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15H04 - lundi 22 août 2016

Leçon 10 : Conserver le pouvoir à tout prix

lundi 22 août 2016 - 15H04

En froid avec ses partenaires occidentaux (Union européenne et Etats-Unis) qui l’asphyxient financièrement, Denis Sassou Nguesso s’est tourné vers son homologue chinois Xi Jinping pour solliciter une aide afin de payer fonctionnaires et mercenaires, continuer à faire prospérer le commerce des armes et entretenir la gabegie de son petit clan. A l’affût du pouvoir, son fils Denis Christel Sassou Nguesso n’en finit pas de voir son image d’héritier illégitime ternie par sa propension à dilapider le pétrole congolais.

Denis-Christel-SN

Denis Christel Sassou Nguesso – Crédit photo : denischristel.cg

Prélude d’une fin annoncée

C’est accompagné de son épouse, ses fils, ses neveux, ses nièces, ses maitresses, ses ministres, ses experts en gage de ressources naturelles, ses valets en tous genres, ses chiens, ses chats et ses marabouts que Denis le mal-entouré s’est envolé du 4 au 8 juillet pour la Chine, pour ce qui ressemble bien à sa dernière sortie hors du continent africain.

L’hôte chinois aurait consenti à lui verser un don de près de 27 millions d’euros pour tenir quelques semaines de plus au pouvoir, en contrepartie de la signature de plusieurs accords pour la construction d’infrastructures dont le financement pèsera par les générations futures congolaises. Jamais assez reconnaissant avec ses donateurs, Denis le sans scrupules a accordé à la société Wing Wah Petrochemical Joint Stock Company Limited, un permis d’exploitation d’hydrocarbures d’un gisement situé dans le sud-est du département de Pointe-Noire, dont les réserves sont estimées à 201 millions de barils sur 25 ans.

Enfin, cherchant à s’affranchir du principe de parité fixe liée à la convertibilité du franc CFA à l’euro, Denis le fossoyeur de la Nation et Xi Jinping ont passé un accord financier permettant au franc CFA d’être directement convertible en yuan, avec comme aspect pratique le paiement direct en franc CFA en Chine et en yuan au Congo. Pourtant, Sassou Nguesso n’a aucune compétence pour signer un tel accord sachant que le franc CFA, monnaie communautaire battue à Clermont-Ferrand, engage tous les pays de la Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC) ainsi que le Trésor Public français qui en garantit la convertibilité. Quelle sera la réaction de Paris?

En s’abstenant de payer le 30 juin dernier une obligation de 478 millions de dollars émise en 2007 vis-à-vis du Club de Paris, le Congo a vu sa note souveraine abaissée de « B » la catégorie des obligations dites hautement spéculatives à « C » la catégorie des obligations comportant un risque de crédit exceptionnellement élevé. Par ailleurs, la note du Congo risque d’être dégradée en catégorie « D » celle des pays en défaut de paiement. Le gouvernement congolais a beau claironner avoir remboursé 21 millions de dollars le 8 août dernier, rien ne prouve que le versement ait été effectif. Rendez-vous en septembre pour la décision de l’agence britannique de notation Fitch qui pourrait bien sonner le glas des aventures de Tintin Denis au Congo.

Notons que la dernière fois que le Congo s’est retrouvé dans cette situation financière, Denis le démolisseur infatigable avait été obligé d’organiser la conférence nationale qui allait entrainer sa perte du pouvoir en 1991. Mais il reviendra au pouvoir par les armes en 1997 avec l’ambition d’instaurer une véritable monarchie…

 

Le pouvoir de père en fils

Denis Christel Sassou Nguesso surnommé « Kiki le pétrolier », est déjà député d’Oyo ( nord du pays) et directeur général adjoint de la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC). Son nom est apparu dans l’affaire dite des Panama Papers, des documents émanant du cabinet Mossack Fonseca, une firme panaméenne chargée de domicilier des sociétés dans des paradis fiscaux. Kiki le malintentionné aurait sollicité le cabinet d’avocats pour créer une société domiciliée aux iles Vierges britanniques, la Phoenix Best Finance Ltd, avec pour objectif de détourner l’argent du pétrole du Congo. Depuis des années, le Congo-Brazzaville de Denis Sassou-Nguesso est dénoncé pour sa gestion opaque et personnalisée de la manne pétrolière et le scandale des Panama Papers illustre de façon grotesque la main mise des Nguesso dans les richesses pétrolières du Congo.

Le fils Sassou Nguesso serait également associé à un réseau international de blanchiment d’argent utilisant des méthodes de dissimulation sophistiquées via des établissements bancaires appartenant au clan Nguesso dans différents pays d’Afrique. Les premières têtes viennent de tomber du côté de la justice lusitanienne avec les placements en détention de l’homme d’affaires portugo-congolais José Veiga et du directeur financier d’Asperbras José Mauricio Caldeira. Ils sont accusés de fraude fiscale, de corruption et de blanchiment d’argent notamment dans leurs relations malhonnêtes avec la République bananière du Congo et ses chefs, Denis le caïd et Kiki le rejeton. Ils devront expliquer la sur-facturation de nombreux marchés par la filiale congolaise de la société brésilienne Asperbras, notamment celui des 4000 forages hydrauliques facturés à cent mille dollars l’unité soit dix fois le prix normal.

Voulant soigner son image, Kiki s’est lancé dans la philanthropie avec sa fondation  « Perspectives d’avenir » financée par des fonds publics, pour œuvrer dans le domaine éducatif par le versement de bourses et de kits scolaires. Bien entendu, tout étudiant qui s’oppose au pouvoir en place ne saurait bénéficier d’une bourse de la fondation qui œuvre en vérité pour la cause personnelle et politique du fils Nguesso. A l’instar de son père, Kiki l’héritier, ne supporte aucune contestation dans ses initiatives carito-politiques. Pour avoir brûlé publiquement des fournitures scolaires à l’effigie de Kiki le mégalomane, le collégien Stevy Loïc Mayoussa, âgé de quinze ans, a été tué par balles le 6 décembre dernier à Dolisie par des policiers venus l’interpeller.
Pour Kiki l’usurpateur du pétrole congolais tout ne semble que « ordre et beauté, luxe, calme et volupté ».

 

A l’instar de la « Conférence de la société civile sur la participation citoyenne et la promotion de la Démocratie en Afrique » qui s’est tenue à Dakar les 18 et 19 juillet, les sociétés civiles africaines francophones doivent s’investir davantage et peser de tout leur poids pour améliorer la gouvernance démocratique.

Le peuple congolais doit se libérer de sa servitude et reconquérir sa liberté. Il doit se soulever car il est le seul qui puisse s’affranchir de l’assujettissement sous peine de reprendre les mêmes et de sombrer dans l’abime. D’ailleurs, devant près de 600 000 jeunes réunis à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse à Cracovie, le pape François a appelé les fidèles à se rebeller contre « ceux qui refusent le changement». Il est temps de s’unir en faveur de cet objectif commun : l’alternance politique et le respect des institutions.
Alors « Osons la République!».

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