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15H24 - lundi 29 février 2016

Circulez, y a rien à voir !

lundi 29 février 2016 - 15H24

Le responsable régional d’Amnesty International a été empêché d’entrer au Congo vendredi 26 février dans le cadre de sa mission d’observation. À l’approche des élections présidentielles, le chef de l’État congolais dénonce les ingérences étrangères dans les affaires de son pays.

 Capture DSN

 

Steve Cockburn, le directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, s’est vu refuser l’entrée sur le territoire congolais malgré la validité de son visa. Il avait rendez-vous notamment avec le ministre de la Défense du pays. C’est accompagné de deux collègues qu’il est arrivé à l’aéroport Maya Maya de Brazzaville dans la soirée de vendredi. Son passeport lui a été confisqué au moment du contrôle par la police des frontières. Il a ensuite été retenu jusqu’au lendemain matin puis renvoyé à Dakar (Sénégal).

Le directeur régional devait se rendre à Brazzaville dans le cadre de rencontres avec des personnels diplomatiques, et d’autres agences des Nations unies, afin d’évoquer les récentes violations des droits humains perpétrées par les forces de sécurité congolaises ainsi que les conditions de l’élection présidentielle à venir.

Amnesty International a réagi par la voix de Netsanet Belay, directeur Afrique, en condamnant le gouvernement congolais qui, au lieu d’empêcher le travail de protection des droits de l’homme, d’emprisonner les opposants politiques et de tuer les manifestants, devrait « prendre toutes les mesures nécessaires afin d’assurer que les élections se déroulent dans un climat qui respecte la liberté de tous d’exprimer ses opinions et de manifester pacifiquement ».

Pour justifier cette interdiction d’entrée sur le territoire, les autorités congolaises évoquent la présence « importune » d’Amnesty International et disent que les visas n’auraient pas dû être accordés.

Le conflit avec cette organisation non gouvernementale est ancien. En juillet 2015, Amnesty International avait dénoncé l’expulsion par le Congo de plus de 180 000 ressortissants de la République démocratique du Congo au cours de l’opération « mbata ya bakolo » (« baffe des aînés » en lingala), menée par le ministre de l’Intérieur Raymond Zéphirin Mboulou.

En octobre dernier, le mouvement avait également invité les forces de sécurité à s’abstenir de l’usage excessif de la force après qu’elles avaient tiré sur la foule à Brazzaville et à Pointe-Noire pendant les manifestations contre le référendum constitutionnel.

Enfin, Amnesty international avait révélé à la communauté internationale les assignations à résidence de certains leaders de l’opposition politique congolaise, ainsi que la détention de l’opposant Paulin Makaya, toujours emprisonné depuis le 1er décembre 2015.

 

Une comparaison fallacieuse du chef de l’État

 

Denis Sassou Nguesso semble de plus en plus exaspéré par les critiques émanant des instances internationales, notamment celles de l’Union européenne en date du 19 février sur l’organisation non transparente des élections a venir.

En visite à Kinkala, à 74 kilomètres à l’ouest de Brazzaville, pour suivre le chantier d’un hôpital en travaux, le président Denis Sassou Nguesso, répondant à la question d’un journaliste, a expliqué que la longévité au pouvoir dépendait de « la volonté des peuples ». Il a justifié sa candidature à un troisième mandat en se comparant à Angela Merkel : « Elle en est à son troisième mandat. Peut-être prendra-t-elle un quatrième mandat. Cela ne dépend que de la volonté des peuples et non des diktats qui viennent d’autres pays ».

Rappelons que la chancelière allemande est mandatée par le Bundestag, l’assemblée parlementaire allemande, élue tous les quatre ans. Alors que le président congolais malgré les appels de la communauté internationale refuse de reporter le prochain scrutin présidentiel afin de l’organiser dans les meilleures conditions démocratiques.