International
06H44 - lundi 8 mars 2021

Frappart, Tabriz, Adamu, Kallas, Jacky, Mukwege, Bennett, Rooney, Copé : les championnes 2021 de la cause des femmes.

 

Elles et ils ne sont pas forcément féministes mais elles et ils contribuent grandement à faire avancer la cause des femmes. Après les goujats 2021, voici nos championnes, et nos champions, 2021 ! Belle Journée de la femme !

Mise en musique : Catherine Fuhg.

 

Stéphanie Frappart

Et si une femme arbitrait la finale de la Coupe du monde 2022 au Qatar ?

Passionnée de football, sport qu’elle a pratiqué depuis l’âge de six ans, elle commence à s’intéresser aux règles de l’arbitrage à treize ans. À dix-neuf, elle arbitre en division d’honneur régionale d’Île-de-France. Bientôt, devant choisir entre jouer et juger, elle penche pour la seconde option. Pour le moins une bonne décision. Le 2 décembre 2020, elle entrait dans l’histoire du football international en tant que première femme à arbitrer un match de la Ligue des champions – un match d’hommes. Et ce n’était même pas d’ailleurs son coup d’essai, puisqu’elle était déjà la première à avoir « sifflé » la Supercoupe d’Europe. Aussi, est-on en droit de rêver de la retrouver à la prochaine Coupe du monde, au Qatar en 2022, pourquoi pas en finale.

Mais Stéphanie Frappart ne s’engage pas seulement à fond sur les terrains de football. Ainsi, a-t-elle publiquement exprimé son soutien aux victimes de harcèlements et agressions sexuels dans le sport, se réjouissant de voir la parole de ces femmes enfin se libérer.



Parisa Tabriz

Elle n’est pas tout à fait la première à briller en informatique. Il y a eu Grace Hopper, la mamie des hackers, conceptrice du langage COBOL en 1959, dont l’histoire n’a pas jugé bon de retenir le nom. Pas plus que celui avant elle de Ada Lovelace, qui créa le premier programme informatique, dans les années 1840. Ainsi pourrait-on croire que les hommes règnent seuls dans ce domaine. Ce qui est vrai, du moins en nombre. Pour exemple, le rapport homme/femme dans les filières informatiques des universités serait de 6 pour 1 en moyenne. 

Mais Parisa Tabriz se moque des statistiques et se défie des normes. Ainsi, prenant la direction des hackers de Google à l’âge de trente et un ans, elle choisit comme titre à noter sur sa carte de visite : « Security Princess ». Royal, non ? Son travail est d’organiser et lancer des attaques contre les logiciels de l’entreprise afin d’en déceler les failles. Elle œuvre par ailleurs à la formation des jeunes, et en particulier les jeunes filles des Girl Scouts, pour les sensibiliser aux techniques de sécurité informatique. Enfin, en 2018, elle s’est engagée dans la lutte contre la sous-représentation des femmes dans les Techniques de l’information. Sacrée pirate !



Naomi Adamu

Dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, des membres de Boko Haram, organisation djihadistes, l’enlevèrent à Chibok, avec plus de 200 jeunes filles (leur nombre varie selon les sources), l’arrachant à sa vie pour la réduire en esclavage. Le monde entier s’en était ému et la France de François Hollande avait même accueilli un Sommet international pour dénoncer cette barbarie…

Les terroristes réussirent à la garder prisonnière pendant 1 118 jours, mais non à la soumettre. Sa résistance commença lorsque ses ravisseurs prétendirent lui imposer d’échanger son uniforme de lycéenne contre un vêtement ample et noir, « décent ». Plus tard, elle refusa de se convertir à l’islam et d’épouser un combattant. Elle se vit alors condamnée à un châtiment violent, des coups de crosse de fusil, et à des tâches harassantes. Peine moins lourde que la mort pourtant dont la menaçaient ses bourreaux. Sa rébellion inspira des compagnes de captivité qui bientôt suivirent son exemple. Enfin, autre acte de courage, tout le temps de sa détention, elle tint son journal intime. La maison d’édition Harper publiera en mars prochain sous le titre Bring Back Our Girls (rendez-nous nos filles) un livre principalement basé sur ce témoignage à vif : https://www.harpercollins.ca/9780062933928/bring-back-our-girls/

Il semble que les raids sur les écoles avec enlèvement d’enfants, jeunes filles ou jeunes garçons, soient aujourd’hui au Nigéria un mode d’action politique et criminelle prisé. Quatre attaques de ce genre ont été répertoriées ces trois derniers mois.

