Congo
Afrique /
18H28 - jeudi 14 janvier 2016

« Ras le bol » au Congo : six jeunes activistes congolais, toujours en prison au Congo, cherchent caution contre liberté

jeudi 14 janvier 2016 - 18H28

Alors que le climat politique se détériore au Congo Brazzaville, six jeunes activistes du mouvement citoyen « Ras-le-Bol » ont été condamnés à trois mois de prison et à une amende de 150 000 Francs CFA (228,67 €). Ils doivent verser une caution du même montant d’ici mardi 19 janvier pour pouvoir sortir de prison et ont sollicité le soutien des ambassades sur place.

5b

Jeunes congolais emprisonnés

 

 

Les arrestations et intimidations ne touchent pas seulement l’Lettre fr-page-001

[/encadre]

 

Et de conclure : « Nous avons écrit à toutes les leaders politiques, aux ambassades France, de l’Union Européenne et des Etats-Unis pour les alerter sur leur sort et leur demander de l’aide pour payer la caution sans laquelle ils resteront en prison après le 19 janvier. »

 

 

Le mouvement citoyen et jeune « Ras-le-Bol » tente de rassembler la société civile pour exiger le changement. Lancé en 2013, il est aidé par quelques artistes comme le chanteur hip-hop Martial Panucci, dont le clip vidéo Brazzaville hardcore cartonne sur les réseaux sociaux.

 

 

 

Depuis, les militants ont réussi  à fédérer d’autres associations de la société civile, des étudiants, des travailleurs,  autour du « NON » (non comme le refus d’un énième mandat du Président actuel). Mais pas facile de mobiliser étant donné l’interdiction de toute manifestation publique imposée depuis les événements préréférendaires d’octobre dernier.

 

Contacté par téléphone le 10 janvier 2016, Martial Panucci fait état des difficultés que rencontre son collectif pour sensibiliser la population. « Nous organisons avec de grandes difficultés des rencontres citoyennes dans des parcelles [terme donné aux habitations privées au Congo, NDLA] au cours desquelles nous abordons les questions de citoyenneté et de respect des lois. Nous projetons également des films tels que Selma sur Martin Luther King suivis de débats sur les notions de résistances pacifiques. »

Photo, source Facebook, Mouvement citoyen Ras-le-bol

Photo, source Facebook, Mouvement citoyen Ras-le-bol

En vue des mobilisations à venir, et malgré les arrestations et les menaces, le collectif s’organise : créations de t-shirts floqués de ce « Ras-le-bol » qui donne son nom au mouvement, appels aux dons pour développer des outils de communication afin de sensibiliser davantage. « Cet argent collecté nous aide d’abord  à soutenir alimentairement nos six activistes emprisonnés à la maison d’arrêt de Brazzaville », explique Martial Panucci.

Autre militante, Taliane, vingt-six ans, licenciée de lettres, affirme que son avenir dépend du changement de régime du pays. Elle a rejoint le mouvement au début de l’année 2015 pour « lutter pour les droits de l’homme et la liberté d’expression », dit-elle.

Malgré sa peur, palpable au téléphone le 10 janvier 2016, la jeune femme, qui préfère rester anonyme, confie ses inquiétudes : « Ce qui me fait peur, ce sont les arrestations arbitraires car les femmes aussi sont touchées. Il y a beaucoup de femmes qui ont rejoint le mouvement, notamment les proches des activistes emprisonnés. »

Pourtant elle reste optimiste : le collectif lance un appel aux dons pour renforcer ses actions, « avec un peu d’aide, on aura un avenir meilleur ».

 

Un jeune de quinze ans, Stevy Loïc Mayoussa, tué dans des circonstances troubles

Selon d’autres sources, notamment une s’en disant le témoin direct, des opposants, dont on est sans nouvelles depuis, ont été arrêtés mercredi 2 décembre à Madingou, ville du Sud du pays, sur ordre du procureur Casimir Roussel Makaya.

Autre affaire inquiétante : selon le rapport « Confiscation des libertés et violations massives des droits de l’homme en République du Congo »  publié par la Commission diocésaine justice et paix de Pointe-Noire (CDJPP) et la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH) à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme du 10 décembre dernier, le collégien Stevy Loïc Mayoussa, âgé de quinze ans, aurait été tué par balle, le 6 décembre, dans le deuxième arrondissement de Dolisie, par des policiers venus l’arrêter. Il aurait pris peur et tenté de s’enfuir. Le motif de son arrestation ? Le jeune homme aurait été reconnu comme ayant publiquement brûlé des fournitures scolaires à l’effigie du fils du Président Denis Christel Sassou Nguesso et offertes par lui.

À l’heure actuelle, aucune enquête n’aurait été diligentée afin d’établir les circonstances exactes de la mort du jeune homme.

 

Des violences systématiques

Les deux mêmes associations (CDJPP et RPDH) constatent les « violations massives des droits de l’homme » et ont recensé durant la campagne du référendum « 17 morts à Pointe-Noire, plusieurs blessés et disparus quand Brazzaville affiche également […] un bilan tout autant macabre ». Ces données ont été confirmées par l’Observatoire congolais et la Fédération internationale des droits de l’homme (OCDH et FIDH).

Les membres de la campagne  #Monvotedoitcompter, organisés en coalition par la FIDH, qui rassemble des organisations de la société civile africaine et internationale pour respecter le déroulement démocratique des élections en Afrique, expriment également leur plus vive inquiétude.

Dans une lettre ouverte en date du 17 décembre 2015, le Collectif de solidarité avec les luttes sociales et politiques en Afrique dénonçait la répression de l’opposition et de la population par les forces de l’ordre.

 

Au final, la perspective de l’élection présidentielle du 20 mars risque fort de conduire de plus en plus de jeunes à protester contre la situation politique.

 

Jean-Claude Miangouayila

Quoi de neuf au Congo-Brazzaville ?

Près d'un an après le scrutin présidentiel du 20/03/2016, le Congo s'enfonce dans une crise post-électorale dont nul ne connaît l'issue. Les attaques des populations du Pool et les arrestations arbitraires se font de façon quotidienne,...

Leçon 10 : Conserver le pouvoir à tout prix

A l'affût du pouvoir, son fils Denis Christel Sassou Nguesso n'en finit pas de voir son image d'héritier illégitime ternie par sa propension à dilapider le pétrole congolais.
Jean-Claude Miangouayila

Leçon 9: Museler la société civile

Une proposition de loi en gestation compte criminaliser l'activité des associations engagées sur les questions de gouvernance et d'intérêt national
Jean-Claude Miangouayila