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17H24 - jeudi 8 octobre 2015

La chronique des libertés – 8 octobre 2015

jeudi 8 octobre 2015 - 17H24

 

Réparation d’une « erreur historique » : l’Espagne naturalise 4302 descendants de juifs séfarades

Juif algérien - Crédit : William Vaughn Tupper

Juif algérien – Crédit : William Vaughn Tupper

Le Conseil des ministres espagnols a décidé le 2 octobre d’octroyer la nationalité espagnole à 4302 descendants de juifs expulsés du pays en 1492. Selon le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon, il s’agit de « réparer une erreur historique » : alors que les juifs séfarades (mot signifiant Espagne en hébreu) cohabitaient paisiblement avec les chrétiens et les musulmans, ils avaient été forcés de quitter le royaume en quelques semaines avec interdiction de revenir sous peine de mort. S’exilant au Portugal, en Italie, en Afrique du Nord, dans l’Empire Ottoman ou dans les Balkans, ils avaient ainsi répandu leur culture dans tout le bassin méditerranéen.

L’Espagne acceptait déjà auparavant d’octroyer la nationalité aux juifs en mesure de prouver leurs origines séfarades, suivant des conditions relativement contraignantes : il fallait pouvoir prouver deux ans de résidence dans le pays ou obtenir une lettre de naturalisation délivrée par le Conseil des ministres, et dans la majorité des cas, abandonner tout autre passeport.

Une loi adoptée à l’unanimité par le Congrès en juin, facilitant le processus de naturalisation, était entrée en vigueur le 1er octobre. Cependant, le gouvernement a décidé « d’accélérer la procédure » pour les 4302 dossiers déposés il y a déjà longtemps.

 

De hauts responsables engagent des jeunes pour faire basculer une manifestation dans la violence en République démocratique du Congo

Le président Joseph Kabila à la tribune de l'ONU -  Crédit : UN Photo/Cia Pak

Le président Joseph Kabila à la tribune de l’ONU – Crédit : UN Photo/Cia Pak

L’organisation non gouvernementale internationale Human Rights Watch a déclaré le 6 octobre que de hauts responsables des forces de sécurité et du parti au pouvoir en République démocratique du Congo ont apparemment recruté des voyous dans le but d’attaquer une manifestation politique pacifique dans la capitale, Kinshasa.

Cette manifestation organisée le 15 septembre par des dirigeants de l’opposition politique afin d’appeler le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions à l’issue de ses deux mandats constitutionnels en décembre 2016 avait en effet été attaquée brutalement à coups de bâtons par un groupe de jeunes. Selon l’ONG, plus d’une dizaine de manifestants ont été blessés, certains ayant été également piétinés alors qu’ils tentaient de fuir. La police ne serait intervenue que lorsque les manifestants ont commencé à s’en prendre aux assaillants. L’un d’entre eux est mort un peu plus tard des suites de ses blessures.

D’après les témoignages de personnes ayant reconnu avoir fait partie du groupe des assaillants recueillis par l’ONG, ceux-ci auraient été invités à se rassembler la veille de la manifestation par des hauts responsables de la sécurité et de la Ligue des Jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) dans un camp militaire à Kinshasa afin de recevoir « des instructions sur la manière de mener l’attaque ». Ils auraient été rémunérés d’environ 65 dollars américains pour leurs services.

La répression à l’encontre des personnes s’opposant à un troisième mandat de Kabila s’est intensifiée dans les derniers le temps : les leaders politiques du « Groupe des 7 » qui ont envoyé le 14 septembre une lettre publique au président exigeant qu’il respecte la limite constitutionnelle de deux mandats ont fait face à de nombreuses menaces et intimidations dans les dernières semaines.

 

Le Prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains attribué à Ahmed Mansoor

Ahmed Mansoor  - Crédit : Capture d’écran de www.bbc.com

Ahmed Mansoor – Crédit : Capture d’écran de www.bbc.com

Le Prix Martin Ennals qui récompense chaque année les défenseurs des droits humains ayant fait face à un important risque personnel afin de concrétiser leur engagement a été attribué à Genève le mardi 6 octobre à Ahmed Mansoor. Interdit de quitter les Emirats arabes unis après y avoir été retenu en prison en 2011 pour avoir été reconnu coupable d’avoir « insulté les autorités », il s’agit de l’un des rares défenseurs des droits humains crédibles et indépendants de son pays. Il dénonce ainsi les détentions arbitraires, les tortures, le manque d’indépendance de la justice et la violation du droit international par les lois nationales. Le respect de la liberté d’expression fait également partie de ses engagements les plus fondamentaux : il a mené en 2006 et 2007 une campagne en soutien à deux personnes ayant été enfermées pour avoir formulé des critiques sur la situation sociale qui a abouti à leur libération.

