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11H08 - mercredi 30 mars 2016

Denis Sassou Nguesso prend le Congo en otage

mercredi 30 mars 2016 - 11H08

Après avoir pendant trois jours coupé le peuple congolais du monde pour lui voler l’élection du 20 mars, Denis Sassou Nguesso, sourd aux appels à la raison de la communauté internationale, accentue la répression et enferme le pays en état d’urgence.

 

Brazzaville-Daddys D. Nsouami Fb

Malgré les nombreux rapports d’irrégularités qui ont suscité des doutes quant à la crédibilité du processus électoral au Congo, le pouvoir en place a poursuivi sa mascarade en publiant des résultats d’un autre âge qui privent les deux candidats arrivés effectivement en tête du scrutin du second tour qui leur est dû.

La victoire de Denis Sassou Nguesso n’a reçu aucune reconnaissance internationale. Aucun média – hormis les nationaux – ou dirigeant étranger n’a salué la soi-disant victoire au premier tour du président sortant. Pire encore, la communauté internationale remet en question la régularité de cette élection qui s’est déroulée dans un pays coupé arbitrairement du monde, comme cela a été abondamment dénoncé.

Le Parti socialiste français, par la voix de son secrétaire national à l’international, juge « non crédible le résultat annoncé par une commission électorale notoirement partiale ».

L’écrivain congolais Alain Mabanckou, qui vient d’entrer au Collège de France, parle lui d’une élection « louche, frappée de petite vérole » dont le résultat « ne correspond pas du tout au climat général et actuel du pays » qui aspire au « changement politique depuis le sommet jusqu’à la base ».

Les États-Unis se disent « préoccupés par l’opacité du processus électoral, y compris les rapports d’irrégularités, et la panne de communication prolongée ».

L’opposition congolaise, par son porte-parole Charles Zacharie Bowao, évoque un climat d’intimidation et de pression. Les candidats de l’opposition dénoncent l’arrestation d’une cinquantaine de leurs supporters, chargés de compiler pour la Commission technique électorale (CTE) les résultats des urnes dans les différentes régions du pays. On nous rapporte que parmi eux se trouvent le directeur de campagne de Jean-Marie Michel Mokoko et son représentant à Makoua (Nord du Congo), interpellés par la police de Denis Sassou Nguesso.

 

Le régime durcit la répression et multiplie les violations des droits de l’homme

Depuis l’annonce nocturne de la victoire de Denis Sassou Nguesso dès le premier tour de l’élection présidentielle avec un taux de plus de 60 %, le Congo vit un état de siège. On ne compte plus les disparitions, les arrestations arbitraires et les violations des droits et libertés fondamentales.

Christophe Châtelot, journaliste du Monde, et deux envoyés spéciaux de l’Agence France Presse ont été agressés, et leur matériel saisi, mercredi 23 mars en début d’après-midi à Brazzaville alors qu’ils sortaient d’un point presse avec le général Jean-Marie Michel Mokoko.

Les États-Unis ont réagi à ces atteintes à la liberté d’expression par la voix de Stephanie S. Sullivan, ambassadrice au Congo. Mais rien ne semble pouvoir stopper le pouvoir en place, qui fait peser sur le pays le spectre de la guerre civile en plaçant des troupes armées dans les bastions de l’opposition.

Le procureur Oko Ngakala est de nouveau intervenu à la télévision nationale pour menacer d’arrestation le général Jean-Marie Michel Mokoko, accusé une fois de plus d’« organiser le désordre, la sédition ».

Sur la même chaîne nationale, à la solde du régime, le député Aimé Mouagni Hydevert a présenté une milice armée censée préserver la paix et la « nouvelle république ».

Le pouvoir en place cherche tous les moyens de mettre hors circuit celui qui est arrivé dans le duo de tête au terme du premier tour de l’élection présidentielle du 20 mars.

Hier, 29 mars, suite à l’appel des cinq candidats signataires de la Charte de l’opposition pour la victoire, le peuple congolais a observé en guise de désobéissance civile une journée « pays mort », au cours de laquelle les gens ont été invités à rester chez eux et ce jusqu’à nouvel ordre.

Le bilan de cette journée de désobéissance civile a été positif. L’action a été très suivie dans la capitale congolaise et dans la ville côtière de Pointe-Noire.

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