Afriques demain
10H54 - jeudi 27 juin 2019

Le Congo-Brazzaville fait la manche au FMI

 

Le FMI doit avaliser ou non le 5 juillet un programme d’ajustement budgétaire avec le Congo-Brazzaville afin de juguler la dette extérieure du pays qui avoisine les 10 milliards de dollars. La crise économique que subit le Congo place le pays dans une situation de quasi banqueroute. Le régime de Brazzaville n’a pas tiré les leçons de l‘affaire dite des « Panama Papers » qui avait révélé en 2016, l’opacité avec laquelle la richesse du pays s’évapore dans des complexes circuits financiers offshore. Pourtant, il suffirait de rapatrier les fonds placés dans le paradis fiscaux par le clan au pouvoir pour aider le Congo à sortir du marasme économique.

Le dossier du Congo-Brazzaville revient sur la table du FMI alors que le pays avait déjà vu toute ou partie de sa dette annulée en 2010 dans le cadre de « l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés » (PPTE). Dans les années qui ont suivi, le Congo a engrangé de juteux et réguliers excédents budgétaires, ce qui avait permis au pouvoir en place de clamer à tout-va avoir épargné des fonds pour les générations futures.

Mais la gabegie financière des membres du clan au pouvoir est passée par là : par exemple, la Société nationale des pétroles du Congo n’a toujours pas de compte ouvert au Trésor public et les improbables accords financiers avec le gouvernement chinois ont endetté le Congo de façon considérable.

Dès 2016, le FMI avait pourtant posé des conditions de gouvernance et de transparence pour que le Congo puisse bénéficier ànouveau d’une remise de dette. Mais le pays n’a pas été en mesure de les remplir, en raison de l’opacité des comptes publics.

Le Congo-Brazzaville ne peut désormais plus faire face à ses paiements courants et se trouve dans l’incapacité de payer les salaires, les pensions des retraités, les bourses estudiantines, certains arriérés datent de plus de 36 mois. Des administrations décentralisées comme le Centre national de traitement sanguin sont fermées par manque de financement. Le pays est ainsi obligé d’importer des poches de sang d’origine douteuse avec de possibles conséquences sanitaires dramatiques. La mortalité augmente au Congo et le manque d’hôpitaux accentue les épidémies, notamment celle du VIH.

 

Des fonds dissimulés à rapatrier

Dans un entretien accordé à un Ziana TV, média africain à Paris, le 20 juin dernier sur la situation politique et économique de son pays, Mathias Dzon, ancien Ministre de l’économie, des Finances et du Budget de 1997 à 2002, assure que le Congo-Brazzaville a les moyens de sortir de la crise en moins de douze mois.

L’ancien banquier, pourtant proche du pouvoir, affirme que le solde des comptes des Congolais en Chine excède largement la dette du Congo. Il dénonce le placement à l’étranger dans des paradis fiscaux, les ressources financières liées à l’exploitation du pétrole et du bois.

Selon lui, tant que le Congo ne rapatrie pas ses recettes d’exploitation et que les conditions de bases de transparence des comptes publics ne sont pas réglées, le programme d’aide du FMI est inutile et s’apparente à un « coup d’épée dans l’eau ».

Le temps de la manne financière serait-il terminé ? C’est aussi le point de vue du Secrétaire d’État adjoint aux affaires africaines des Etats-Unis, Tibor Nagy : « Il n’y aura plus d’allègement de la dette pour l’Afrique », a-t-il réitéré, au cours d’une conférence à Pretoria en Afrique du Sud. Le diplomate américain a par ailleurs reproché à la Chine de «leurrer l’Afrique avec des dettes et de promouvoir la corruption ». Il affirme que son Administration ne fera pas preuve de mansuétude car « tous ces pays sont des États souverains, c’est donc à eux de décider avec qui ils veulent commercer ».

Le conseil d’administration du FMI se réunira de nouveau le 5 juillet. Suspense financier d’ici là…

 

Jean-Claude Miangouayila