée mais fort fragilisée !

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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