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04H58 - jeudi 8 mars 2018

Quand la poésie dit la Corse. Entretien avec la poétesse Colomba Loviconi

jeudi 8 mars 2018 - 04H58

C’est le grand écrivain franco-congolais, Alain Mabanckou, qui a préfacé son ouvrage. Ses poèmes nous apprennent peut-être plus de la Corse que les soubresauts politiques de l’île de beauté. Entretien avec la poétesse Colomba Loviconi, auteure du recueil  « Déclarations Dichjarazioni ».

Pourquoi avoir choisi la poésie comme forme d’expression ? 

J’ai toujours été séduite par la poésie. Cela n’a pas été un choix délibéré mais une évidence. Depuis l’enfance, la poésie est un genre que j’affectionne. Il s’agit d’une forme littéraire qui laisse toute la place à la liberté, à l’infini et à l’émotion. Dans ce premier recueil, il y a également une forme de narration. J’aime créer des histoires, les illustrer de mots, de paroles.

De nombreux lecteurs ont souligné le côté imagé de mes poésies. C’est exactement ce que j’essaie de retranscrire. Quand j’écris sur un thème, des images précises, voire parfois des souvenirs, s’imposent à moi. Pour que le lecteur saisisse la subtilité d’une émotion, je tente de transmettre ce que je ressens, dans la manière la plus précise, ce que permet la poésie.

C’est une forme d’expression intemporelle et unique. La très belle couverture médiatique dont le recueil a bénéficié en Corse m’a permis d’observer le contraire de ce qui s’affirme partout : la poésie peut séduire et s’ouvrir au plus grand nombre. D’ailleurs, chacun de nous porte en lui une poésie de son enfance, que ce soit un texte classique ou contemporain.

La Corse est très présente dans vos textes mais vous en faites une terre bien plus universelle que repliée sur elle-même. Cette universalité de la Corse est-elle liée à votre propre histoire ? 

La Corse est universelle par son histoire. La première Constitution démocratique de l’histoire moderne, celle de Pasquale Paoli en 1755, a été le texte qui a servi d’appui à la rédaction de la Constitution américaine en 1787. A ce titre, de nombreuses villes aux Etats-Unis portent son nom, glorifiant la mémoire de cet homme des Lumières. Il est important de noter que cette Constitution corse accordait déjà à l’époque le droit de vote aux femmes !

En fait, la Corse est depuis toujours – certains l’ignorent – une terre d’accueil. Elle a aussi été proclamée île des Justes. Ses hommes ont traversé les mers et les océans pour voyager et découvrir le monde. C’est également une île universelle par les fondements de sa culture, car les valeurs qu’elle porte, telles que la famille, le partage, l’amour des siens et de sa terre, sont des principes universels par essence. 

En ce qui me concerne, la Corse appartient à mes racines. Il m’est donc naturel d’écrire sur cette île qui représente mon ancrage. Pour autant, le recueil est très varié. Les thèmes de l’amour, de la nature, de la vie et la mort, de la pauvreté, sont également présents. Le voyage y tient également une place importante. 

Au-delà des excellentes traductions qui illustrent les différentes caractéristiques de notre langue corse, j’espère avoir donné une dimension riche à ce premier recueil, dans une correspondance au monde que j’aime, sans l’enfermer uniquement dans l’insularité, avec une profondeur invitant le lecteur à une certaine ouverture.

 

Vous avez tenu à ce que vos textes soient traduits en Corse par quelques-uns des grands noms de la poésie insulaire. Est-ce un acte littéraire d’abord, militant également ou les deux à la fois ? 

C’est avant tout un acte littéraire. Je souhaitais offrir une place à part entière à cette langue corse unique, dans une musicalité qui témoigne de sa richesse et de sa beauté.

Je refuse d’instrumentaliser la langue corse. À mon sens, elle ne devrait être ni sacralisée, ni instrumentalisée. Elle s’inscrit dans l’identité de la Corse et s’impose par son évidence et son authenticité. Elle est donc indiscutable.

Proposer un recueil bilingue est un acte de partage au sens large. Les grands auteurs corses qui ont participé à cette aventure m’ont fait l’honneur de réaliser de magnifiques traductions.

Car il ne suffit pas de parler une langue, – serait-ce parfaitement -, pour en atteindre une traduction précise et de grande qualité. La traduction est un exercice difficile qui requiert un grand savoir. La subtilité et la richesse du vocabulaire de chacun des textes traduits, mettent en lumière une science de la langue. Nous voilà bien loin des poncifs qui placent son histoire dans une simpliste généalogie italienne.

Aujourd’hui, les nombreuses publications d’auteurs corses montrent une vraie dynamique culturelle et un certain renouveau. Cette richesse s’illustre dans tous les secteurs littéraires : BD, secteur jeunesse, romans, polars ou encore recherches historiques.

 

Etes-vous tentée par d’autres formes littéraires que la poésie ?

Oui, écrire des nouvelles me tente vraiment. Je pense que ce sera un prochain défi, à condition de prendre vraiment le temps nécessaire. Ecrire demande un profond travail de prospection, associé à une grande discipline.

J’ai le sentiment que, lorsque l’on commence à écrire, puis à être publié, il est difficile de s’en tenir à une seule fois. J’ai eu le plaisir de participer au florilège de la poésie corse contemporaine « Musa d’un populu » publié en juillet 2017 par le poète Norbert Paganelli.

Par ailleurs, l’été prochain, la revue littéraire algérienne « 12X2 poésie contemporaine des deux rives » publiera dix auteurs corses auxquels je suis rattachée. Chacun des auteurs proposera dix pages inédites. En ce qui me concerne, vous pourrez donc découvrir de nouvelles poésies fortes et parfois brutes, comme j’aime en écrire. Cette brillante revue s’illustre par sa volonté d’associer écrivains, poètes issus de différents pays du bassin méditerranéen, en parallèle aux poésies de dix auteurs algériens.

 

Propos recueillis par Michel Taube

L’ouvrage est disponible dans les bonnes librairies corses, notamment la librairie des Palmiers, La marge à Ajaccio et la FNAC d’Ajaccio, la librairie Arzilla à Bastia et les Verbes du Soleil à Porto-Vecchio. Et sur le site internet de l’Editeur Colonna Edition : http://colonnaedition.com.

Directeur de la publication