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16H36 - jeudi 23 février 2017

Quoi de neuf au Congo-Brazzaville ?

jeudi 23 février 2017 - 16H36

Avocats duCongo_BrazzaNews

Violations des droits fondamentaux

Près d’un an après le scrutin présidentiel du 20/03/2016, le Congo s’enfonce dans une crise post-électorale dont nul ne connaît l’issue. Les attaques des populations du Pool et les arrestations arbitraires se font de façon quotidienne, méthodique et dans une quasi-indifférence générale. Le déni du droit voire l’absence de justice a suscité l’ire des avocats congolais qui sortent de leur réserve.

Le 13 mai 2016 la Justice française, sur le fondement de la compétence universelle, se disait compétente pour connaître de l’affaire dite des « disparus du Beach », malgré les requêtes en annulation formulées par le pouvoir de Brazzaville. En 1999, 353 jeunes hommes valides ayant fuit au Congo voisin ( RDC ) lors du conflit armé disparaîtront lors de leur rapatriement à Brazzaville.
Curieusement, le 17 février dernier, c’est un des témoins de cette affaire, le colonel Marcel Ntsourou qui trouvait la mort alors qu’il séjournait à la maison d’arrêt de Brazzaville depuis 2014 pour une peine d’emprisonnement à perpétuité.

Le lendemain de son décès, son avocat, maître Ludovic Désiré, est interpellé par les autorités congolaises. Des sources proches du colonel Marcel Ntsourou soupçonnent les autorités congolaises d’avoir procédé à l’interpellation de l’avocat pour lui soutirer les informations laissées par son client avant de périr sur l’affaire du Beach.

Si ces faits étaient avérés, ils constitueraient une violation grave du secret professionnel liant le conseil à son client et une atteinte à la relation intuitus personae. Contacté au téléphone par Opinion-internationale, maître Amédée Nganga dénonce une interpellation « superfétatoire qui s’apparente à du divertissement ». A l’heure où nous rédigeons cet article, maître Amédée Nganga nous déclare que son confrère, Me Essou, est toujours retenu.

A l’issue d’une assemblée générale qui s’est tenue le 20/02/2017, les avocats du barreau de Brazzaville ont décidé de suspendre leurs activités professionnelles pendant une durée de trois jours à compter du 21/02/2017. Ils dénoncent une violation de procédure puisque maître Ludovic Désiré Essou a été interpellé hors présence du bâtonnier ou du procureur général près la Cour d’appel de Brazzaville.

Leurs homologues de Pointe-Noire ont pris une décision plus radicale en suspendant leurs activités auprès des cours et tribunaux jusqu’à la libération de Me Essou. Les avocats congolais, préoccupés par les conditions d’exercice de leur profession, exhortent le Parquet et la Gendarmerie Nationale au respect de la Loi car ce n’est pas la première fois que les autorités procèdent à l’arrestation d’un des leurs.


Inquiétudes
sur le sort des prisonniers d’opinion

Accusé de « détention d’armes de guerre » et d’ « atteinte à la sécurité de l’Etat », André Okombi Salissa a été placé en mandat de dépôt le 23 janvier 2017 en dépit de l’immunité parlementaire dont il bénéficiait en tant que député. Ce jour-là, son avocat sénégalais maître Boucounta Diallo sera brièvement interpellé alors qu’il était en charge de la défense des intérêts de son client, et il sera conduit à la Direction générale de surveillance du territoire ( DGST ). Déclarant à sa sortie avoir assisté « au deuil du droit au Congo-Brazzaville » , il est rentré à Dakar faire l’éloge de la justice congolaise.

L’arrestation de l’ancien candidat à l’élection présidentielle est intervenue après le décès de son frère cadet Roland Gambou ( le 21/12/2016 ), lui-même placé en détention à la maison d’arrêt de Brazzaville pour le motif de détention d’armes de guerre. La famille du défunt accuse les autorités nationales d’être responsables de sa mort en évoquant les tortures qu’il aurait subies.

Incarcéré depuis novembre 2015 pour « incitation aux troubles à l’ordre public », Paulin Makaya, autre détenu politique, a vu sa peine de deux ans de prison ferme aggravée suite à une fusillade survenue à la maison d’arrêt le 29/12/2016. Il est désormais poursuivis pour « possession illégale d’armes et atteinte à la sécurité nationale » et le verdict de son procès a été reporté au 21/03/2017.

Amnestyinternational, qui dénonce les irrégularités de la procédure judiciaire, demande la libération de Paulin Makaya et s’inquiète de l’état de santé de ce-dernier. Par la voix d’Olivia Tchamba, chargée de campagne, l’ONG déclare que sa situation physique est inquiétante. Il est empêché d’accès à son médecin personnel, privé de visites, et il présenterait des plaies purulentes sur le corps.

Enfin, le sort réservé à Jean-Marie Michel Mokoko ne fait plus aucun doute devant la volonté de puissance de Sassou Nguesso Denis. A l’évocation d’une libération éventuelle du candidat à l’élection présidentielle, le chef congolais réponds sans coup férir « Mokoko périra là où il est ».

Jean-Claude Miangouayila

Photo : BrazzaNews

 


Pour en savoir plus : 

Seneweb.com
Entrecongolais.com
Rfi.fr
Jeuneafrique.com
Lemonde.fr
lasemaineafricaine.net

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