Naomi Adamu est une combattante de la liberté parce que dans ces régions, de plus en plus étendues malheureusement, aux mains des djihadistes, les premières victimes sont toujours les femmes.

 

Kaja Kallas

La politique, elle est tombée dedans quand elle était petite, avec un père ancien ministre – des Affaires étrangères, des Finances, et même chef de gouvernement. Entrée au parlement estonien en 2011 à l’âge de trente-quatre ans, elle devient, en 2014, députée européenne. Juriste de formation, passionnée d’innovation, elle s’engage à Bruxelles dans différentes commissions, dont celle de l’industrie, où elle concentre son travail sur les réformes du marché numérique européen.

Son cheval de bataille – fidèle dans ce domaine à la ligne de son pays, surnommé E-stonie : avoir mis le numérique au cœur de son avenir. Le 25 janvier dernier, elle est élue Premier ministre par 70 voix sur 101, la première femme à ce poste, après avoir formé une coalition avec le Parti du centre. Elle nomme à son gouvernement cinq femmes. À peine plus d’un tiers des ministres, mais un record pour son pays.

Kaja Kallas incarne ces femmes de pouvoir aujourd’hui de plus en plus nombreuses à la tête des affaires de ce monde.

 

Jacky, fondateur d’Amistad

Avec tout ce qui se dit du monde de la police, on pourrait l’imaginer peuplé de gens blasés, rompus à la violence. Pourtant, policier formateur, Jacky* ne correspond en rien à ce cliché. En 2013, en effet, une information diffusée au journal télévisé le bouleverse au point qu’il décide de s’engager de toutes ses forces dans la lutte contre les violences faites aux femmes. C’était l’histoire, tellement banale, banale malheureusement, d’une femme violée dans un train sous les yeux indifférents de ses compagnons de voyage. Jacky crée alors Amistad – une association d’aide aux femmes victimes de violences, intrafamiliales ou pas –, s’exprime et mobilise sur les réseaux sociaux. Instructeur de krav maga et ceinture noire de self-defense, il organise aussi des séminaires d’autodéfense pour préparer les femmes à toute éventualité, leur insufflant l’assurance dont elles auront besoin pour réagir en cas d’attaque. Ce combat, il le mène en pensant à ses filles, et à notre avenir, car un monde qui n’aime pas les femmes se détruira lui-même un jour.

Sa dernière initiative : le bijou lanceur d’alerte. Marqués de son logo, ces bijoux, bagues, boucles d’oreilles, pendentifs, permettront aux femmes de discrètement appeler à l’aide quand elles seront en danger. Il leur suffira pour cela de les manipuler avec ostentation.

* Inquiet pour sa sécurité et celle de sa famille, il préfère que son nom ne soit pas mentionné.




Denis Mukwege

L’excision, cette tradition, d’une violence inouïe, qui parfois poursuit les jeunes filles jusque dans leurs terres d’exil, est chose courante en République démocratique du Congo, patrie de Denis Mukwege. Pour lutter contre cette pratique, ce pasteur, fils de pasteur, gynécologue de son métier, s’est investi dans le domaine de la reconstitution des organes génitaux après viols et mutilations. Il a aussi milité pour « mettre fin à l’usage des violences sexuelles en tant qu’armes de guerre ». Pendant de nombreuses années, il a procédé lui-même à une douzaine d’opérations chirurgicales par jour. Il a aussi formé du personnel médical et installé des unités de soin de proximité, plus accessibles aux femmes victimes d’actes de barbarie. Son action lui a valu le surnom imagé « d’homme qui répare les femmes », ainsi que de nombreux honneurs dont, en 2018, le prix Nobel de la paix, ainsi que des menaces de mort et plus de six tentatives d’assassinat.

