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16H28 - lundi 4 avril 2016

Un régime à la dérive

lundi 4 avril 2016 - 16H28

Alors que les résultats définitifs du scrutin présidentiel sont encore attendus, la partie sud de la capitale congolaise s’est réveillée au son des coups de feu tirés par des éléments de la force publique à la recherche de bandits. Si un premier bilan de 15 morts reste à confirmer, les quartiers sensibles se vident peu-à-peu de leurs habitants. Les mêmes bruits de tirs nous sont rapportés depuis la ville portuaire de Pointe-Noire. Le régime en place continue d’orchestrer son passage en force, multipliant les arrestations arbitraires sans prêter aucune attention aux inquiétudes émises par la communauté internationale.

Crédit photo : BrazzaNews - Tous droits réservés

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Les autorités de la république du Congo continuent d’arrêter les opposants politiques ainsi que toute personne manifestant publiquement son désaveu du régime de Denis Sassou Nguesso.

Parmi eux se trouvent Jean Ngouabi, Anatole Limbongo Ngoka, Christine Moyen et Dieudonné Dhird de l’équipe de campagne de Jean-Marie Michel Mokoko. L’équipe du candidat Okombi Salissa a également été touchée avec l’arrestation de Raymond Ebonga, Serge Blanchard Oba et de Kostellie Aboyo Issami. Cette dernière a été interpellée à son domicile le 30 mars à 4 heures du matin, devant son époux et ses enfants. Son arrestation brutale et les violences qu’elle subirait en détention ont soulevé une vague de contestations au sein de la société civile, congolaise et africaine, qui demande sa libération sans conditions.

Les organisations des droits humains appellent les autorités à respecter la liberté de manifester pacifiquement et réclament la maîtrise des forces de sécurité.

Contacté par Opinion internationale, Christ Freeman Bouka, coordinateur adjoint du mouvement Ras-le-bol a exprimé sa peur. Il nous a rapporté que lui et les membres du collectif citoyen vivent sous les menaces d’arrestation en raison de leurs activités militantes. Il leur est quasiment interdit de se déplacer ou de se réunir alors que les forces armées quadrillent toujours leurs quartiers.

Le 29 mars, jour de désobéissance civile dont le mot d’ordre avait été lancé par l’opposition pour contester le vol de l’élection par Denis Sassou Nguesso, ce dernier avait sillonné les administrations publiques afin d’identifier les personnes absentes. Devant le ministère de la Fonction publique et de la réforme de l’État, il avait menacé de retirer leur statut de fonctionnaire aux grévistes. Organisant lui-même sa répression, il a déclaré devant quelques fonctionnaires : « Je voudrais rayer ceux qui ne sont pas là parce qu’ils ne méritent pas d’être là. Il me faut cette liste au plus vite… »

 

Incident diplomatique

L’Ambassadeur du Gabon au Congo, monsieur René Makongo, qui réside officiellement avec sa famille à l’hôtel Saphir depuis le 11 novembre dernier, a vu la porte de sa chambre forcée à 3 heures du matin dans la nuit du 1er au 2 avril par un commando de près de 300 hommes de la police locale. Ils y ont fait irruption sous prétexte de rechercher une douzaine de personnes suspectées de terrorisme. Selon le porte-parole de la police, le colonel Jules Monkala Tchoumou, « personne n’a été brutalisé ni interpellé ».

S’exprimant sur RFI, le PDG de l’établissement Joe Washington Ebina, qui n’a jamais caché son opposition au régime en place, déplore cette perquisition irrégulière qui a provoqué le départ de clients, créant un manque à gagner important pour son entreprise.

 

Crise postélectorale

Par ailleurs, une rumeur persistante circule au sujet de la proposition par Denis Sassou Nguesso du poste de Premier ministre à Guy Brice Parfait Kolélas. Ce que dément ce dernier. Le pouvoir joue ainsi sur la tension entre lui et le général Jean-Marie Mokoko, arrivés respectivement premier et second au terme du scrutin présidentiel du 20 mars, selon le rapport du 2 avril de la Commission techniques des élections (CTE) qui a, tant bien que mal, recueilli 80 % des procès-verbaux des résultats du vote.

Dépêché par Denis Sassou Nguesso à Addis-Abeba pour défendre sa victoire électorale, le ministre des Affaires étrangères Jean-Claude Ngakosso a été éconduit par Dlamini Zuma, présidente de la commission de l’Union africaine. Elle a signifié son mécontentement devant les irrégularités qui ont entaché le déroulement du scrutin présidentiel et parlé de « véritable recul de la démocratie et des valeurs partagées contenues dans la Charte africaine sur la démocratie et les élections ».

Présent à Niamey au Niger le 2 avril afin d’assister à l’investiture du président réélu Mahamadou Issoufou, Denis Sassou Nguesso a tenté de monnayer le soutien de ses homologues africains présents à cette cérémonie. Attendu au Bénin, le 6 avril, à l’occasion de l’investiture de Patrice Talon, il poursuivra sans doute sa tournée de lobbying pour la reconnaissance de son régime à l’étranger.

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