Congo
Afrique /
12H54 - dimanche 21 février 2016

Congo, un week-end sous haute tension

dimanche 21 février 2016 - 12H54

À un mois de l’élection présidentielle, le pouvoir de Brazzaville veut mettre sous silence l’opposition politique congolaise au risque d’embraser le pays.

 

Devenu en quelques jours un des rares leaders populaires de l’opposition congolaise mais aussi la bête noire du régime, le général Mokoko s’est vu convoqué le 19 février 2016 à la Direction générale de la surveillance du territoire « pour une affaire le concernant ».

On lui reproche de vouloir renverser le pouvoir au Congo. Preuve en serait une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, dans laquelle le général discuterait avec une personne censée appartenir aux services secrets français.

Le clan du général Jean-Marie Michel Mokoko n’a pas tardé à crier à la « manipulation grossière ». Il accuse le pouvoir d’avoir monté de toutes pièces cette vidéo avec des extraits bricolés de l’intervention militaire en Côte d’Ivoire, lors de la chute de Laurent Gbagbo. Présenté ainsi, le général Mokoko passerait pour un homme avide de pouvoir ayant des objectifs contraires aux intérêts du Congo. À un mois du scrutin, son élimination de la course présidentielle profiterait sans doute au président Sassou-Nguesso, qui vient justement de déclarer officiellement son entrée dans la course à la magistrature suprême. C’est au cours d’un dialogue intergénérationel avec sa jeunesse militante, le 19 février 2016, qu’il a ainsi mis fin au pseudo suspens autour de sa  candidature.

 

FullSizeRender

Le soir même, monsieur André Oko Ngakala, procureur de la République, président du Tribunal de grande instance de Brazzaville, demandait au directeur de la DGST de « procéder à l’interpellation immédiate de Jean-Marie Michel Mokoko » afin de l’interroger sur les soupçons qui pèsent sur lui quant à ses intentions de menacer la sûreté de l’État. On n’a jamais vu un procureur de la République annoncer à la télévision qu’il diligentait une arrestation. Preuve de l’instrumentalisation politique de la justice sous Sassou.

 

Une campagne « peu » orthodoxe

Depuis la demande d’arrestation, du général Jean-Marie Michel Mokoko, présentée en direct à la télévision nationale par le procureur de Brazzaville, la tension monte dans la capitale congolaise.

Les habitants se demandent quelle va être la réaction du général. Ira-t-il ou n’ira-t-il pas répondre des faits qui lui sont reprochés ?

Le 19 février 2016, le général affirmait qu’en vertu de son statut militaire de chef d’état-major des armées, il ne pouvait se présenter devant un procureur mais seulement devant une instance militaire telle que la gendarmerie. Le pouvoir en place semble cependant décidé à mettre le général hors d’état de nuire. En effet, RFI confirmait hier soir  un mouvement de troupes et de chars en direction de sa résidence.

Selon une source locale, le président angolais, le général Dos Santos, aurait prévenu Denis Sassou-Nguesso de « conséquences dommageables » en cas d’atteinte physique à la personne du général Jean-Marie Michel Mokoko.

Des bruits – difficiles à vérifier – circulent selon lesquels des troupes de l’armée angolaise auraient franchi la frontière sud du pays…

Le général Jean-Marie Michel Mokoko n’est pas le seul à faire les frais de la détermination du chef de l’État à museler l’opposition politique congolaise.

 

Kolélas menacé lui aussi

 

C’est un autre leader de l’opposition, Guy Brice Parfait Kolélas, président du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI), en conflit avec son frère Euloge Landry Kolélas resté dans le camp du clan de Denis Sassou-Nguesso , qui a été contraint au silence ce 19 février 2016. Le président du Tribunal de grande instance de Brazzaville, Didier Narcisse Iwandza a prononcé contre lui une ordonnance, lui signifiant l’interdiction d’utiliser les locaux du parti, le logo du MCDDI, ainsi que « l’interdiction formelle […] d’approcher et de [s’]adresser directement aux militants et sympathisants du MCDDI dans le cadre de [sa] campagne électorale pour les présidentielles du 20 mars 2016 ».

Le président Denis Sassou-Nguesso, qui a déjà imposé une réforme constitutionnelle afin de pouvoir briguer un troisième mandat présidentiel, serait-il en train de se débarrasser de l’opposition, aux dépens des principes démocratiques élémentaires, afin de se dégager une voie royale en vue de l’élection du 20 mars ?

Quoi de neuf au Congo-Brazzaville ?

Près d'un an après le scrutin présidentiel du 20/03/2016, le Congo s'enfonce dans une crise post-électorale dont nul ne connaît l'issue. Les attaques des populations du Pool et les arrestations arbitraires se font de façon quotidienne,...

Leçon 10 : Conserver le pouvoir à tout prix

A l'affût du pouvoir, son fils Denis Christel Sassou Nguesso n'en finit pas de voir son image d'héritier illégitime ternie par sa propension à dilapider le pétrole congolais.
Jean-Claude Miangouayila

Leçon 9: Museler la société civile

Une proposition de loi en gestation compte criminaliser l'activité des associations engagées sur les questions de gouvernance et d'intérêt national
Jean-Claude Miangouayila