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16H30 - lundi 22 février 2016

Le Congo, malade du Sida

lundi 22 février 2016 - 16H30

Alors que les derniers taux de contaminations sont alarmants, la lutte contre la propagation du VIH au Congo est à l’arrêt pour cause d’insuffisance budgétaire et d’un mouvement social au sein du service affecté à cette mission.

Crédit photo : Luce Bénédicte

Crédit photo : Luce Bénédicte

 

Depuis le 30 novembre 2015, les agents du secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le Sida (SEP/CNLS) de Brazzaville observent une grève générale pour réclamer le versement de leurs salaires impayés au cours de l’année 2015. Créé le 27 août 2004 avec l’appui du fonds mondial de lutte contre le Sida, cet organisme multisectoriel et pluridisciplinaire dirigé par le président Denis Sassou Nguesso devait définir la stratégie de l’État pour combattre le VIH et les maladies sexuellement transmissibles, en mobilisant toutes les ressources matérielles et financières nécessaires. Il est l’organe de référence au Congo pour la lutte contre le Sida, reconnu par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et l’Onusida.
Après trois mois de blocage, des discussions sont encore en cours entre les responsables du secrétariat et le ministre de la Santé Francois Ibovi sur le statut du personnel du secrétariat du CNLS et le rappel de salaires.
Mais outre les revendications salariales et statutaires, c’est toute l’insuffisance de l’approvisionnement en antirétroviraux et les carences budgétaires pour la lutte contre le VIH qui sont pointés du doigt.

 

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Crédit photo : Luce Bénédicte

Sur le terrain du VIH, cette paralysie se ressent, notamment par l’absence d’interlocuteurs disponibles qui s’ajoute à la saturation des services hospitaliers. Depuis le début de l’année, l’activité du CNLS est au point mort, ses locaux sont vides de visiteurs et de patients à la recherche d’informations. Plus aucune activité de prévention n’est en cours, plus rien pour lutter contre la menace de pandémie qui guette le pays.

Un taux de contamination en hausse significative

Ce mouvement social a des incidences directes sur les campagnes locales de prévention, contre la propagation du VIH dans le pays.
Ainsi observe-t-on sur le terrain un désengagement de l’État, comme au niveau des actions préventives, à celui de la prise en charge des personnes touchées par le virus.
Les patients se plaignent des ruptures de stock intempestives de certaines molécules antirétrovirales, du manque de suivi de la maladie – absence d’analyses de sang régulières – et de détection du virus chez les nouveaux-nés.
Pourtant, la dernière étude du même CNLS pour l’année 2014 révèle que les infections sont en « phase d’implosion ».

Après une baisse significative des contaminations observée en 2009 avec un taux de prévalence d’environ 3,2 %, on constate ces derniers mois une recrudescence des cas de contamination avec un taux de prévalence de 4,2 % à l’échelle nationale. Le Sida est devenu la première cause de mortalité des jeunes au Congo, et Pointe-Noire culmine en tête du palmarès avec un taux de prévalence chez les 15/49 ans de l’ordre de 10 % en 2015.
Le vice-président de l’Association des jeunes positifs du Congo, Thierry Maba, lance un appel alarmé en direction des autorités car depuis 2011, il assiste « à un délabrement progressif du dispositif mis en place avec l’effort de tous et personne ne peut imaginer les lourdes conséquences que le pays encourt ».

On nous rapporte également qu’en raison de fins de mois difficiles, certains personnels hospitaliers extorquent des « pourboires » en échange de médicaments normalement gratuits.
Ces pratiques décourageant les malades ne facilitent pas l’accès aux soins ni la lutte contre l’évolution de la maladie dans le pays.

 

En collaboration avec Luce Bénédicte (correspondante locale)

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