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17H17 - mercredi 20 avril 2016

La dictature en dix leçons par Denis Sassou Nguesso : leçon 1

mercredi 20 avril 2016 - 17H17

Le chef autoproclamé de l’État du Congo a été investi samedi 16 avril de son nouveau mandat de cinq ans, devant une belle brochette d’homologues africains brillant également par leur longévité au pouvoir. Pour la population soumise à l’état d’urgence militaire et aux restrictions de circulation, l’heure n’est pas à la fête.

Crédit photo : congo-objectif2050.com

Crédit photo : congo-objectif2050.com

Voilà, c’est fait ! Denis Sassou Nguesso a repris sa place encore chaude dans sa chère nouvelle République qui le protège de toute poursuite pour crime ou délit (article 96 de la Constitution d’octobre 2015), tout en lui garantissant quinze années supplémentaires de règne puisque son mandat de cinq ans est renouvelable deux fois (article 65). « Je jure de respecter la Constitution ! » a-t-il déclaré solennellement, ovationné au palais des Congrès de Brazzaville. Rappelons que la Constitution de 2002, qu’il avait aussi juré il y a cinq ans de respecter, il l’a balayée d’un revers de main en la modifiant pour briguer un troisième mandat.

Lors de la cérémonie d’investiture, il a dressé la liste de tous les maux qui rongent le pays et qu’il est résolu à combattre : « La paresse, le laxisme, l’irresponsabilité, l’inconscience, la corruption […] la fraude, la concussion, l’ethnocentrisme, ou l’instinct grégaire, le népotisme et la tendance à la gabegie ». Vaste programme ! On ose à peine se demander ce qu’il a fait à ce sujet en dix ans de présidence. Quant à la libération des prisonniers politiques, l’arrêt des bombardements dans le Pool, le rétablissement de la liberté de circulation des membres de l’opposition, on peut encore attendre. Apparemment. Tant pis, allons seulement !

Réputé très généreux avec ses partenaires grâce à son célèbre et intarissable chéquier, Denis Sassou Nguesso avait mis pour l’occasion les petits plats dans les grands : le dîner était réussi. Assis à la table des grands, Jean-Louis Borloo, aurait tenté, entre la poire et le fromage, de s’enquérir de la situation militaire du pays. « On ne parle pas la bouche pleine ! » aurait rétorqué le monarque congolais.

 

L’espoir venu du Canada

Le 17 avril au matin, les Congolais accusaient une sévère gueule de bois. Après le faste télévisuel de la veille, rude fut leur retour à la réalité : mutisme des dirigeants de l’opposition assignés à résidence, poursuite des bombardements dans le Pool pour traquer le désormais célèbre pasteur Ntumi…

La seule consolation est venue du pays du froid. L’État canadien en effet a officiellement déploré par les voix de ses ministres des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, « le processus électoral irrégulier qui a mené à l’investiture aujourd’hui de M. Denis Sassou Nguesso à titre de président de la République du Congo ». Ils ont par ailleurs regretté les « différentes arrestations arbitraires, les restrictions imposées sur les télécommunications et la libre circulation, et les tentatives d’intimidation des médias ». Vive le Québec, libre !

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