Monde
15H33 - vendredi 21 juin 2019

Quand le Congo brade son patrimoine écologique aux Chinois

 

En proie à des difficultés économiques essentiellement structurelles et sous audit du FMI qui est appelé à rendre une décision le 5 juillet, le régime de Brazzaville a octroyé une série de concessions minières en faveur d’entreprises chinoises, car Pékin détient plus de 30% de la dette congolaise. Ces permis d’exploitation concernent des régions agricoles connues pour être le grenier alimentaire du Congo. L’exploitation de ces terres inquiète les populations car l’exemple de la zone de Kelle au Nord du Congo démontre que la Chine fait fi de tout respect environnemental. D’autre part, le projet d’un Fonds bleu dans le Bassin du Congo, lancé à grand renforts de communication en 2016, ne serait qu’un prétexte pour accueillir des capitaux détournés de leur vocation envrionnementale.

Dans le collimateur des institutions financières internationales et surtout dans l’attente d’une décision favorable du FMI, le régime de Brazzaville cherche àengranger des revenus par tous les moyens quitte àvendre une partie du pays aux entreprises étrangères et à menacer les équilibres naturels du pays par une déforestation programmée.

Ce sont dix projets de décrets qui ont été adoptés par le Conseil des Ministres du Congo-Brazzaville le 5 juin 2019 portant attribution et renouvellement de permis de recherches minières pour les polymétaux (notamment les matières premières essentielles à l’intelligence artificielle), la potasse, les sels connexes et l’or.   

Les sociétés et entreprises bénéficiaires de ces décrets sont essentiellement chinoises du fait que le Congo cherche àréduire ses créances asiatiques. Ainsi, quatre régions du Congo, les départements de Pointe Noire, du Niari, de la Bouenza et du Kouilou, sont cédées dans le cadre de baux quasi emphytéotiques qui vont priver les Congolais de leur activité agricole et pastorale.

  

L’exemple écologique désastreux de Kelle

La communauté urbaine de Kelle, dans la Cuvette Ouest, héberge près de 16 000 habitants qui ont fait l’expérience des travaux de prospection et d’exploitation minières des terres par des entreprises chinoises. Les habitants de cette zone ont toujours exploité l’or de leurs villages pour subvenir àleurs besoins de base. Aujourd’hui, cela leur est interdit en vertu de la cession de ces mêmes terres aux entreprises étrangères.

Au-delà de cette dépossession, leur constat est amer car les entreprises minières provoquent une vaste déforestation et n’apportent aucune infrastructure àce district reculé. Les habitants constatent la destruction de leur environnement, la recrudescence de moustiques, la pollution des rivières et des cours d’eaux environnants. Ils vivent mal au quotidien, souffrent du manque d’hôpitaux, d’écoles, de routes, d’eau potable et se demandent « si au Congo il y a des défenseurs de la nature ». 

 

 

Cette catastrophe écologique est le prélude à une large contamination des eaux, et les nouveaux accords d’exploitation ne sont pas un signe positif pour un régime qui s’est pourtant engagé dans un programme de Fonds bleu pour le Bassin du Congo…

 

L’arnaque autour du Fonds bleu 

Annoncée le 16 novembre 2016 par Denis Sassou Nguesso en marge des travaux de la COP22 à Marrakech au Maroc, la création du Fonds bleu pour le Bassin du Congo avait pour objectif de « redéfinir les bases d’une économie collaborative associant exploitation raisonnée des forêts et gestion durable des eaux des côtes maritimes, du fleuve Congo et de ses affluents »Un programme écologiquement ambitieux pour promouvoir l’économie bleue, en vue de la croissance économique, du développement durable et du bienêtre des populations, et qui devait réunir chaque année près de 100 millions d’euros.

L’ONG Britannique Finance Uncovered, dans une enquête publiée le 15 mai dernier, soupçonne ce projet bleu qui, sous couvert d’actions caritatives et/ou écologiques, n’a pour objectif que d’attirer des capitaux destinés à maintenir Denis Sassou Nguesso au pouvoir.

Les nouvelles orientations du régime de Brazzaville ne prennent pas le sens de la protection de la nature ni du développement durable. Le Bassin fluvial du Congo est une réserve biologique essentielle, la deuxième après l’Amazonie et l’exploitation intensive des terres risque d’accélérer la déforestation et la destruction de la biodiversité.

 

Jean-Claude Miangouayila

 

Crédit photo: Mediacongo.net

 

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