Monde / World
17H35 - jeudi 22 octobre 2015

L’opposant Parfait Kolélas décrit la situation à Brazzaville

jeudi 22 octobre 2015 - 17H35

parfait kolelas

Parfait Kolélas, ancien ministre de 2007 à 2009 et leader de l’opposition du sud du pays nous décrit la situation au Congo-Brazzaville où il est assigné à résidence alors que la population s’oppose au référendum anticonstitutionnel organisé par Denis Sassou-Nguesso.

 

 Quelle est la situation à Brazzaville actuellement ?

Ma résidence est encerclée, aucun véhicule n’entre ni ne peut sortir. L’archevêque de Brazzaville m’a envoyé un émissaire avec lequel je devais me rendre sur les lieux de la médiation internationale qu’il mène et qui a commencé. L’émissaire est rentré mais nous ne pouvons pas repartir, nous sommes encerclés par la garde présidentielle. A Pointe-Noire où il y a aussi eu des troubles,  je ne sais pas.

 

Quelle est votre position actuellement au sein du gouvernement ?

J’ai été directeur général de la campagne présidentielle de Denis Sassou-Nguesso, ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, mais je suis sorti du gouvernement après y avoir passé sept ans. Nous disons que le référendum est anticonstitutionnel, nous nous retrouvons dans cette situation. C’est pour ça que j’en ai appelé à la désobéissance civile pour protester pacifiquement contre ce qui se passe.

 

Que pensez-vous du référendum à titre personnel ?

Je suis l’un des leaders de l’opposition. La Constitution de 2002 qui est en vigueur peut être révisée, en revanche elle ne peut pas être changée et transgressée. Nous souhaitons que le référendum soit retiré. Nous voulons mettre en place une commission nationale indépendante. 

 

En tant que leader de l’opposition, trouvez-vous que l’organisation de l’opposition peut se faire librement et démocratiquement ?

Non, l’opposition est muselée, mon cas le prouve bien.

 

Comment êtes-vous passé d’un poste de ministre au sein du gouvernement de Denis Sassou-Nguesso à l’opposition ?

Denis Sassou-Nguesso a été avec mon défunt père [ NDLR : Bernard Kolélas]  dans l’opposition il y a longtemps. Nous l’avons suivi dans la majorité présidentielle en pensant qu’il fallait soutenir une démocratie apaisée, nous avons cru qu’il allait respecter les règles démocratiques. En constatant que cela n’était pas le cas, avec cette transgression de la Constitution actuelle, je me suis dit que ce n’était pas sur cela que nous nous étions mis d’accord. On ne peut pas rejeter d’un coup la Constitution qui a servi 14 ans et amené la paix. Pourquoi la changer peu avant la fin du mandat du président pour qu’il puisse se représenter ? Dans la Constitution qu’on propose désormais au peuple, il est écrit que tout crime ou délit commis par le président en exercice ne peut faire l’objet de poursuites, c’est donner un permis de tuer au président ! Il y a tellement d’incohérences…

 

Vous dites que vous pensiez que Denis Sassou-Nguesso allait pouvoir établir la démocratie au Congo-Brazzaville, pourtant il a quand même fait un coup d’Etat pour accéder au pouvoir ?

Nous sommes des africains, nous avons voulu avaler tout cela, oublier le passé pour repartir sur des bases plus démocratique.

 

Vous pardonnez le coup d’Etat mais pas la tentative de référendum, le fait de vouloir garder le pouvoir et les violences ?

Le coup d’Etat a eu lieu en 97, entre temps s’était établi un dialogue national. On voulait pardonner, on avait dit plus jamais ça. Depuis l’établissement de la Constitution, il n’y avait plus eu de troubles, maintenant il veut changer les choses. Si au moins il mettait en place une commission nationale indépendante : nous sommes prêts à négocier, mais même cela n’est pas envisagé.

 

Y aura-t-il des observateurs ?

En l’état actuel on ne sait pas.

 

Que pensez-vous de la déclaration de François Hollande, qui estime que Denis Sassou-Nguesso a autorité pour organiser le référendum tant qu’il respecte son peuple et sa sécurité ?

Sa déclaration est un peu ambiguë pour un démocrate, je suis surpris. Oui le président de la République a le droit de consulter son peuple lors d’un référendum, mais là le référendum ne respecte pas le cadre référendaire prévu par la Constitution actuelle. Il faut mettre un peu les formes ! La c’est la diplomatie des intérêts de la France, mais il faut voir aussi les intérêts des peuples.

 

Aucun chef d’Etat africain ne donne son avis sur les pratiques politiques dans le monde occidental, que pensez-vous du fait que la France se permette de le faire ?

Le monde est devenu un village planétaire, c’est normal qu’on s’intéresse à ce qui se passe dans tel ou tel pays afin d’éviter les bains de sang inutiles, après il y aura des interventions des forces étrangères… Mais il faut aussi tenir compte des réalités des pays concernés quand on parle d’eux.

 

Les épisodes de violence le 17 octobre à Pointe-Noire et le 20 à Brazzaville sont-ils désormais complètement révolus ? La situation s’est-elle apaisée ?

La situation ne s’est pas calmé, ça s’est tassé. J’ai été participer à un meeting de l’opposition à Pointe-Noire, avant que nous arrivions un policier qui n’était pas de service est venu et a tiré sur la population qui nous attendait. Quand la désobéissance civile a commencé à Brazzaville, la police a surveillé la population, c’est normal, mais ces policiers sont des ex-combattants qui ont été enrôlés dans une police parallèle et tuent la population manifestant dans le respect de la Constitution. Les populations ne sont pas armées, il n’y a que des morts parmi les civils, pas parmi la force publique.

 

Et ces ex-combattants, est-ce qu’ils répondent aux ordres du président ?

Non, je ne dirais pas, ils répondent aux ordres de la direction générale de la Police nationale. Ça n’a rien à voir avec la présidence de la République.

 

Quel est l’intérêt de faire tirer sur les opposants pour la Police nationale ?

Terroriser la population, l’intimider, c’est le même scénario qu’au Burundi.

 

Mais au Burundi, les gens ont été tellement terrorisés que le président a réussi à avoir un troisième mandat, c’était ça l’intérêt… N’y a-t-il pas un parallèle ?

Nous verrons, là l’ambassadeur de l’Union européenne et des Etats-Unis nous ont appelés pour une médiation aujourd’hui à 16h, avec tous les partis d’opposition, la majorité présidentielle et le médiateur, l’archevêché qui a été appelé par le Président a autorisé à participer à la médiation. Son émissaire est arrivé chez moi mais nous sommes comme pris en otage.

 

Signez l’Appel « Dégage Sassou »: le cri du peuple congolais et de l’opinion internationale!

Journaliste