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13H33 - lundi 13 novembre 2017

La modernisation de l’Arabie Saoudite est un projet trop important pour qu’on le laisse échouer. Tribune de Dr. Majid Rafizadeh

lundi 13 novembre 2017 - 13H33

Le 13 Novembre 2017. Ordonnée au cours du weekend du 4 novembre 2017 par le Prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, la vague d’arrestations de dignitaires soupçonnés de corruption confirme sa détermination à réformer en profondeur son pays.

Mohammed bin Salman avait déjà annoncé, dans une interview remarquée  quelques jours auparavant, sa volonté de se « débarrasser » du conservatisme religieux qui s’est enraciné au long des trente dernières années dans son pays. Il affirme que cette rigidité socio-culturelle ne correspond pas aux véritables valeurs de l’Arabie Saoudite. En témoigne sa récente décision d’en finir avec l’interdiction faite aux femmes saoudiennes de conduire, et les nouvelles régulations imposées à la police Islamique. Le projet qu’il défend pour l’Arabie Saoudite créera les opportunités, l’optimisme et la stabilité dont la région a tant besoin pour progresser. Et, au contraire s’il échoue, cela aura des conséquences catastrophiques pour le Moyen-Orient.

Le modèle sur lequel le Royaume tente de construire une société moderne, ouverte sur le monde, reposant sur les valeurs d’un Islam modéré, a déjà été établi avec succès dans les Emirats Arabes Unis. Appliqués à l’échelle de l’Arabie Saoudite, de tels changements créeront une puissance dans le Golfe capable de donner un second souffle à la région toute entière.

En avril 2016, le Prince héritier avait lancé le programme « Vision 2030 » dans cette optique. Il s’agit de libérer le Royaume de sa dépendance aux exportations pétrolières et de promouvoir l’autonomie de sa jeunesse, impatiente de s’émanciper dans un pays tourné vers le futur. L’annonce récente que les investisseurs étrangers seront désormais autorisés à acheter des actions dans plusieurs grandes entreprises saoudiennes va dans le sens d’une industrialisation accélérée, plus ouverte et diversifiée.

En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, le gouvernement saoudien est aussi en première ligne. Mohammed Bin Salman s’est d’ailleurs attaqué à la propagande islamiste sur internet, en inaugurant le Centre d’Observation Digital des Activités Extrémistes chargé de surveiller et de détecter les activités extrémistes en ligne.

Le plus grand danger est que le projet et les actions progressistes du Prince héritier exaspèrent les ultra-conservateurs du Royaume, et que ceux-ci tentent de le chasser du trône. Les puissances occidentales ne peuvent pas autoriser un tel coup d’État. Il est ainsi absolument crucial que l’Europe et les États-Unis continuent de soutenir l’Arabie Saoudite, pour maintenir de solides et constructives relations diplomatiques.

Environ 65% de la population au Moyen-Orient a moins de 30 ans. L’absence de perspectives et les difficultés à concevoir un avenir meilleur sont un facteur déterminant menant certains de ces jeunes à rejoindre des groupes extrémistes violents. Par conséquent, l’aménagement d’une Arabie Saoudite moderne et dynamique est le meilleur moyen de lutter contre la radicalisation dans la région.

A travers le Monde Arabe, la jeunesse sera mieux représentée par une société ouverte, tolérante et au caractère islamique modéré. Elle ne se reconnaît pas dans un Islam excessivement strict dont les partisans se définissent exclusivement par leurs différences avec d’autres religions et civilisations.  

Inversement, si Mohammed Bin Salman perd sa bataille et que l’Arabie Saoudite devient un pays stagnant, gouverné par un clergé traditionaliste, nous assisterons à une montée d’extrémisme dangereuse pour la stabilité régionale et, plus largement, pour la sécurité de l’Occident.

Il y avait bien des raisons de critiquer l’Arabie Saoudite dans le passé, et certains continueront sans doute. Toutefois, ceux qui ont un véritable intérêt pour la prospérité du Moyen-Orient devraient être rassurés du fait qu’à la tête du Royaume se trouve un homme qui ne cesse de prouver son engagement acharné pour la progression culturelle et économique de son pays, dans une région apaisée.

Dr. Majid Rafizadeh


Majid Rafizadeh est un politologue américain d’origine iranienne, chercheur 
à Harvard. Il est expert en géopolitique du Moyen-Orient et a publié de nombreux articles sur la région, notamment les dynamiques sociales et les relations de pouvoirs qui l’animent. Il préside également l’International American Council, un think-tank spécialisé dans les relations internationales.

 

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