Le Jury du Prix, composé de dix organisations non gouvernementales engagées dans la défense des droits humains, espère protéger ses lauréats en les faisant bénéficier d’une visibilité accrue. Il a ainsi demandé au gouvernement des Emirats arabes unis de rendre à Ahmed Mansoor son passeport et de l’autoriser de nouveau à voyager.

Les deux autres finalistes sélectionnés par le Jury, Robert Sann Aung et Asmaou Diallo, ont également reçu des récompenses. Le premier est un avocat à Myanmar (Birmanie) : son engagement pour la défense des droits humains lui aura valu d’avoir été radié du barreau entre 1993 et 2012 et emprisonné plusieurs fois dans des conditions difficiles, violemment attaqué et menacé. La seconde a fondé l’Association des Parents et Amis des Victimes du 28 septembre 2009 (APIVA), suite à la violente répression d’une manifestation pacifique par l’armée de la République de Guinée.

 

Amnesty International rappelle la nécessité de juger les crimes perpétrés en Syrie

Réfugiés syriens au Liban - Credit: Pekka Tiainen, EU/ECHO / Flickr

Réfugiés syriens au Liban – Credit: Pekka Tiainen, EU/ECHO / Flickr

L’association Amnesty international a publié le 5 octobre une tribune rappelant l’impératif de justice à l’heure de nouvelles négociations politiques concernant l’intervention de la communauté internationale dans le conflit syrien.

Alors qu’un accord militaire est envisagé avec la Russie, qui soutient ouvertement le régime du président Bachar el-Assad, afin de terrasser les forces de Daesh, une question est de plus en plus « reléguée au second plan » : celle de la traduction en justice des personnes ayant commis des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, quelque soit la partie dont elles sont issues. Amnesty en appelle donc à une saisie urgente de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie.

Diana Semaan, chargée de campagne sur la Syrie pour l’ONG, rappelle que « chaque jour les forces du président Bachar el-Assad mènent des attaques aveugles et délibérées qui touchent les populations civiles, bombardant habitations, écoles, hôpitaux et marchés ». Elle appelle la communauté internationale à porter plus d’attention aux souffrances des Syriens, manquant de médicaments, de nourriture, d’eau potable et d’autres produits et services de première nécessité : ceux-ci doivent au moins pouvoir espérer que les responsables de la situation actuelle ne resteront pas impunis.

 

Amnesty International dénonce les arrestations arbitraires d’opposants au chef du gouvernement en Côte d’Ivoire

Président Alassane  Ouattara - Crédit : Hugo Passarello Luna / Wikimedia Commons

Président Alassane Ouattara – Crédit : Hugo Passarello Luna / Wikimedia Commons

Amnesty International a appelé dans un communiqué publié le 5 octobre la Côte d’Ivoire à « mettre fin aux arrestations arbitraires d’opposants (…) à l’approche de la présidentielle » du 25 octobre.

L’association déclare que depuis la publication le 9 septembre dernier par le Conseil constitutionnel de la liste des candidats à l’élection parmi lesquels figure le président sortant Ouattara, « une soixantaine de personnes dont plusieurs cadres de l’opposition, ont été arrêtées ». Au moins trente d’entre elles seraient toujours en détention. Certains auraient subi des maltraitances, été détenus secrètement pendant plusieurs semaines, sans accès à un avocat ou à des soins médicaux.

Amnesty dénonce entre autres la condamnation à six mois de prison de Samba David, membre de la Coalition Nationale pour le Changement  (CNC). Favorable à l’ex-président Laurent Gbagbo (en ce moment même en prison dans l’attente de son procès à la Cour Pénale Internationale), il avait appelé à des marches afin de contester l’éligibilité du président Ouattara. Près de Gagnoa, la région natale de Gbagbo, celles-ci s’étaient transformées en affrontements communautaires et avaient fait deux morts.

Ces atteintes à la liberté d’expression sont d’autant plus préoccupantes que ces élections sont jugées cruciales pour la stabilisation du pays : après une décennie de tensions politico-militaires, plus de 3000 Ivoiriens étaient décédés pendant la crise causée par le refus de l’ex-président Gbagbo de reconnaitre la victoire de son successeur en 2010.

 

La FIDH dénonce les exactions de l’armée à Madagascar

Fête du zébu, animal ayant une valeur spirituelle à Madagascar - Crédit : Eric Soler / Flickr

Fête du zébu, animal ayant une valeur spirituelle à Madagascar – Crédit : Eric Soler / Flickr

La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme a dénoncé dans un communiqué le 25 septembre des exactions présumées de l’armée sur des personnes accusées d’être des voleurs de zébus (les « dahalos ») à Madagascar.

Alors qu’une vaste opération a été lancée dans le pays en août afin de traquer les dahalos, les représailles militaires sont de plus en plus intenses, surtout depuis que huit militaires ont été tués dans une embuscade.

