Monde / World
Monde /
16H49 - samedi 15 septembre 2018

Libre mais toujours en prison. L’opposant Paulin Makaya attend sa libération au Congo Brazzaville.

samedi 15 septembre 2018 - 16H49

L’opposant politique congolais Paulin Makaya, incarcéré depuis décembre 2015 pour s’être opposé à la modification de la Constitution et avoir organisé une marche non autorisée, a été déclaré libérable ce Jeudi 13 septembre à l’issue d’un jugement maintes fois reporté mais très attendu. Pourtant, le président du parti UPC (Unis Pour le Congo) est toujours retenu à la maison d’arrêt car son ordre de sortie n’a pas été produit. Dans quel intérêt le pouvoir de Brazzaville maintient-il en détention celui qui s’est opposé farouchement au changement constitutionnel permettant à Sassou Nguesso de rester au pouvoir ?

Russell Rolph Fox

 

C’est pour avoir participé à un mouvement de protestation contre le référendum sur la modification de la Constitution qui a permis a Denis Sassou Nguesso de se présenter à nouveau et de remporter le scrutin présidentiel de 2016 que Paulin Makaya a été arrêté en octobre 2015.

Il a été condamné à deux années d’emprisonnement pour incitation aux troubles à l’ordre public, une décision contestée par ses conseils qui accusent la justice d’être aux ordres du pouvoir. Il est un des opposants politiques les plus farouches au pouvoir de Sassou Nguesso, ce qui lui a certainement valu cette si longue détention.

Pourtant libérable en décembre 2017, il a été accusé de complicité d’évasion pour des faits survenus le 29 décembre 2017 à la maison d’arrêt de Brazzaville et maintenu depuis lors en détention. Paulin Makaya n’a cessé depuis de clamer son innocence dans cette affaire d’évasion ayant entraîné mort d’hommes.

Initialement prévue pour le 2 août dernier puis reportée au 30 août, l’audience de la troisième chambre correctionnelle s’est finalement tenue le 13 Septembre 2018 et la cour d’appel a reconnu Paulin Makaya coupable des faits de délit de complicité d’évasion et l’a condamné à un an d’emprisonnement ferme.

Reconnaissant que ladite peine avait déjà été purgée, le président de la cour, Dan Dé Ibara Ibombo, a ordonné la levée du mandat de dépôt et décidé la mise en liberté de Monsieur Paulin Makaya.

Amnesty International, par la voix de son chargé de campagnes sur l’Afrique centrale, considère que les accusations sont infondées et ne visent qu’à réprimer des opposants politiques « qui exercent de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression et de réunion ».

Paulin Makaya s’ajoute à une longue liste d’opposants politiques emprisonnés depuis le scrutin présidentiel comme le général Jean-Marie Michel Mokoko, candidat à l’élection mais condamné depuis à vingt années de réclusion.

 

Une liberté non effective

A l’énoncé du verdict, Paulin Makaya a été conduit à la maison d’arrêt afin de collecter ses affaires et de procéder aux formalités de sa libération, mais hélas, le leader du parti d’opposition n’a toujours pas retrouvé les siens.

Joint par téléphone ce matin 15 septembre, son avocat, Maitre Eric Yvon Ibouanga, dit que son client est toujours détenu car la levée d’écrou n’est pas effective en raison de la non transmission par le parquet de la République de l’ordre de sortie auprès de la maison d’arrêt. Il dénonce une « intention manifeste de maintenir Paulin Makaya en détention arbitraire ; la responsabilité en incombe au ministère public donc au parquet de la République ». Il reste cependant optimiste quant à la sortie de son client « car en droit et en faits, rien ne justifie son maintien en prison ».

Libre, Paulin Makaya est susceptible de mobiliser de nouveau une population rongée par une crise économique endémique et des grèves à répétition. Le Congo semble incapable de donner les signes positifs de bonne gouvernance attendus par le Fonds Monétaire International (FMI) pour débloquer une éventuelle aide financière.

 

Jean-Claude Miangouayila