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13H08 - mercredi 28 juillet 2021

Antivax : attention danger !

 

Les antis sont de retour !  Déguisés en « Gilets Jaunes », ils avaient occupé le pavé durant de longues semaines en 2018 et 2019. Mais, pandémie oblige, au cours des derniers mois ils s’étaient faits de plus en plus discrets. Voici qu’ils ressurgissent en nombre grimés cette fois en « Antivax ». Selon une enquête publiée ce week-end dans le Journal du Dimanche, les deux mouvements ne font qu’un : les supporters des Antivax sont à une écrasante majorité d’anciens Gilets Jaunes. Ceux qui, au nom d’un soi-disant « renouveau démocratique » avaient et mis à feu et à sang les grandes villes françaises manifestent aujourd’hui pour défendre « la liberté perdue face à un Etat Français glissant progressivement vers la dictature ». La même enquête montre ainsi que les Antivax sont en majorité issus des extrêmes : le RN à droite et LFI à gauche. Les extrêmes se seraient donc miraculeusement transformés en garants inconditionnels de la démocratie et des libertés face à un centre devenu totalitaire. Le monde à l’envers !

L’Histoire nous enseigne qu’il faut toujours se méfier de ceux qui ont un besoin récurrent de s’affirmer démocrates et défenseurs des libertés. Ainsi, les pays labéllisés « démocratiques » se sont souvent avérés être d’abominables régimes totalitaires. Tel fut par exemple le cas de la République Démocratique Allemande et de son effrayante Stasi, l’un des systèmes les plus sanguinaires du bloc de l’Est. Aujourd’hui encore, la République Démocratique du Congo, la République Populaire Démocratique de Corée et la République Démocratique et Populaire d’Algérie, sont reconnues comme des régimes totalitaires bafouant sans scrupule les libertés les plus élémentaires.

En utilisant astucieusement la pratique démocratique, un tyran charismatique peut faire bifurquer légalement la Démocratie vers le Totalitarisme. Seul régime totalitaire (côté vainqueurs) au sortir du dernier conflit mondial, l’Union Soviétique (promouvant le « centralisme démocratique ») n’avait pas ménagé ses efforts pour essayer de déstabiliser de l’intérieur les démocraties européennes via ses antennes politiques occidentales supposées démocratiques. Certains pays comme le Portugal ou la Grèce sont passées très près du précipice et ne doivent leur salut qu’au courage de sociaux-démocrates refusant toute collusion avec les communistes. On ne peut pas en dira autant de l’irresponsabilité des socialistes français adhérant au début des années 1970 au programme commun de la Gauche. En cas de victoire aux présidentielles de 1974, la société française encore sous les contrecoups de mai 1968 aurait pu bifurquer vers un régime totalitaire. En 1981, avec un parti communiste politiquement affaibli par suite de ses prises de position en Afghanistan et en Pologne, la situation était heureusement très différente.

Jean-François Revel avait remarquablement analysé il y a quarante ans dans son ouvrage « Comment les Démocraties finissent »[i] la grande fragilité des Démocraties Libérales. Il y dénonçait leurs faiblesses structurelles et leur complaisance coupable vis-à-vis des idées véhiculées par les régimes totalitaires de l’époque.

La principale force de la démocratie est de permettre à l’économie de marché d’offrir à l’homme les richesses nécessaires à son développement dans un cadre défini par des règles du jeu acceptées. Mais, la force économique de la démocratie n’a d’égal que sa faiblesse politique. Soucieuse d’appliquer sans discrimination les mêmes règles à tous dans le cadre d’un Etat de Droit, elle se laisse quotidiennement piéger par la récurrence totalitaire exploitant admirablement ses ambiguïtés. Face à la démocratie qui tombe perpétuellement dans le piège de la culpabilité, le totalitarisme a un avantage déterminant : il ne culpabilise jamais. Tout acte aussi abject soit-il, trouve toujours sa justification idéologique.

Différencier les vrais et les faux démocrates n’est pas toujours chose aisée dans une démocratie. Les dictateurs les plus sanguinaires du XXe siècle ont tous clamé leur attachement à la démocratie et à ses principes puis les ont immédiatement bafoués une fois au pouvoir.

Être démocrate c’est respecter un certain nombre de préceptes : l’alternance, le verdict des urnes quand il ne vous est pas favorable, le pluralisme politique, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse, les minorités politiques, ethniques et religieuses. Mais, de tels actes ne peuvent s’apprécier qu’à travers l’exercice du pouvoir. Autrement dit, un parti politique peut parfaitement camoufler dans l’opposition une stratégie antidémocratique qu’il appliquera une fois au pouvoir. En entretenant l’ambiguïté lorsqu’il est dans l’opposition, un dictateur potentiel met le démocrate devant un dilemme impossible. Doit-il interdire ce parti suspect sous peine de se faire lui-même traiter d’intolérant ou doit-il le tolérer au risque de voir glisser un jour le pouvoir hors de la sphère démocratique ? Dans presque tous les cas, le joker du suffrage universel décide à sa place. Mais que faire si le joker n’est pas au rendez-vous ?

Vérifier stricto sensu l’antidémocratisme d’un groupe de pression ou d’un parti politique impliquerait donc de prendre le risque de glisser vers la dictature ou le totalitarisme. Le monde en a fait l’amère expérience entre 1933 et 1945.

Il existe heureusement un autre critère pour juger de la sincérité démocratique d’un leader politique lorsqu’il est dans l’opposition : ses fréquentations. Ainsi comment Maurice Thorez qui entretint des relations privilégiées avec Staline ou Georges Marchais qui assistait chaque année aux festivités organisées par Nicholas Ceausescu pouvaient-ils être des démocrates sincères ? Même question pour Jean-Marie Le Pen qui durant la première guerre du Golfe s’en alla serrer la main de Saddam Hussein à Bagdad[ii] ou pour Jean-Luc Mélenchon déclarant sans ambiguïté que la « la révolution bolivarienne de son ami Hugo Chavez était pour lui source d’inspiration »[iii].

Bien que pathétique, l’instrumentalisation que Nicolas Dupont Aignan et Florian Philippot tentent de tirer des Antivax s’inscrivent dans ce schéma. Leurs prises de position quant à la défense inconditionnelle de la démocratie et des libertés entourés de soignant exhibant une étoile jaune sur la blouse ne fait pas d’eux des démocrates. En revanche, leurs proximités respectives avec Jair Bolsonaro[iv] et Bachar El Assad[v] se doivent d’être questionnées.

 

Philippe Charlez

Expert en Questions Énergétiques à l’Institut Sapiens

 

 

[i] JF Revel (1980)  « Comment les démocraties finissent » Editions Grasset

 

[ii] https://www.francetvinfo.fr/france/les-revelations-du-garde-du-corps-de-jean-marie-le-pen_64451.html

[iii] https://www.humanite.fr/monde/jean-luc-melenchon-la-revolution-bolivarienne-est-516880

[iv] https://www.lefigaro.fr/international/bresil-nicolas-dupont-aignan-recu-par-jair-bolsonaro-20201210

[v] https://lelab.europe1.fr/Florian-Philippot-sur-le-soutien-du-FN-a-Bachar-el-Assad-moi-je-prefere-les-mechants-aux-tres-mechants-16666

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