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17H35 - vendredi 4 mars 2016

La campagne électorale commence

vendredi 4 mars 2016 - 17H35

Pendant que l’opposition congolaise, assignée à Brazzaville, décide d’unir ses forces pour l’élection présidentielle du 20 mars 2016, le chef de l’État procède à une véritable démonstration de force.

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L’armée congolaise cherche à impressionner les citoyens – Crédit photo : BrazzaNews

 

La liste définitive des candidats à la magistrature suprême pour le scrutin du 20 mars a été arrêtée par la Cour constitutionnelle du Congo. Au total, ils seront huit à affronter le président sortant Denis Sassou Nguesso, qui repart à la conquête des suffrages pour un troisième mandat consécutif.

Hormis deux personnalités relativement confidentielles, ils sont quatre candidats issus de la plateforme IDC-Frocad (Initiative pour la démocratie au Congo – Front pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique) à vouloir en découdre avec le chef de l’État.

Il s’agit de Claudine Munari Mabondzo, unique femme dans ce scrutin, Pascal Tsaty Mabiala, André Okombi Salissa et Guy Brice Parfait Kolélas, auxquels est venu se joindre le général Jean-Marie Michel Mokoko dont la candidature aussi a été validée, et ce malgré ses déboires judiciaires.

Ces derniers ont signé, lors d’une cérémonie organisée le 29 février à Brazzaville, une « Charte de l’opposition pour la victoire à l’élection présidentielle 2016 ». Le document met en place une sorte de gentlemen agreement entre les candidats, prohibant toute invective les uns envers les autres. Il formalise la solidarité entre les candidats en cas de privation de liberté ou d’arrestation mais, surtout, la Charte envisage le ralliement de tous autour de celui qui sera présent au second tour, face au président sortant, avec un programme commun à appliquer en cas de victoire.

La décision de l’Union européenne du 19 février de ne pas envoyer d’observateurs au Congo pour le scrutin du 20 mars en raison de son aspect non « démocratique, inclusif et transparent », a conduit les opposants au régime à exiger du gouvernement la tenue d’une réunion afin de mettre au point les conditions d’une élection crédible et apaisée.

 

 

Denis Sassou Nguesso en démonstration de force à Madingou

 

En visite à Madingou (à 200 kilomètres à l’ouest de Brazzaville) le 1er mars pour le lancement des travaux de la municipalisation accélérée* du département de la Bouenza, le chef de l’État congolais a déployé un dispositif de sécurité impressionnant qui a inquiété la population. C’est accompagné de sa garde présidentielle, lourdement armée, de bérets rouges, d’un hélicoptère et de véhicules blindés, qu’il s’est rendu dans cette localité hostile à son régime.

Contacté par Opinion Internationale, un habitant de Madingou, qui préfère garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, nous confie qu’« il y avait presque plus de militaires que d’habitants avec, de plus, beaucoup de personnes venues en car d’autres régions du pays pour soutenir la visite du Président ».

Face à cette démonstration de force, le général Jean-Marie Michel Mokoko, qui répondait ce vendredi 4 mars à sa troisième convocation devant les autorités de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué du 03 mars, il rappelle que « les libertés fondamentales des candidats et de leurs sympathisants notamment la libre circulation, la liberté de pensée et de réunion et leur sécurité ne sont ni garanties ni respectées ». Il déclare que l’organisation de l’élection présidentielle du 20 mars « se fait dans le cadre d’une gouvernance électorale opaque qui ne lui garantit ni transparence ni crédibilité ». Enfin, il exige « le report de ce scrutin susceptible d’affecter la paix sociale et la concorde nationale ».

À l’heure ou nous diffusons cet article, nous apprenons que son domicile est perquisitionné alors qu’il est lui-même entendu par la DGST dans le cadre de l’affaire de la vidéo du prétendu vrai/faux coup d’État.

Malgré la démonstration de force du président Denis Sassou Nguesso et une opposition politique muselée, la campagne électorale a donc commencé et l’échéance du 20 mars est toujours d’actualité.

 

* Programme du gouvernement basé sur la construction d’infrastructures dans le pays telles que la construction d’édifices publiques, l’électrification et la voirie.

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