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13H27 - lundi 20 juillet 2015

Marcel Guitoukoulou : « Depuis un an, le président Sassou prépare un coup d’Etat constitutionnel au Congo-Brazzaville »

lundi 20 juillet 2015 - 13H27

 

Guitoukoulou

Monsieur Marcel Guitoukoulou, vous êtes considéré comme l’un des leaders de l’opposition au pouvoir du président Sassou-Nguesso. Le « Dialogue National » s’est ouvert à Sibiti, au centre du Congo-Brazzaville, lundi 13 juillet. Que s’y passe-t-il depuis et quelle est votre réaction ? 

Le dialogue national ne me paraît pas opportun. Depuis 14 ans, la vie du pays est organisée sur la base de la Constitution du 20 janvier 2002. Par commodité personnelle et par caprice, le Président de la République, qui ne peut briguer un troisième mandat, a réussi insidieusement à installer une crise politique dans le pays. La modification ou le changement de la Loi fondamentale hante depuis plus d’un an les pensées du président Sassou. 

Pour rempiler à la tête du pays, par le tripatouillage de la Constitution, le Président Sassou peaufine la forme, pour ne point être retoqué sur le fond de son ambition. Ainsi donc, il a proposé au pays un Dialogue National. Ce dernier n’a de national que la dénomination, car il ne réunit que la famille politique du Président, ses courtisans et des opposants enclins aux prébendes. Seuls des satellites du pouvoir ont été agréés par le ministère de l’intérieur pour cette parodie de « dialogue national ». 

Bref, on assiste non à un Dialogue mais à un Monologue du pouvoir qui s’auto-attribue un chèque en blanc au Président de la République, pour assouvir sa soif de pouvoir à vie. Il s’agit là du premier acte du coup d’état constitutionnel en cours dans le pays. Ou une étape de plus dans un coup d’Etat permanent…

J’insiste sur le fait que la Constitution congolaise n’autorise plus le Président de la République à briguer un troisième mandat et cette même Constitution nous donne l’occasion de réfléchir sur l’avenir du pays et de reconsidérer la gouvernance actuelle. Aujourd’hui ce que les Congolais attendent, c’est que ce ne soit plus la force qui soit à l’origine de l’avènement ou du départ d’un pouvoir. Les trois articles qui sont dans la Constitution et qui sacralisent l’alternance politique ne doivent pas être touchés. Dans ces articles 57, 58 et 185, tout est dit pour que le pays ne rebascule pas dans la guerre civile. Et tout est dit pour empêcher Sassou de modifier la Constitution pour s’assurer un pouvoir à vie. Il est le pur produit du marxisme tropical. 

La mascarade de Sibiti, ce ne sont là que des convulsions d’un patient agonisant, au pronostic vital plus qu’engagé. Les conclusions du Dialogue de Sibiti, ne m’engagent pas, encore moins le peuple congolais. La riposte s’organise, avec un appel au Front Républicain, pour rassembler tout ce qui est épars et bâtir une Alternance politique apaisée dans le pays. Et sans Sassou. Désormais, il est un homme du passé. Il partira du pouvoir par effraction, comme il est revenu.

 

Le 15 août marquera les 55 ans de l’indépendance de votre pays. Quel message souhaitez-vous délivrer au peuple congolais ?

Le 15 Août, les Congolais souffleront les 55 bougies de l’indépendance nationale. C’est aussi l’occasion de faire le bilan du ‘Colonialisme National’, cette oppression métropolitaine de ses propres dirigeants : le Président Sassou assume plus de la moitié de cette période peu glorieuse de l’histoire nationale. 

Or le pays est riche de son sous-sol, mais le peuple est misérable. La redistribution des richesses nationales n’est point équitable. Plus de la moitié des citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un euro par jour. 

Puisque je m’adresse à un média international français, je dirais solennellement ceci : hier le Congo était la capitale de la France libre, aujourd’hui, la France doit servir d’appui pour un Congo nouveau, affranchi de toute dynastie. Aujourd’hui le Congo martyrisé, demain le Congo libéré. En fait, le peuple congolais aspire à une seconde indépendance dès à présent.

 

Justement, Denis Sassou-Nguesso a été reçu le mardi 7 juillet par François Hollande. Dans le communiqué final de l’Elysée, le Président Hollande appelle, certes dans un langage diplomatique mais somme toute clairement, à un consensus politique avant toute réforme constitutionnelle au Congo. Quelle est votre réaction ? 

Je rappelle qu’entre la France et le Congo, il existe une relation séculaire, nous avons partagé une histoire commune, parfois même douloureuse. En ces heures peut-être décisives pour notre pays, je lance un appel à la France pour qu’elle devienne à son tour la capitale du Congo libre comme nous le fûmes pour la France pendant la seconde guerre mondiale. 

Dans son entretien avec le Président Hollande, Sassou a dû tenter de le convaincre qu’il est le seul capable d’apporter la paix et la sécurité dans le pays. Mais je suis sûr que la France n’est pas dupe. Une semaine auparavant, François Hollande avait effectué une tournée-éclair en Afrique. Et lors de sa première escale à Cotonou, il a tenu un discours assez clairvoyant pour le continent africain. Il a incité clairement au respect des ordres constitutionnels établis. Pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas au Congo-Brazzaville ? 

En tout cas, pour les Congolais, au stade où nous en sommes, je n’entends pas lier l’avenir de mon pays à une discussion entre le Président Sassou et le Président Hollande. J’entends, en tant que Congolais et citoyen responsable, prendre toutes mes responsabilités et peser de tout mon poids pour que le pays ne rate pas le coche du changement qui se présente à lui aujourd’hui. 

Le Congo se trouve actuellement au carrefour de son destin. Ce sont des occasions rares. Le premier grand tournant a été l’indépendance en 1960, le deuxième a eu lieu avec la conférence nationale souveraine en 1990, et là se présente à nous un troisième moment charnière, qu’il nous faut absolument saisir.

 

Propos recueillis par Claire Plisson

 

 

 

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