Monde / World
Afrique /
12H23 - mardi 19 septembre 2017

Le Congo à l’épreuve du FMI

mardi 19 septembre 2017 - 12H23

Lors de son discours de vœux à la Nation du 31 décembre 2016, Denis Sassou Nguesso annonçait que l’année 2017 serait celle de la « rigueur et de la vérité ». Et bien nous y voilà! Après la gabegie des années pétrolières, le changement contesté de la Constitution pour un troisième mandat, le bourbier de la guerre du Pool enclenchée au lendemain de son hold-up électoral des années 2015 et 2016, le pouvoir de Brazzaville fait appel au FMI pour surmonter les crises économiques, sociales et politiques que traverse le Congo. Pour le meilleur et pour le pire.

L’Ambassadeur des États-Unis en République du Congo, Todd P. Haskell (Crédit photo: Brazzanews)

Le Congo-Brazzaville touché par la récession

Au Congo-Brazzaville, les contestations sociales s’accentuent de jour en jour devant l’incapacité du pouvoir à faire face à ses obligations envers les retraités et fonctionnaires de l’Etat.
Le 31 août dernier, c’est le collège intersyndical de l’Université Marien Ngouabi qui, dans un communiqué, demandait d’observer une grève générale et illimitée
à compter du 1er septembre 2017. A l’heure où nous publions, le mouvement social est toujours en cours et aucune rencontre entre le Gouvernement et le collège intersyndical n’est prévue. Les revendications sont les mêmes que pour le personnel du CHU de Brazzaville qui est entré en grève depuis le 1er août, n’assurant depuis qu’un service minimum. Elles résonnent comme un leitmotiv: la régularité dans le versement des salaires, des bourses étudiantes et pensions des retraités.
Insolvabilité et quasi-faillite obligent le chef de l’Etat,
à l’occasion de la fête de l’indépendance du pays le 15 août, à reconnaitre que « les recettes budgétaires et les investissements publics sont en baisse continue, presque tous les secteurs de l’économie nationale sont touchés par la récession ». Il a annoncé vouloir mettre le pays son tutelle du FMI pour le sortir du marasme financier.
Le Congo va donc négocier dès ce mois de septembre un programme d’aides et de réformes avec le Fonds Monétaire International pour sortir le pays de la crise. Le hic, c’est que l’Etat congolais a dissimulé une partie de sa dette en déclarant fin juillet 2017 une dette extérieure de 77%  alors qu’elle s’élève en réalité
à plus de 120% du PIB congolais selon une information publiée par RFI le 2 août dernier. 

Les raisons d’un naufrage annoncé

D’une manière générale, la mauvaise gouvernance économique, avec de nombreux investissements étatiques hasardeux, est la raison de ce marasme.
De plus, la prédation du clan au pouvoir sur les deniers publics a été mise au jour par de nombreux scandales financiers: affaires Sundance en Australie, Asperbras/Veiga au Portugal, biens mal acquis en France et plus récemment l’affaire Gunvor rendue publique par l’ONG Suisse Public Eye.
Enfin, les contrats pétroliers opaques signés avec la Chine ont fini de dilapider les fameux « fonds des générations futures » placés en Chine, que le pouvoir de Brazzaville se vantait d’avoir épargné pendant les années o
ù le cours du pétrole dépassait allègrement les 100 dollars le baril.

A Brazzaville comme sur Pointe-Noire, la crise est palpable, les entreprises privées ferment les unes après les autres et l’administration publique est au ralenti par manque de crédit. L’argent ne circule plus, entend-on dans les rues de la capitale.

Il aura également fallu modifier la Constitution, organiser une pseudo consultation référendaire puis improviser une réélection pour un troisième mandat. Avec la complicité tacite d’une classe politique qui ne sait comment danser entre soutien et opposition au pouvoir.
Sans compter la militarisation de la région du Pool pour neutraliser les hommes du Pasteur Ntumi accusés d’avoir déclenché des violences post électorales dans la capitale congolaise, situation qui a créer une crise humanitaire sans précédent au Congo et accentue la crise. 

Denis Sassou Nguesso sait que sa marge de manœuvre est réduite car avec une dette de plus de 120% du PIB selon une information RFI, les mesures d’orthodoxie budgétaire que le FMI lui imposera risquent de créer de fortes contestations sociales.

La riposte de l’opposition congolaise

Le 4 septembre dernier, des acteurs de la société civile congolaise se sont rendus à la représentation du FMI à  Brazzaville pour remettre leurs doléances.
Joint par téléphone pour Opinion Internationale, Charlin Kinouani, coordinateur adjoint du Mouvement citoyen « Ras-le-bol » souhaite un dialogue inclusif associant l’opposition politique, la société civile et le pouvoir, pour négocier un programme qui va impacter le quotidien des Congolais car « la crise dont nous sommes victimes n’est pas seulement économique, elle est aussi politique » nous rapporte-il.

Mathias Dzon, ancien Ministre des finances du Congo, plaide pour un dialogue devant aboutir à une alternance politique. Dans un communiqué de presse, il soutient que « le pouvoir doit comprendre que les temps ont changé et qu’il faut savoir abandonner ». Selon lui, il faut arrêter la propagande et appliquer une bonne politique pour sortir le Congo de cette situation et ce n’est pas en reconduisant les mêmes Ministres que la politique appliquée sera différente.

De nombreux congolais de la diaspora souhaitent faire entendre leur voix et comptent bien voir imposer des conditionnalités quant au programme du FMI pour le Congo. Ils en appellent aussi à l’arrêt des opérations militaires dans le Pool, à la libération de tous les prisonniers politiques détenus depuis le scrutin présidentiel de mars 2016 et à la mise en place d’une alternance politique.