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11H20 - jeudi 3 mars 2016

Dans la capitale congolaise, on cuisine au feu de bois

jeudi 3 mars 2016 - 11H20

Si la capitale congolaise est souvent en rupture d’approvisionnement en gaz butane, utilisé par les ménages, c’est le pays tout entier qui, depuis le début de l’année, semble être touché par cette pénurie.

Crédit photo : BrazzaNews

Les Congolais font la queue pour une bombonne de gaz – Crédit photo : BrazzaNews

 

 

 
Depuis cinq mois, les habitants de Brazzaville et de Pointe-Noire sont soumis à un véritable parcours du combattant pour se fournir en gaz domestique. Il n’est plus rare de croiser des files interminables de personnes, toutes chargées de bombonnes vides, attendant devant les dépôts de gaz quand une livraison est annoncée. « Depuis quelques mois, le gaz est devenu une denrée rare dont la livraison est sporadique, mais depuis le début de l’année, la pénurie a vraiment atteint son paroxysme et il est quasiment impossible de s’en procurer » nous rapporte un habitant de Pointe-Noire qui souhaite rester anonyme.

À Dolisie, à 200 kilomètres à l’ouest de Brazzaville, le 21 février, une queue de plusieurs centaines de mètres s’allongeait devant le principal dépôt de gaz butane dans une atmosphère délétère. Certains avaient même passé la nuit à la belle étoile pour être sûrs d’obtenir la précieuse bombonne. Initialement fixé à 5 700 francs CFA, son prix a atteint des sommets et il faut débourser jusqu’à 15 000 francs CFA soit environ 23 euros pour s’offrir la bouteille de gaz. Cette situation fait le bonheur des revendeurs sur le marché noir où les plus nantis déboursent 50 000 francs CFA soit 76 euros pour pouvoir cuisiner.

 

Au profit de quelques nantis

Cette pénurie de gaz est surprenante quand on sait que le Congo est le quatrième producteur d’hydrocarbures de l’Afrique subsaharienne et que le pays détient, après le Nigeria et l’Angola, les plus grandes réserves de gaz d’Afrique centrale.

La Société congolaise des gaz de pétrole liquéfiés (GPL), dirigée par Denis Gokana (Conseiller spécial du président Denis Sassou Nguesso pour les affaires pétrolières), est l’unique opérateur chargé de l’approvisionnement en gaz butane au Congo. Malgré les travaux de modernisation de son usine lancés en 2014 afin d’augmenter sa production, elle n’arrive pas à satisfaire la demande.

Interrogé par Opinion international, Andréa Ngombet, le Coordonnateur du collectif Sassoufit, accuse le pouvoir d’organiser cette pénurie de gaz dans le but d’en permettre la revente, au prix fort, au profit de généraux véreux et autres dignitaires du régime. Ces soupçons sont partagés par la population qui voit quotidiennement de gros véhicules chargés de bombonnes sillonner les rues de Brazzaville alors que les dépôts destinés à cet effet sont vides ou peu approvisionnés.

 

Au détriment de la santé et de l’environnement

Pour pallier ces crises récurrentes, la plupart des foyers congolais se débrouillent et recourent pour cuisiner aux réchauds à pétrole, voire au bois de chauffe ou au charbon, quand ce n’est pas aux copeaux ramassés ici et là. Aujourd’hui, en pleine saison des pluies, le prix du sac de charbon ou du fagot de bois augmente considérablement, rendant son acquisition encore plus difficile. On peut s’interroger sur les conséquences de l’exposition quotidienne à ces polluants sur la santé des Congolais, quand on sait que les habitats ne permettent pas le plus souvent une bonne évacuation des fumées liées à l’usage du charbon de bois. En 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé la fumée de charbon agent cancérogène humain, tandis que le gaz butane, obtenu par distillation sous pression du GPL, est beaucoup moins nocif. Ce manque de gaz est donc une difficulté supplémentaire dans le quotidien des Congolais déjà confrontés aux coupures d’électricité et au rationnement de l’eau potable.

 

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