Monde / World
Arménie /
09H51 - jeudi 21 avril 2016

Le conflit du Haut-Karabagh, théâtre d’un chassé-croisé de réfugiés

jeudi 21 avril 2016 - 09H51

Le 2 avril dernier, l’Azerbaïdjan a réactivé militairement son conflit avec l’Arménie dans la région du Haut-Karabagh en lançant une attaque lourdement armée.

Carte du Haut-Karabagh - Source : Courrier international

Carte du Haut-Karabagh – Source : Courrier international

Merci Staline ! En 1923, le petit père des peuples décide d’annexer le Haut-Karabagh, peuplé à 80 % d’arméniens, à la République soviétique socialiste d’Azerbaïdjan, lui donnant le titre de région autonome. Cet acte constitue le prélude à un long conflit entre l’Arménie chrétienne et l’Azerbaïdjan musulmane. Presque vingt ans, une guerre, un cessez-le-feu, 25 000 morts et 1 million de personnes déplacées plus tard, la région est toujours disputée par les deux pays.

 

L’autoproclamation de la République du Haut-Karabagh, entérinée par référendum en décembre 1991, a laissé la communauté internationale indifférente, l’État du Haut-Karabagh n’étant réel que dans l’imaginaire de ses habitants. Turquie, Russie, Union européenne, États-Unis, Iran… Ce conflit mêle autant de puissances que d’enjeux stratégiques, sa reconnaissance cristallisant ainsi des jeux d’alliances.

 

Véritable casse-tête géopolitique, les réfugiés sont les grands oubliés de ce conflit alors qu’ils constituent un vrai enjeu de négociation de paix.

 

Une migration différenciée selon la nationalité

Le conflit au Haut-Karabagh est né d’un tracé de frontière aléatoire en 1923 du temps de l’URSS. Peuplé alors de plus de 80 % d’arméniens, l’annexion de cette région à l’Azerbaïdjan devient le point de départ d’un chassé-croisé de migrants dont la trajectoire et la protection seront définies par la nationalité. Un réfugié, tel que défini par la convention de Genève, fuit un pays A pour trouver refuge dans un pays B. Une personne déplacée ne franchit pas de frontières internationales et ne peut donc être qualifiée de réfugié.

Ainsi, les Azéris, présents dans le Haut-Karabagh et contraints de migrer, sont des déplacés internes puisque la région dépend toujours, selon le droit international, de l’Azerbaïdjan.

 

L’Arménie, sortie vainqueur de la guerre (1988-1994), Erevan domine donc, depuis le cessez-le-feu, la région du Haut-Karabagh ainsi que 15 % du territoire azéri. Durant cette période, le Haut-Karabagh revendique d’abord son rattachement à l’Arménie, puis décrète finalement son indépendance en 1991. La résolution du conflit par un cessez-le-feu en 1994 donne lieu à une situation très étrange : le Haut-Karabagh, indépendant officieusement, dominé par l’Arménie dépend officiellement de l’Azerbaïdjan. Cette configuration kafkaïenne a provoqué d’importants déplacements de personnes qui n’ont pas tous la même appellation, ni donc la même protection.

 

Sont réfugiés, les Arméniens du Haut-Karabagh qui fuient ce territoire ou l’Azerbaïdjan. Les Arméniens originaires de l’Azerbaïdjan dont l’ex-région autonome soviétique du Haut-Karabakh. Sont déplacés internes, les Azéris du Haut-Karabagh.

 

Mais le conflit a brassé des déplacements plus larges, au-delà des frontières du Haut-Karabagh, les Azéris d’Arménie et les Arméniens d’Azerbaïdjan (hors territoire disputé), mais également les Azéris des territoires occupés par l’Arménie en périphérie du Haut-Karabagh.

