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16H54 - jeudi 18 février 2016

Au Congo, l’opposition au tapis va-t-elle se redresser ? La tribune de Jean-Claude Miangouayila

jeudi 18 février 2016 - 16H54

L’opposition politique au Congo peine à se poser en réelle alternative au pouvoir en place. À près d’un mois d’une élection présidentielle à laquelle Denis Sassou Nguesso va se présenter (fraîchement investi par son parti), avec les résultats déjà connus, à la mode soviétique, on se demande où va l’opposition Frocad-Idc.

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En se regroupant à l’été 2015 derrière la structure Frocad-Idc, les partis de l’opposition congolaise entendaient faire respecter la Constitution de 2002 et son article 57 qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels pouvant être exercés par une même personne, empêchant Denis Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat. Pour l’opposition, l’espoir d’une alternance démocratique se profilait ainsi à l’horizon 2016 (les élections présidentielles devaient initialement se tenir au mois de juillet prochain). Mais elle n’a pas su garder le cap et, au sortir il y a trois semaines de trois jours de convention, elle a finalement concédé de se lancer dans la bataille présidentielle dont la date a été fixée au 20 mars 2016. En agissant ainsi, la plate-forme Frocad-Idc s’est fourvoyée, tant par amateurisme que par concupiscence.

Vous avez dit « opposition » ?

Car pour être efficace, une opposition doit être compétente, dans sa compréhension du jeu politique mais aussi des institutions et des rouages du pouvoir. Elle doit disposer de solides relais au sein de la société civile et gagner la confiance de la population par sa probité et la force de ses propositions. Une opposition politique connaît l’importance de la mise en place de liens à l’étranger pour asseoir sa politique diplomatique. Trop isolée, l’opposition congolaise n’a pas su prendre à témoin la communauté internationale lors de la mascarade référendaire d’octobre dernier. L’article 86 de la Constitution de 2002 interdisait au président Denis Sassou Nguesso de convoquer un référendum visant à modifier la Constitution. Et pourtant…

Pour être crédible, une opposition doit être intègre : autonome dans son fonctionnement et indépendante du pouvoir en place. La quasi-totalité des leaders de l’opposition congolaise, réunis sous la plate forme Frocad-Idc a été ministre ou collaborateur du chef de l’État. C’est pourquoi Mr Athel Bayoundoula, porte-parole du parti UPC (Unis pour le Congo) de Paulin Makaya, affirme que ces opposants « sont tous comptables de la mauvaise gestion du pays ».

L’opposition congolaise est régulièrement accusée de faire le jeu de Sassou Nguesso.

Ses demandes répétées de « dialogue » avec le chef de l’État peuvent être interprétées comme une manière de briguer des postes gouvernementaux. Certains opposants vivant dans un luxe, bien loin des conditions de vie du Congolais lambda, d’où leur nom « d’opposants caviar », ne représentent en rien ce que le peuple attend.

La « nguirisation », nom donné aux pratiques de corruption du Président, permet au pouvoir en place d’instrumentaliser certains opposants.

 

Une voie monarchique pour Sassou

Malgré les rappels à l’ordre de l’opposition Frocad-Idc pour le respect du processus électoral démocratique, le vainqueur de l’élection du 20 mars 2016 est connu d’avance. Car Denis Sassou Nguesso ne lésine pas sur les moyens de parvenir à ses fins : modifications de la Constitution, falsification des processus électoraux, absence de commission électorale indépendante, bourrage des urnes, distribution sélective de cartes d’électeurs. Ces pratiques sont possibles de par la non-neutralité de l’administration publique.

L’opposition congolaise est donc en train d’ouvrir au président Denis Sassou Nguesso la voie royale vers un troisième mandat avec une Constitution taillée sur mesure.

La nouvelle Constitution d’octobre 2015 affranchit le chef de l’État de toute poursuite pour crime ou délit (article 96), tout en lui garantissant le pouvoir quinze années supplémentaires (Denis Sassou Nguesso a 74 ans) puisqu’il sera élu pour un mandat de cinq ans renouvelable deux fois (article 65).

Il ne sera jamais traduit devant la Haute Cour de justice car, via ses pratiques antidémocratiques, aucune opposition ne sera jamais majoritaire électoralement au Parlement (article 95). Enfin, en lui permettant de présider le Conseil supérieur de la magistrature (article 170), elle laisse entre ses mains la Justice, censée être indépendante…

S’étant accaparé l’initiative référendaire (article 5), le futur président Denis Sassou Nguesso pourra de nouveau modifier la Constitution de 2015 pour demeurer plus longtemps encore au pouvoir, au cas où les succès de la médecine aboutissent, à l’horizon 2031, à la pilule de jouvence. Il pourrait aussi bien placer son fils sur son trône passant ainsi de la République du Congo au Royaume du Congo de Sassou.

Il reste près d’un mois, quelques jours en somme, pour que l’opposition se ressaisisse et, au lieu de préparer des meetings de candidats potiches, demande avec d’autres le report de l’élection du 20 mars et le départ de Sassou. Car, ce n’est pas une monarchie que veulent les Congolais mais bien une République…

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