Afriques demain
15H52 - vendredi 7 mai 2021

Tchad : le retour à la stabilité et à l’ordre constitutionnel : la mission délicate du Premier Ministre Albert Pahimi Padacké

 

Chacun sait aujourd’hui que l’évènement dramatique survenu en avril ayant entrainé la mort du Président Idriss Déby Itno a provoqué un « coup d’état », permettant au fils du défunt Président, Mahamat Iriss Déby d’« hériter » , dans l’empressement, de la position de Chef de l’Etat, sans passer par les processus constitutionnels classiques.

A partir de là, la nomination d’un Premier Ministre, issu du monde politique civil, devenait une sorte de concession faite à la Démocratie, prétextant par ailleurs qu’il fallait une tête militaire à l’Etat pour préserver la sécurité de la zone, du pays et au-delà… tout en décidant d’un Conseil de Transition.

Albert Pahimi Padacké, par sa compétence d’ancien et dernier Premier Ministre du Président Déby, par son score honorable à l’élection Présidentielle (10.5%) 2021 où il finissait second, par sa qualité honorable de patriotisme à son pays, d’homme de convictions, dont le parti est reconnu, attaché au fonctionnement démocratique de l’Etat, et qualifié pour la démarche de Rassemblement objectif des Forces politiques, correspondait parfaitement au poste recherché, malgré la difficulté de la tâche, dans ce contexte instable.

Albert Pahimi Padacké s’est adonné et s’adonne avec ardeur à ce travail délicat, à la composition d’un gouvernement, le plus consensuel possible, même si certains leaders de l’opposition n’ont pas osé y figurer (pour le moment), ne voulant pas se prêter à une banalisation de l’union, pouvant faire penser à un opportunisme laissant croire à l’acceptation du coup d’Etat.

C’est vrai que la position du Premier Ministre est inconfortable, d’autant qu’il est fatalement supervisé par le Conseil de transition dirigé par les militaires et Mahamat Idris Déby. Il garde néanmoins sa volonté d’agir.

Il est manifestement conscient que les états d’âme n’ont plus leur place et que sa motivation est totale pour retrouver la stabilité du pays, répondre aux attentes du peuple Tchadien et notamment de sa jeunesse, donc d’envisager ce retour rapide à l’ordre constitutionnel et à la gouvernance démocratique, tout en préservant la sécurité non seulement du Pays mais de celle des pays voisins.

Il restera bien sûr à unifier les forces politiques, et notamment de trouver un accord avec une partie de l’opposition au Président Déby défunt, et notamment les « Transformateurs » dirigés par le courageux et déterminé Succès Masra, qui est incontestablement un dirigeant d’avenir représentant ce renouvellement humain dont l’Afrique en général a et aura besoin… et le Tchad en particulier, cette nouvelle génération attendue.

Au-delà de cette mise en route, le Premier Ministre relève, et c’est heureux, les prises en comptes de certaines instances capitales pour appuyer sa démarche : l’ONU, l’Union Africaine, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

L’Union Africaine, seulement observatrice, au tout début de l’événement, en redoutant de devoir suspendre le pays pour prise abusive du pouvoir par le CMT, a préféré se donner un peu de temps et envoyer cette Commission de l’Union Africaine, menée par le Président du Conseil de Paix et de Sécurité, l’Ambassadeur Djiboutien  Mohamed Idriss Farah. Cette mission a été validée bien entendu par le Président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, et par le Président actuel de l’UA, le Congolais Félix Tshisekedi. Les conclusions de ce Conseil de Paix et Sécurité ont connu depuis hier et laissent conclure à une indulgence exceptionnelle à l’égard du CMT pour privilégier la protection sécuritaire sur la rébellion et surtout le terrorisme. Les échos de la presse sur cette visite de l’Union Africaine restent assez flous, concernant notamment les éventuels contacts avec le gouvernement civil, laissant entendre que les entretiens ont été principalement pris avec le Général Mahamat Déby et… les opposants ! Le Président Déby fils s’est d’ailleurs rendu immédiatement au Niger pour aller chercher une solidarité avec le Président Bazoum qui avait lui-même rencontré les opposants politiques lors de sa visite à N’Djamena pour les obsèques du Président Maréchal…

Par ailleurs, le Premier Ministre Albert Pahimi Padacké devrait recevoir prochainement l’envoyé spécial de l’OIF, le grand Diplomate Mauritanien et ancien Haut fonctionnaire des Nations Unies, Ahmedou Ould Abdallah.

On devine que, visant les stratégies d’apaisement, ces consultations sur place, ces visites, ajoutées à celles des Communautés Economiques Régionales (CEEAC, CBLT Lac Tchad, CEN- SAD, CEDEAO, et G5 Sahel) devraient donner du poids et de l’aisance au rôle du Premier Ministre dans cette période dite de transition.

Cela devrait lui éviter ainsi d’être trop l’objet de pressions pouvant provenir d’un seul camp qui serait celui du parti politique de Feu le Président Maréchal, MPS, qui garde à juste titre son rôle dans le débat mais qui ne saurait être pourtant prépondérant, précisément au nom de cette ambition de retour au processus constitutionnel.

Reste à espérer que rapidement la situation politique s’apaise et que le pays puisse retrouver un fonctionnement le plus normal possible, notamment sa reprise économique, dans l’intérêt des Tchadiens, vœu exprimé unanimement par ce qu’il est convenu d’appeler la Communauté Internationale.

 

Alain Dupouy

Président du Club Objectif Afrique Avenir / O2A

 

 

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