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18H02 - samedi 9 avril 2016

Tirs nourris sur les civils : le spectre de crimes politiques imprescriptibles

samedi 9 avril 2016 - 18H02

Les violences qui ont éclaté dans les quartiers Sud de Brazzaville le lundi 4 avril se sont déplacées vers diverses localités du Pool. Les attaques menées par l’armée ciblaient les populations de l’ethnie Lari.

 

Les attaques à l’arme lourde se sont poursuivies jusqu’à hier, vendredi 8 avril, dans les localités de Mbamou, Goma Tsé-Tsé, Ntsouélé, Bouambouri et Diata, du département du Pool. Les sources locales font état d’une cinquantaine de victimes civiles. Selon les témoins, les attaques auraient été menées d’une part par des hélicoptères et d’autre part au sol par des hommes cagoulés armés de lance-flammes, brûlant tout sur leur passage.

Deux écoles primaires auraient été détruites à Soumouna, localité considérée, à l’instar de Mayama, comme un fief de Frédéric Bitsamou dit pasteur Ntumi. De retour après leur fuite, des habitants de Soumouna disent avoir vu des cadavres dans les rues, essentiellement de jeunes hommes, et s’inquiètent du sort de ceux qui se sont cachés dans les forêts environnantes, elles aussi bombardées.

Alors que les services officiels congolais n’ont pour le moment dressé aucun bilan humain de ces attaques, l’ambassade de France au Congo déconseille à ses ressortissants de se rendre dans le Pool, en particulier à Mindouli et Kinkala.

Maître Dominique Kounkou, avocat au Barreau de Paris et originaire de la localité de Soumouna, se dit inquiet pour ses proches et explique pourquoi, selon lui, son village est ciblé. Il rapporte que le pasteur Ntumi, originaire de Mayama, y a fait construire un dispensaire et une école pour s’attacher les faveurs de cette population, environ 250 habitants d’une vingtaine de familles, traditionnellement hostiles au pouvoir en place.

 

Un contentieux historique

Le département du Pool, dont la capitale est Kinkala et qui compte environ 240 000 habitants, est un bastion historique de la résistance au régime de Denis Sassou Nguesso. Il se dit que le chef de l’État n’y aurait quasiment obtenu aucune voix lors du suffrage présidentiel du 20 mars dernier. Maître Kounkou, qui évite tout contact direct avec sa famille « pour ne pas les exposer », s’inquiète du sort des siens, victimes par la présence de Ntumi, et condamne « ces attaques systématiques vis-à-vis d’un groupe déterminé ». Il dénonce la haine du président Sassou Nguesso envers la population Lari, déjà durement meurtrie après son coup d’État militaire en 1997.

Maître Kounkou « en appelle à la solidarité internationale pour venir en aide aux survivants en totale détresse et pour reconstruire ce village ruiné ».

Il semble qu’après avoir sommé la Cour constitutionnelle de déclarer sa victoire Denis Sassou Nguesso, qui déclarait un jour « jamais je ne pardonnerai aux populations du Pool leur prise de position dans la guerre civile de 1997 », a décidé de mettre au pas la population Lari, et peut importe les moyens ; véhicules blindés, hélicoptères de combat, canons…