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15H05 - lundi 15 février 2016

L’appel désespéré des étudiants namibiens au Congo

lundi 15 février 2016 - 15H05

Les étudiants namibiens de l’Institut inter-État de Loudima au Congo demandent leur rapatriement au gouvernement de Windhoek, qui reste sourd à leurs appels.

Institut de Loudima - Crédit photo : moe.gov.na

Institut de Loudima – Crédit photo : moe.gov.na

 

« Hey guys, people are beating us here and shooting at us » (les amis, on nous bat et nous tire dessus ici). Voici un extrait du message posté au début du mois de janvier 2016 sur les réseaux sociaux par un étudiant namibien en formation à l’Institut de Loudima, au Congo.

Le 12 janvier, la police locale aurait procédé à l’arrestation brutale d’un fonctionnaire de l’établissement au motif qu’il incitait les étudiants namibiens à signer une pétition à l’attention de la direction de l’Institut. C’est en tentant de s’interposer que les étudiants auraient été repoussés par des tirs de sommation de la police.

La source du mécontentement et du mouvement de protestation : depuis avril 2015, les étudiants n’auraient rien touché de l’argent envoyé pour eux par leur pays d’origine.

Un fonctionnaire namibien de l’Institut, qui préfère garder l’anonymat, nous confie qu’il soupçonne de « corruption » le ministère congolais de l’Éducation, par lequel l’argent transite, et dénonce par ailleurs des lourdeurs « bureaucratiques ».

Outre le non-reversement de leurs bourses, les étudiants namibiens pointent du doigt leurs conditions de vie, insalubres : installés dans une bourgade forestière éloignée de tout (l’Institut de Loudima est situé dans le département de la Bouenza à une centaine de kilomètres à l’ouest de Brazzaville), ils manquent entre autres d’eau, d’électricité, de soins médicaux et d’ouvrages scolaires.

Le 14 janvier, ce sont les professeurs, du personnel administratif et des étudiants namibiens ensemble qui écrivaient à leur ministre de bien vouloir procéder à leur évacuation du Congo car ils craignaient pour leur sécurité.

 

Le gouvernement namibien tempère

Rappelons que l’Institut de Loudima a été inauguré le 22 octobre 2014 par le chef de l’État Denis Sassou Nguesso et son homologue namibien de l’époque Hifikepunye Lucas Pohamba.

Cofinancé par le Congo et la Namibie, cet établissement d’excellence, à vocation internationale, avait l’ambition de former leur élite technologique et professionnelle, dans les domaines de la maintenance industrielle, mais aussi du génie électrique, de l’agriculture et du bâtiment.

Pour l’instant, la Namibie garde le silence, peut-être par reconnaissance. En effet, le site de Loudima a abrité de 1980 à 1991 le centre de formation des cadres de la Swapo (South West African People Organisation), au temps de l’Apartheid en Afrique du Sud. Mais au-delà de ces liens historiques, la coopération entre le Congo et la Namibie s’appuie sur plusieurs accords dans divers domaines tels que l’éducation, la pêche, le commerce et le pétrole. Le chef de l’État congolais vantait, lors de l’inauguration de l’établissement, les liens de son pays avec la Namibie en déclarant que « la coopération dans les domaines aérien, maritime et culturel, ne demande qu’à être renforcée et dynamisée. C’est notre souhait le plus ardent ».

La ministre namibienne de l’Éducation nationale Mme Itah Kandjii-Murangi a tenté d’apaiser les esprits, affirmant que la situation de ses ressortissants n’était pas si catastrophique et qu’elle travaillait avec son homologue congolais, à son amélioration.

Même son de cloche du côté du haut secrétaire de l’Éducation Mr Alfred Adriaan van Kent, qui déclarait, à son retour de Loudima, que ses étudiants ne seraient pas évacués car « on ne ferme pas une école à cause d’un simple incident ». Il promet pour la prochaine rentrée scolaire l’installation d’un système d’épuration d’eau et de générateurs électriques sur le site de l’école. Du côté des étudiants, la situation reste inchangée, même si les cours ont repris. Ils ont le sentiment d’être « pris en otage » et préviennent qu’à l’issue du terme scolaire, ils ne reviendront pas au Congo.