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13H51 - jeudi 24 mars 2016

Lazare Mounzeo : «La victoire de Sassou est une imposture. Le peuple doit prendre son destin en main.»

jeudi 24 mars 2016 - 13H51

Lazare Mounzeo, Congolais de la diaspora, dirigeant à Paris la filiale française d’une multinationale, est engagé au côté de l’opposition au Congo. Au lendemain de l’annonce par le pouvoir en place de la victoire au premier tour du président sortant, Denis Sassou Nguesso, Lazare Mounzeo conteste ce résultat et se dit prêt à partir pour libérer son pays. Entretien exclusif.

 

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Que vous inspirent les derniers développements au Congo ?

D’abord une grande tristesse pour mon pays et mes compatriotes qui se sont mobilisés pour défaire Denis Sassou Nguesso. L’annonce de sa victoire est une forfaiture. Et nous en avons la preuve. Cette élection, en soi, était inacceptable puisque non conforme à la Constitution. Après déjà deux mandats, le président sortant n’aurait même pas dû pouvoir se présenter à l’élection. De plus, la CNEI, Commission nationale électorale, dite indépendante, ne comportait que trois représentants de l’opposition sur vingt-trois membres. Tous les autres étant à la solde du pouvoir. C’est pourquoi la plateforme unie de l’opposition a constitué la Commission électorale technique (CET). Nous avions dans tous les bureaux de vote du pays des représentants présents lors du dépouillement. Ainsi, nous détenons les photocopies des procès-verbaux de tous les résultats. À Brazzaville, première ville du pays, qui représente plus de la moitié du corps électoral, Guy Brice Parfait Kolélas est arrivé en tête. À Pointe-Noire, deuxième ville, c’est Jean-Marie Michel Mokoko qui mène. Mais nulle part, Denis Sassou Nguesso n’est parmi les premiers, même pas quatrième. Sa victoire est une imposture. Sassou a perdu la bataille électorale.

Comment envisagez-vous la suite ?

Ce matin, Jean-Marie Michel Mokoko a appelé le peuple congolais à sortir dans la rue et à se soulever. La diaspora congolaise soutient cet appel et demande aux leaders de l’opposition de prendre la tête des cortèges. Il faut montrer l’exemple. Par ailleurs, beaucoup d’entre nous, Congolais de la diaspora, sont prêts à se joindre au combat de libération de notre pays. Moi-même je partirai. Nous devons mettre fin à cette dictature. Quel que soit le prix à payer. Même si c’est notre sang. Jusqu’ici nous avons œuvré pacifiquement, mais le moment est venu de passer à l’action. Je crois en notre victoire.

N’auriez-vous pas intérêt plutôt à chercher le soutien de l’opinion internationale et de la diplomatie ?

Nous en avons appelé tant de fois à l’opinion internationale, qui ne nous a répondu que par le silence. Un silence complice. À cause d’intérêts géopolitiques ou économiques, je l’ignore. Mais désormais, tout se jouera sur place. Denis Sassou Nguesso est prêt à tout pour rester au pouvoir. Il a coupé les moyens de communication pendant les élections. Les villes, préfectures et sous-préfectures, ont été quadrillées par sa garde présidentielle et survolées par des avions de combat. A-t-on besoin de plus de preuves qu’il s’agit là d’une dictature ? Nous sommes seuls. C’est à nous désormais de regagner notre pays.

Propos recueillis par Catherine Fuhg