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18H17 - lundi 18 janvier 2016

Congo : le paradoxe d’une économie riche… en lambeaux

lundi 18 janvier 2016 - 18H17

Comment un pays classé cinquième producteur de pétrole du continent africain en 2013 peut-il se classer au 128e rang mondial au niveau du PIB par habitant avec plus de 70 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté ?

inondations

 

En temps normal, il est difficile de circuler au Congo tant la voirie est délabrée et les moyens de transport (ferroviaires et aériens) chers, mais à chaque forte précipitation (fréquentes sous ces latitudes), le pays est complètement paralysé.

À Brazzaville et Pointe-Noire, en décembre 2015, les pluies diluviennes ont causé beaucoup de dégâts et de pertes humaines. Plusieurs quartiers de la capitale ont été ravagés par les pluies et les inondations. La chaussée, recouverte par plus d’un mètre d’eau (sale et boueuse) par endroits, était devenue impraticable.

Improvisés porteurs de personnes à dos, les anciens porteurs d’eau aidaient, moyennant finance, les piétons à traverser certaines rues et carrefours.

Ces faits récents ne sont qu’un exemple de l’état d’abandon du pays par l’État.

 

Des infrastructures pauvres dans un État riche

 

Les écoles du pays sont elles aussi délaissées des pouvoirs publics. Dans certaines d’entre elles, par manque de bancs, des élèves – ils sont une centaine par classe –doivent rester debout en cours. Quant aux professeurs, rares et peu motivés sont ceux que l’État paie encore. La plupart ont plusieurs mois voire plus d’une année de salaire de retard.

Les coupures d’eau quotidiennes ne permettent pas de consommer l’eau du robinet, d’ailleurs « impropre à la consommation et porteuse de maladies ».

 

La santé, elle aussi, pourtant deuxième poste budgétaire en 2014 (projet de Loi de règlement 2014) souffre de la mauvaise gestion du pays. L’écart entre le programme et les réalisations constatées sur le terrain est colossal.

La plateforme d’organisation de la société civile « Publiez ce que vous payez – Congo » a rendu le 15 décembre 2015 un rapport de suivi des investissements publics dans le domaine de la santé au Congo pour l’exercice 2014. De février à octobre 2015, le collectif a déployé des groupes locaux dans les différents départements du Congo, et leurs informations ont permis d’identifier « 7,5 % des projets comme achevés et fonctionnels, 4,2 % comme achevés mais non fonctionnels, 6,5 % comme projets en cours, 18,3 % comme arrêtés, et 54,2 % comme n’ayant jamais démarré. »

Le collectif dénonce les déperditions tout au long de la chaîne de la dépense publique qui privent le Congo d’un véritable développement économique et social. Il appelle les institutions en charge du contrôle des marchés publics, à « lutter contre la corruption » et à « renforcer les mécanismes de contrôle et de suivi […] pour mettre fin à l’impunité des opérateurs et agents de l’État coupables d’infraction au Code des marchés publiques. »

 

Gaspillages et malversations s’ajoutent à la mauvaise gestion

 

Au-delà de la déliquescence des infrastructures du pays, c’est un système global de népotisme et de corruption généralisée qui gangrène l’économie congolaise. Transparency Internationale classe le Congo au 152ème rang mondial, sur 175 Etats en termes de bonne gouvernance. Les faits sont malheureusement nombreux…

 

Le 1er mars 2015, l’hebdomadaire suisse Le Matin Dimanche révélait une affaire de détournement de fonds. Christel Sassou Nguesso (fils du chef de l’État) vendrait du pétrole congolais via la société Philia SA inscrite au registre du commerce de l’État de Genève. Cette société « agit sous la commande de Christel Sassou Nguesso afin d’empocher une part des recettes pétrolières du Congo ».

 

Denis Sassou Nguesso, le président congolais, est l’un des trois chefs d’Etat africains poursuivis par Maître William Bourdon dans l’affaire dite des « biens mal acquis », pour détournement de fonds publics et blanchiment d’argent. Il dénonce la corruption généralisée à toutes les strates de l’État, privant les pays d’un développement honorable.

L’affaire Mohsen Hojeij est une autre illustration de mœurs financières locales bien particulières… L’homme d’affaires anglo-libanais qui dirigeait dans les années 1980 la plus grosse société de BTP du Congo réclame à l’État congolais près de 770 millions d’euros d’impayés sur les travaux réalisés par sa société, notamment la « réhabilitation d’une palmeraie, travaux d’assainissement de camp militaires, construction de villages ». La Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce Internationale a déjà tranché en 2000 et 2013 à l’avantage du plaignant qui menace d’utiliser « tous les moyens légaux pour retrouver [son] argent et [son] honneur ». Nul doute que cette dette pèserait sur le futur budget du Congo déjà mis à mal par la baisse des cours des prix du pétrole.

 

Christine Lagarde inquiète sur la manne pétrolière de la CEMAC

 

Jusqu’ici le Congo n’a pas su tirer profit de la manne pétrolière pour développer les domaines de l’éducation et de la santé. En visite à Yaoundé le 8 janvier 2016, Christine Lagarde a prévenu les pays africains producteurs de pétrole brut d’un ralentissement de leurs activités économiques en raison de la chute des cours du pétrole. Aussi a-t-elle encouragé les pays de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) à mettre en place des politiques économiques et structurelles efficaces pour lutter contre ce ralentissement, notamment pour éviter des désordres sécuritaires. Ces recommandations seront-elles entendues ?

 

Jean-Claude Miangouayila

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