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18H04 - samedi 25 mars 2017

Congo-Brazzaville : le mars de la colère, un après la réélection controversée de Denis Sassou-Nguesso

samedi 25 mars 2017 - 18H04

Le peuple congolais est en deuil comme tous les mois de mars. Chaque année, depuis 40 ans, mars est le mois de la mémoire sanglante d’un peuple maintenu sous la servitude d’un homme et de son clan (autour notamment du Parti Congolais du Travail) et qui pratique l’oligarchie bureaucratico-tribale (obumitri). Tout pour le clan, rien que pour le clan. Pire, ce deuil annuel est assombri depuis le 20 mars 2016 et la réélection controversée du président de la République, au terme d’un énième hold-up électoral de Sassou Nguesso Denis.

 

Un peuple n’oublie pas. Sinon il se perd. Alors, le peuple congolais se souvient en ce triste mois de mars : il y a quarante ans, du 18 au 23 mars 1977, trois leaders congolais, rien de moins que deux présidents de la République et un cardinal, étaient assassinés : le 18, le président en exercice Marien Ngouabi était abattu dans des circonstances jamais élucidées. Le 23, ce fut au tour du premier cardinal du pays Emile Biayenda de trouver la mort. Certains devaient lui reprocher d’avoir recueilli les dernières confidences du défunt président. Enfin, le 25 de ce triste mois de mars 1977, c’est l’ancien président de la République Alphonse Massamba-Débat qui était à son tour éliminé. Sa dépouille ne sera jamais rendue à sa famille.

Alphonse Massembla-Debat

Toutes les enquêtes relatives à ces crimes renvoient systématiquement au ministre de la Défense et de la Sécurité de l’époque… Denis Sassou Nguesso, dont la doctrine a toujours été : « le pouvoir au bout du fusil! ».

Cette année, la colère provoquée par une nouvelle date commémorative, se mêle aux pleurs du peuple congolais : le 20 mars 2016, il y a tout juste un an, le même Denis Sassou Nguesso était « réélu » président de la République au terme d’un scrutin bafoué. Il avait imposé, par un référendum lui aussi truqué, le 25 octobre 2015, son énième coup d’Etat, à savoir une modification de la Constitution de 2002, lui permettant ainsi de se représenter pour un nouveau mandat et de s’ouvrir la voie d’une présidence à vie.

 

Un régime dictatorial

 

Les propos sont d’une des leaders de l’opposition : « le Congo est occupé par une organisation criminelle qui tient lieu d’Etat. » Le Congo Brazzaville est le seul pays au monde où le même homme, Denis Sassou Nguesso, a accédé au pouvoir par un triple crime politique il y a quarante ans, où le même dictateur s’est maintenu pendant quarante ans, presque sans discontinuer, et a réussi le coup de force de commettre un coup d’Etat institutionnel lui permettant d’être réélu Président de la République au terme d’un scrutin truqué il y a tout juste un an.

Depuis un an, le pouvoir pratique l’apartheid ethnique, les coupures des moyens de communication, l’embastillent des dirigeants de l’opposition, la militarisation des quartiers, le gazage des populations aux lacrymogènes, les tirs à balles réelles et l’usage des hélicoptères de guerre contre les populations civiles aux mains nues, surtout dans le département du Pool, déstabilisé par des attaques de villages entraînant morts, disparus et des centaines de milliers de réfugiés.

 

Peuple congolais, courage !

 

Le peuple congolais pleure par respect pour ses morts mais reste debout, en colère et plus déterminé que jamais par devoir pour ses morts ! Les congolais gardent espoir mais la communauté internationale doit l’aider à obtenir ce qu’un peuple à mains nues n’obtiendra pas face à un pouvoir déterminé et prêt à tout.

L’espoir, c’est la communauté internationale ! Le Département d’Etat américain vient de condamner les violations des droits humains commises par le pouvoir congolais.

Le même pouvoir qui vient de demander l’aide financière du Fonds Monétaire International parce qu’à force de corruption, de gabegie, de confiscation à des fins personnelles des biens de l’Etat et des richesses du peuple, il est aux abois. Nous demandons instamment à sa Directrice générale, Madame Christine Lagarde, de refuser toute discussion tant que le pouvoir ne sera pas rendu au peuple qui endure misère et servitude depuis quarante ans.

Et puis, il y a la France, il y a l’Europe. Doit-on convoquer les grandes dates du passé ? L’appel de Brazzaville du général de Gaulle en 1944 ? Nous espérions beaucoup de François Hollande. Ses interventions en Centrafrique, au Mali en ont fait le président le plus africain de la Vème République. Le Congo se souvient de sa déclaration de 2014 à Dakar : « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie ». Mais pourquoi avoir abandonné le Congo Brazzaville ?  Il est encore temps d’agir, Monsieur le Président.

Et l’Europe, Madame Federica Mogherini, en charge de la politique internationale de l’Union Européenne, qu’attendez-vous pour aider le Congo ?

Le pays est occupé par un pouvoir illégitime. Il doit être libéré. L’élection du 20 mars 2016 était illégale. Elle ne peut produire aucun effet de droit. Au regard de la Constitution du 20 janvier 2002, la seule Constitution légitime de la République, le pouvoir est vacant depuis le 15 août 2016 à minuit. 

Le sort de Denis Sassou Nguesso sera celui de Blaise Compaoré et de Yahya Jammeh au Burkina  Faso et en Gambie.

En mémoire de Marien Ngouabi, du cardinal Emile Biayenda et d’Alphonse Massamba-Débat, morts il y a 40 ans, en mémoire de la démocratie congolaise, abattue pour la énième fois il y a un an, et avec l’aide de la communauté internationale, la démocratie triomphera tôt ou tard, et certainement au moment où nul ne s’y attendra plus…

Messe en souvenirs du cardinal Emile Biayenda

Quand une étincelle fera que les Congolais surmonteront leur peur et descendront dans les rues de Brazzaville pour bouter le pouvoir hors des murs de la Présidence et du pays.

 

Jean-Claude Miangouayila

 

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