La FIDH s’inquiète notamment de potentielles exécutions sommaires de la population civile. D’après le Coordinateur de la Confédération nationale des plateformes des droits de l’homme à Madagascar, Andrianirainy Rasamoely, des militaires ont exécuté publiquement deux « soit-disant dahalos » à l’aérodrome d’Ihosy. Les autorités militaires ont elles-mêmes reconnu après coup que ces deux hommes avaient été tués « dans des circonstances troublantes ».

D’après le média RFI, les autorités militaires affirment que des enquêtes dont les conclusions devraient bientôt être rendues publiques sont menées par la justice et la gendarmerie sur des cas de bavures.

 

Agression d’un défenseur des droits humains au Venezuela : les autorités doivent arrêter le dénigrement systématique

Marino Alvarado  et Rafael Uzcátegui de l'ONG Provea - Crédit : Luis Carlosdiaz / Flickr

Marino Alvarado et Rafael Uzcátegui de l’ONG Provea – Crédit : Luis Carlosdiaz / Flickr

Amnesty International a réclamé le 2 octobre qu’une enquête approfondie soit menée sur l’agression à main armée d’un défenseur des droits de l’homme et de son fils de 9 ans à Caracas. Selon le groupe de défense des droits humains local Provea, Marino Alvarado a en effet été blessé à la tête, ligoté avec son fils, menacé avec une arme à feu et dévalisé alors qu’il rentrait chez lui le 1er octobre. Ils sont sortis relativement indemnes de l’agression.

D’après la directrice adjointe d’Amnesty International pour les Amériques, Guadalupe Marengo, « l’agression dont Marino Alvarado et son fils ont été victimes est la dernière en date d’une série ciblant des défenseurs des droits humains au Venezuela ».

L’association dénonce l’attitude de dénigrement systématique des dirigeants politiques et autres hauts responsables vénézuéliens envers les défenseurs des droits humains : en août, le président Nicolas Maduro avait notamment accusé explicitement Provea d’être une organisation de droite financée par les Etats-Unis, qualifiant au passage Marino Alvarado d’ « informateur ». Les Nations unies avaient ainsi déjà dénoncé en juillet cette attitude visant à discréditer et intimider ces militants.

L’association n’a donc pas seulement réclamé l’ouverture d’une enquête judiciaire sur l’agression mais aussi appelé à ce que le président Maduro « indique clairement que de tels agissements ne sauraient être tolérés ».

 

« Coup d’Etat constitutionnel » au Congo-Brazzaville ?

Denis Sassou Nguesso - Crédit : Amanda Lucidon White House / Wikimedia Commons

Denis Sassou Nguesso – Crédit : Amanda Lucidon White House / Wikimedia Commons

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a dénoncé le 2 octobre dans un communiqué cosigné par l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH) l’annonce d’un référendum destiné à changer la Constitution du Congo-Brazzaville. Pour l’association, il s’agit d’un véritable « coup d’Etat constitutionnel » destiné à permettre au président Denis Sassou Nguesso de se maintenir dans ses fonctions.

« Nos organisations appellent les autorités congolaises à renoncer à un projet contraire à la Constitution et à leurs engagements internationaux et exhortent la communauté internationale à ne pas laisser le Congo s’enfoncer dans une crise politique annoncée », déclare le communiqué.

L’actuel dirigeant du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, cumule déjà à l’heure actuelle plus de trente années à la tête du pays.

 

La réserve autochtone isolée de Shoal Lake 40 va alerter les Nations Unies sur sa situation

Shal Lake  - Crédit : Timothy K / Wikimedia Commons

Shal Lake – Crédit : Timothy K / Wikimedia Commons

La réserve autochtone de Shoal Lake n°40, au Canada, a décidé de présenter en février prochain une délégation aux Nations Unies afin d’alerter la communauté internationale sur son sort. Située à la frontière entre le Manitoba et l’Ontario, la réserve a été transformée en île il y a un siècle lors de la création d’un canal artificiel destiné à alimenter Winnipeg en eau potable. Ironie du sort, elle fait depuis 17 ans l’objet d’un avis d’ébullition : l’eau ne peut y être consommée sans avoir été au préalable bouillie.

Le chef de la communauté, Erwin Redsky, entend alerter le comité onusien quant à la « violation des droits humains » dont sont quotidiennement victimes les habitants. La délégation évoquera le manque de potable mais aussi l’absence de liberté de déplacement : le village n’est relié à la Province qu’en hiver, lorsque le canal gèle, aucune route ne fait la liaison entre les deux. Certains résidents sont morts en tentant de traverser le canal gelé. De ce fait, la plupart des médecins ne veulent pas risquer leur ville en se rendant sur la réserve et les malades ne reçoivent pas les soins adéquats.

Les habitants font pression depuis quatre ans auprès des gouvernements pour obtenir une route, surnommée la « Freedom Road ». Une étude de faisabilité commandée par la ville de Winnipeg et le gouvernement fédéral sera complétée en janvier. Mr Redsky espère que les Nations Unies soutiendront le projet : s’il aboutit, il entamera ensuite des démarches pour tenter d’obtenir une usine de traitement des eaux usées.