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07H02 - mardi 13 septembre 2016

Guy Charles Madede : « 2017, sera l’année du peuple congolais »

mardi 13 septembre 2016 - 07H02

Financier de formation, Guy Charles Madede est un fervent militant pour un Congo libre. Il vient de publier son premier livre, un essai intitulé Osons la République au Congo. A sa manière, il espère contribuer à la prise de conscience du peuple congolais et à l’instauration d’un régime politique stable au Congo Brazzaville, d’où il est originaire. Entretien.

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Vous êtes l’auteur de l’essai « Osons la République au Congo ». Pourquoi cet ouvrage ?

C’est à la fois l’aboutissement de toute une vie, de mes réflexions, et le commencement d’une action nouvelle. Auparavant j’étais plutôt observateur dans des mouvements de société civile ou des partis politiques. Ce livre « Osons la République au Congo » est une façon pour moi d’aider l’opposition qui n’arrive pas à faire chuter le tyran en place. Je croyais en 2015 possible de désigner un seul candidat de l’opposition à l’élection de 2016, et donc je croyais en cette élection.

J’ai commencé en 2013 cette réflexion avec l’idée d’une primaire. A ma grande surprise, mes recherches m’ont mené à découvrir qu’il fallait avant tout changer la Constitution congolaise qui ne permet pas une alternance dans la transparence. L’opposition devait donc rentrer en résistance et ne pas concourir à une élection pipée et courue d’avance, comme nous l’avons constaté en plusieurs étapes jusqu’à la réélection de Sassou-Nguesso le 20 mars dernier.

Dans notre dictature, l’alternance démocratique est impossible. D’où « Osons la République au Congo ». C’est aussi un moyen d’amener les peuples opprimés d’Afrique et les Congolais à oser la République. C’est un héritage pour les générations futures.

N’est-ce pas trop tard ? La réélection discutée de Denis Sassou Nguesso le 20 mars dernier n’enterre t-elle pas tout rêve de démocratisation ?

Non. J’étais en train d’écrire le livre lorsque les changements de la Constitution ont été abordés. J’espérais une Constitution républicaine.
Ce régime a fauté sur tous les plans : juridique, politique, droits de l’homme, référendum du 25 octobre. La Constitution du 6 octobre 2015, n’est que le pâle sosie de la Constitution de 2002.

Tout ce que le régime fait nous encourage, nous le peuple, à aller vers la démocratie. Sa réélection n’est qu’une étape d’encouragement supplémentaire. Le peuple était dans le noir pour voter, pas d’électricité, d’accès à internet, à l’information. Sassou Nguesso a fait un pas de plus sur le chemin de la dictature. Je pense que plus le peuple est opprimé, plus il cherche la liberté. La seule ouverture de Denis Sassou Nguesso serait de lâcher un peu de liberté.

Comment est la scène politique actuelle au Congo : les leaders de l’opposition sont ils incarcérés, divisés, confiants ?

Nous avions co-fondé il y a quelques mois le CNRT (Conseil national de la résistance et de la transition). Ce mouvement a été court-circuité par l’opposition congolaise. Cette même opposition qui a créé le FROCAD pour obliger le régime à organiser une présidentielle transparente. Certains anciens ministres de Sassou ont alors démissionné et ont formé l’IDC. Ils se sont joints au FROCAD. FROCAD – IDC disait vouloir une alternance démocratique transparente. Le CNRT, lui, travaillait à un soulèvement populaire pour la chute du tyran.

Les membres IDC-Frocad qui sont allés à l’élection, en ordre dispersé évidemment, l’ont fait pour faire illusion d’une opposition. Ils ont reçu de l’argent pour faire cela. Bref, plusieurs leaders politiques dits de l’opposition se sont dévoilés comme étant au service du dictateur en place.

Il nous faut susciter de nouveaux leaders politiques au Congo, les leaders actuels ne sont pas clairs dans leur positions. Quelques jeunes militants pour la démocratie sont aussi les lueurs d’espoir au Congo.

Une opposition existe dans la diaspora congolaise. Pour ma part, je ne me dis pas opposant mais résistant. L’opposition suppose de pouvoir renverser la tendance par les urnes, ce qui n’existe pas dans une dictature, comme nous l’expliquons dans Osons la République au Congo, arme de la chute du tyran.

Comment la société civile vit-elle ce nouveau mandat ?

La société civile ne peut pas être active car elle est bâillonnée. La société civile, c’est le peuple donc ceux qui ne partagent pas le pouvoir. A l’étranger aussi, la société civile est menacée. Certaines associations existent en France mais elles sont financées par le régime.

Nous voulons l’aider en regroupant toutes les énergies disponibles avec Osons la République au Congo. Nous souhaitons lever des fonds et développer des projets économiques au pays. Peut-être que par ce biais, la société civile aura la possibilité de s’exprimer. Sans la société civile, sans le peuple, le combat sera encore plus difficile.

Quels sont vos espoirs pour le Congo ?

Aujourd’hui, je pense que 2017 est une bonne année pour le Congo. Les Congolais lisent Osons la République au Congo et les choses sont en train d’éclore. 2017 sera l’année du peuple.

L’objectif « Sassou dégage » ne peut pas être l’idéal du changement, un autre système politique, la république, oui. Une seule chose peut freiner le processus : que le peuple ne s’approprie pas l’idée de la république.

 

Propos recueillis par Stéphanie Petit

Pour se procurer l’essai Osons la république au Congo : http://www.editionslibreafrique.fr/index.php

livre Charles

Journaliste