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19H09 - mercredi 6 avril 2016

Congo, tuer pour un mandat de plus

mercredi 6 avril 2016 - 19H09

C’est dans un climat de violence que la Cour constitutionnelle a validé la réélection pour un troisième mandat du président Denis Sassou Nguesso. Après les affrontements à l’arme lourde dans les quartiers Sud de Brazzaville lundi, les combats se sont déplacés vers les localités de Soumouna et de Mayama, laissant la  capitale, hier mardi, à un calme précaire.

Crédit photo: CNRT/Congo

Crédit photo: CNRT/Congo

La localité de Soumouna située à 45 kilomètres au Sud de Brazzaville est considérée comme le fief du pasteur Frédéric Bitsamou Ntumi que le gouvernement accuse d’avoir provoqué les violences de lundi.

Interrogé sur RFI le 5 avril, Jean-Gustave Ntondo secrétaire général du Conseil national des républicains, le parti du politique du pasteur Ntumi, relatait ainsi l’attaque de bâtiments de la commune de Soumouna par un hélicoptère Apache : « Il y avait un militaire avec un fusil mitrailleur à la portière. […] Pendant qu’il pilonnait avec des obus, le militaire à la portière tirait avec son fusil mitrailleur. »

Selon des sources locales, la localité de Mayama, où le pasteur Ntumi a fait construire des écoles et des dispensaires, a également été la cible d’attaques. Nos témoins évoquent aussi une intervention militaire au sol. Aucun bilan n’a encore été dressé par le gouvernement mais certaines sources font état d’une trentaine de victimes civiles.

Crédit photo: CNRT/Congo

Crédit photo: CNRT/Congo

Le traumatisme des populations déplacées

Beaucoup de familles ayant quitté les zones d’affrontements lundi se sont réfugiées dans des lieux publics moins exposés. Certaines personnes disent avoir été témoins pendant leur fuite de scènes de pillage et de racket perpétrés par les forces armées congolaises.

Depuis lundi, les habitants des quartiers de Brazzaville, principalement Bacongo et Makelekele, visés par des tirs nourris, dénoncent une manœuvre du pouvoir qui prétend combattre les ex-combattants Ninjas, alors qu’il ne s’agirait que de simples civils dont le seul tort est d’appartenir à l’ethnie Lari.

Plusieurs d’entre eux déclarent avoir entendu les assaillants parler en Lingala, dialecte des Mbochis, de l’ethnie du chef de l’État, et certains membres de ces commandos auraient été identifiés comme membres de la milice privée du député Aimé Hydevert Mouagni.

Les populations accusent le général Jean-Francois Ndenguet, directeur de la police, d’avoir recruté d’anciens miliciens pour réprimer les opposants au régime de Denis Sassou Nguesso.

 

 

L’impuissance de l’opposition congolaise

L’opposition congolaise qui par la voix de Guy Brice Parfait Kolélas a demandé une enquête sur les dernières violences accuse le gouvernement d’avoir créé les troubles afin de permettre la proclamation des résultats disputés du scrutin présidentiel. Charles Zacharie Bowao, coordinateur de la coalition de l’opposition IDC-FROCAD invite, via les réseaux sociaux, la communauté internationale à « créer les conditions d’un dialogue politique en vue de sortir le Congo de la crise ».

Interrogé par la radio RFI hier mardi depuis son domicile, le général Jean-Marie Michel Mokoko s’est plaint de son encerclement et de son isolement par les forces armées congolaises et condamne l’arrestation de ses principaux collaborateurs. Il dit rester serein mais déclare « s’attendre à tout ».

Le Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale, Abdoulaye Bathily, s’est dit « vivement préoccupé » de la situation et appelle les parties prenantes à « faire preuve de retenue ».