 

Le droit international ne dispose d’aucun instrument universel garantissant la protection des personnes déplacées contrairement aux réfugiés. En 1998, un texte conjointement initié par l’Assemblée générale de l’Onu et la Commission des droits de l’homme reprend les principes directeurs relatifs aux personnes déplacées. Bien que l’intention soit louable et tente de donner un statut aux personnes déplacées, ce texte est purement déclaratif et creuse un peu plus l’asymétrie de protection entre les catégories de migrants.

 

L’action de la communauté internationale : entre assistance humanitaire et velléités de reconnaissance

La communauté internationale a été mêlée très tôt à ce conflit. En effet, en 1992, l’OSCE a créé le groupe de Minsk co-présidé par la Russie, les États-Unis et la France, dont l’objectif était de promouvoir un processus de paix. Cependant, la situation n’évoluant ni vers une guerre ouverte ni vers une paix pérenne semblait ne déranger aucun des médiateurs, chacun ayant des intérêts avec l’un des belligérants. Mais pendant ce temps, le Haut-Karabagh se construisait en un véritable État démocratique, avec un Président, des institutions et un revenu moyen plus élevé que celui d’Azerbaïdjan.

 

Véritable berceau de la culture arménienne, le Haut-Karabagh est sans nul doute historiquement plus proche de l’Arménie que de l’Azerbaïdjan. Et même si ce n’est pas l’avis du droit international, cette thèse semble accréditée par de nombreux pays dont la France qui, malgré une neutralité officielle, accueille une représentation du Haut-Karabagh. Il serait de l’intérêt des personnes déplacées que ce parti pris diplomatique se transforme en véritable position.

En effet, le Haut Commissariat aux réfugiés, rappelant dans un communiqué que ses équipes ont suivi les différents déplacements – fuites, intégrations, retours – de ces populations vulnérables depuis 1992, s’inquiète de la situation au Haut-Karabagh, suite à l’agression azérie. Il exhorte à la protection des réfugiés et apporte son soutien en la matière à Erevan et Bakou,.

 

L’Onu a relevé un nombre conséquent de personnes déplacées depuis les années 1980, période qui a vu naître des mouvements d’indépendance dans la région du Caucase s’accompagnant de nombreuses contestations de frontières. Les anciennes Républiques soviétiques, aujourd’hui membres de la CEI (Communauté des États indépendants) ont un rapport très ambivalent au droit d’asile. Leurs territoires abritant déjà de nombreux déplacés internes et cumulant des situations socio-économiques difficiles, les populations sont réticentes à l’égard des réfugiés. De plus, selon le Haut Commissariat aux réfugiés, extrapolant l’inimitié entre l’Azerbaïdjan musulmane et l’Arménie chrétienne, « la méfiance s’accroît entre peuples slaves et caucasiens, au sein de la CEI, exacerbée par la guerre en Tchétchénie et la hantise de menaces terroristes ».

 

Il est difficile de distinguer la victime du bourreau dans le cas du conflit du Haut-Karabagh  puisque chaque belligérant revendique cette région, arbitrairement annexée il y a près d’un siècle. Aux arguments historiques se mêlent les revendications culturelles ou encore l’état du droit international, mais derrière ce conflit territorial, il y a des déracinés qui n’ont d’identité ni en Arménie ni en Azerbaïdjan.

 

Le conflit du Haut-Karabagh en quelques dates

1923 : Staline annexe le NKR à l’Azerbaïdjan                 

1991 : indépendance de l’Arménie et l’Azerbaïdjan sans résolution du problème du Haut-Karabakh       

1992 : Création du groupe de Minsk par l’OSCE

1988-1994 : guerre consécutive à la Sécession du Haut-Karabakh       

1994 : Cessez-le-feu et victoire arménienne

2016 : Attaques d’envergure de l’Azerbaïdjan

 

Données[i]

146 000 habitants

Capitale : Stepanakert

Président : Bako SAHAKIAN

Monnaie : Dram arménien 

[i] Représentation du Haut Karabakh en France http://www.haut-karabagh.com