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12H24 - samedi 9 juin 2018

Le Drian au Congo-Brazzaville, retour sur une semaine diplomatique et judiciaire

samedi 9 juin 2018 - 12H24

JeanYves Le Drian, ministre français des affaires étrangères, s’est rendu le 6 juin à Brazzaville pour une rencontre avec le chef de l’Etat congolais, avant de se rendre à N’Djamena au Tchad et à Addis-Abeba en Ethiopie pour rencontrer le président de la Commission de l’Union africaine (UA), M. Moussa Faki. 

Au menu des discussions à Brazzaville, la situation sécuritaire régionale et le suivi des affaires judiciaires en cours dans la capitale congolaise.

Devant les caméras de la télévision congolaise, Jean-Yves Le Drian s’est félicité de la qualité de la relation entretenue avec Denis Sassou Nguesso qui, selon lui, joue un rôle clé dans une région où il y a des situations tendues et difficiles. Ils ont évoqué ensemble les dossiers sensibles de la sous-région : le processus de paix en République centrafricaine, l’échéance électorale en République Démocratique du Congo et enfin les voies de sortie de crise en Libye, dossier dans lequel Denis Sassou revêt la casquette de président du comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye.

En coulisse, nul doute que les deux dirigeants ont fait le point sur les différentes affaires jugées par la cour criminelle de Brazzaville envers des anciens proches du chef de l’Etat tombés en disgrâce. En effet, les condamnations se suivent car il s’agit de faire peau neuve pour le régime de Brazzaville qui prépare sa succession, en l’occurrence la transmission prochaine du pouvoir de Denis père à Denis fils.

 

Condamnations judiciaires en série

La cour criminelle de Brazzaville a ouvert une série de procès envers des personnalités accusées d’avoir voulu déstabiliser le régime.

Après plus de deux années de détention provisoire, l’ancien candidat au scrutin présidentiel de mars 2016, le général Jean-Marie Michel Mokoko, a été condamné le 11 mai 2018 à vingt ans de prison ferme.

Les autorités l’accusaient d’avoir figuré dans une vidéo datant de 2007 dans laquelle il aurait discuté d’un plan visant à démettre Denis Sassou Nguesso du pouvoir et d’avoir appelé à la désobéissance civile. A l’ouverture de son procès le 7 mai dernier, l’ancien chef d’état-major âgé de 71 ans avait rejeté en bloc tous les faits qui lui étaient reprochés, se prévalant de son immunité juridictionnelle et, en accord avec ses conseils, décidant de ne plus s’exprimer à la barre. Sept co-accusés du général, six Français et un Congolais présentés par la cour comme des mercenaires, ont écopé de la même peine par contumace en raison de leur absence à l’audience.

Egalement jugé pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État », Norbert Dabira, naguère général, ancien inspecteur des forces armées congolaises, aurait fomenté un plan visant à abattre l’avion du chef de l’Etat. Il a été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme avec interdiction d’exercer des activités politiques ou militaires. Plutôt prolixe lors des débats, Norbert Dabira a fait valoir ses œuvres au profit du clan au pouvoir en guise de défense et devait ainsi espérer la grâce de l’homme qu’il a porté au pouvoir par les armes en 1997.

Jean-Martin Mbemba, également proche de Denis Sassou Nguesso, a été condamné par contumace à la peine de 10 ans de détention criminelle pour les mêmes motifs.

Tous ont dénoncé un règlement de compte politique sous couvert de procédures judiciaires dans lesquelles les accusations n’ont pas été prouvées par le ministère public.

Enfin, le procès de Paulin Makaya a été renvoyé jeudi dernier au 21 juin prochain. Après avoir purgé une première peine de deux années d’emprisonnement, il est accusé de complicité d’évasion.

 

Jean-Claude Miangouayila