Afriques demain
19H46 - lundi 27 septembre 2021

Muyembe ou Mupapa : qui donc est le vrai Docteur Ebola ?

 

Dans les temps présents, en cette fin annoncée ou pause de pandémie de COVID-19, il est parfois bon de rappeler les actions de ce que j’appellerai « les femmes et les hommes de l’ombre ». Encore plus lorsqu’il s’agit de faits un peu plus lointains comme l’épidémie Ebola.

Revenons quelques années en arrière, en 1995, en République Démocratique du Congo : l’épidémie Ebola se déclare et fait des ravages. Depuis l’Europe on voit ça de loin et pourtant nombre de personnes en sont mortes et la psychose s’est installée sur le continent africain. Désormais, bien que quelques cas se profilent de part et d’autre, les Africains eux-mêmes, par leurs recherches scientifiques, ont réussi à l’éradiquer. Oui il y a bel et bien en Afrique des chercheurs de grande qualité qui apportent beaucoup à leur pays (encore une fois trop souvent dans l’ombre…).

Dans un article récent, le Professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, présenté comme Monsieur Ebola, confiait à France 24 : « Ebola est vaincue ».

Mais qui est Docteur Ebola ?

Le Chef d’équipe qui a pris en charge les patients en juin 1995 se nommait Docteur Donat Mupapa Kibadi, qui était également l’assistant de Jean-Jacques Muyembe-Tamfum à la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa. Le Docteur Donat Mupapa Kibadi fut le premier avec son équipe de prise en charge des malades Ebola, lors de la grande épidémie de 1995 à Kikwit, à initier la sérothérapie en guérissant sept malades d’Ebola par transfusion du sang d’un convalescent. La thérapie fut d’ailleurs validée par l’OMS en 2014, lors de l’épidémie de maladie à virus Ebola qui avait sévi en Afrique de l’Ouest. Il était déjà soutenu à ce moment par Médecins sans frontières que précéda en 1997 la DAAD, organisme allemand, lui octroyant une bourse de stage de virologie et biologie moléculaire à l’Université de Marbourg. Oui, lui, l’étudiant sorti de son Mokamo-CKE natal dans la province du Kwilu, qui a étudié ensuite à l’Université de Kinshasa est devenu Docteur en 1989 et a réussi le premier à soigner une infirmière volontaire et atteinte par Ebola. En quelques jours elle était sur pieds et là les malades guéris s’enchaînèrent, la population de Kikwit, saluant et reconnaissant son savoir-faire par cet exploit, lui attribuant le surnom de Docteur Ebola.

En matière de recherche médicale, on ne fait pas dans le détail ni l’approximation, tout est écrit et bien conservé en archives depuis 1999*. Il en ressort que le rédacteur de ces études est Donat Mupapa Kibadi, avec ses comparses et sur une seule des deux le Docteur Jean-Jacques Muyembe Tamfum.

Pour mémoire, lors de la suite des recherches effectuées par le Docteur Muyembe, le convalescent que l’on nommera Monsieur C.M., qui avait accepté de donner son sang à l’infirmière guérie d’Ebola en 1995, est à nouveau le même convalescent qui a donné son sang qui a cette fois servi à la mise au point de l’anticorps monoclonal mAb114 aux États-Unis.

Donc pas étonnant que nous retrouvions, quelques années plus tard notre brave Docteur EBOLA, le Docteur Donat Mupapa Kibadi, dans plusieurs établissements français, dans les CHU de Colombes, Blois, Romorantin, Vendôme, Orléans, Cherbourg. Membre du SAMU et de SFMU. Il est bien souvent avec des équipes qui décollent en hélicoptère pour sauver des vies.

Et pourtant la lumière médiatique ne se porte que sur le Docteur Muyembe qui a reçu de nombreux prix internationaux pour son engagement contre le virus Ebola. Dans quel but ? Peut-être pour satisfaire un pouvoir en place à Kinshasa en République Démocratique du Congo, sachant que le Docteur Donat Mupapa Kibadi n’a jamais caché ses intentions de briguer la Présidence de la République du Congo ? Pour servir aussi le laboratoire américain qui soutient dans ses recherches actuelles le Docteur Muyembe ?

Que le Docteur Muyembe se mette en avant pour faire part des évolutions concernant le virus Ebola, aucun problème. Mais nommer et remercier les responsables des équipes et les équipes elles-mêmes paraît essentiel. Il en va de la pérennité de celles-ci et de l’intérêt que les chercheurs continueront à porter à leur travail. Il faut maintenir leur détermination et pour cela, sans parler de l’appui financier, le soutien moral et les encouragements doivent être permanents.

En cette nouvelle période de pandémie, la communauté internationale a besoin de toutes les forces disponibles pour gérer au mieux ces crises qui risquent fort de se multiplier à l’avenir.

Michel Taube

*Sources médicales :

https://academic.oup.com/jid/article/179/Supplement1/S18/880995

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9988160/

 

Directeur de la publication

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