 

Annabel Bennett

Doutez-vous de l’utilité des cv anonymes ? La preuve par un exemple qui mérite un prix…

Sous le soleil des femmes, ferait-il toujours aussi froid ? À leur époque, Aurore Dupin (George Sand) et les trois sœurs Brontë avaient choisi d’adopter des pseudonymes masculins pour échapper à la censure – rien de défini dans les textes, mais une réalité largement acceptée. Depuis, les femmes ont obtenu le statut de personne majeure, le droit de vote, de mouvement, de travailler (plus que les hommes et pour moins cher), d’accéder au succès et à la célébrité… dans certaines limites cependant, car il est encore des domaines où la liberté, ça coince. 

Ainsi, bien qu’aujourd’hui les femmes publient sous leur nom, leurs livres sont systématiquement rangés dans la catégorie « littérature féminine » genre mineur par définition. Pourquoi ? Parce qu’on y parle de femmes, et que les femmes, c’est pas sérieux. 

Mais, Annabel Bennett, que vient-elle faire dans cette galère ?

Eh bien cette jeune compositrice, après avoir vu ses œuvres systématiquement rejetées par les diffuseurs, a tenté l’expérience de les renvoyer aux mêmes, en signant cette fois d’un nom d’homme. Expérience concluante, puisque sous le pseudonyme d’Arthur Parker, brusquement, elle a attrapé du talent et percé sur les ondes. Ce qui lui a permis de décrocher un contrat avec une maison de disque. Peu avant sa date de sortie à la fin du mois dernier, elle a crevé l’abcès, révélant au public sa véritable identité.

Affaire à suivre et écouter 

 

Sally Rooney

Passionnée de politique et marxiste revendiquée, – nul n’est parfait -, cette Irlandaise de trente ans ne provoque pas, pour l’instant, de grande révolution – même si tout commence par les mots. Mais son style audacieux pourrait bien renverser la dictature du style dans la littérature. Avec elle, pas de phrases à rallonge, aux contours bien léchés. Son œuvre se compose sur le vif de la réalité. Un peu comme le cinéma de John Casavetes qui préférait le vrai au « mis-en-scène ». Et apparemment, ça plaît. Ses Conversations entre amis, écrit alors qu’elle préparait son master de littérature a récolté plusieurs prix dont le Folio 2018 et le prix des jeunes écrivains du Sunday Times 2017. Tout aussi remarquable est sa conquête du public avec sa patte résolument jeune, moderne, innovante, qui échappe gracieusement à la stigmatisation « littérature féminine ». Une autre de ses victoires. Et pas des moindres.

« Normal people » vient de paraître en France aux Editions de l’Olivier. Best-seller garanti en France pour ce succès mondial déjà adapté en série.



Jean-François Copé

La loi parmi les plus utiles pour les femmes en France depuis vingt ans est définitivement attachée à son nom : la loi Copé – Zimmermann, qui « fête » trop discrètement (mais les féministes ne sont-elles pas ailleurs ?) ses dix ans en 2021, entend imposer au moins 40 % de femmes dans les conseils d’administration des moyennes et grandes entreprises. Elle a porté ses fruits, même si l’on est encore loin du compte.

Jean-François Copé entre dans notre palmarès pour inciter les hommes, en apparence loin de la cause des femmes, à s’en emparer. L’an prochain, sera-ce le tour de François Sauvadet dont la loi en 2012 imposait le même quota dans les conseils d’administration des établissements de la Fonction publique. Neuf ans après : combien de femmes à la tête des hôpitaux, des universités, des bibliothèques et des musées ? Suspense insoutenable jusqu’au 8 mars 2022 !



 

A l’occasion de la Journée de la femme, et désormais chaque année, Opinion Internationale publie deux palmarès : « Les goujats 2021 » dimanche 7 mars et « Les championnes 2021 de la cause des femmes » lundi 8. A découvrir à la une de www.opinion-internationale.com

 

Directeur de la publication

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